IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO
comme Ricardo (l) ; mais cette action est à ce point contrariée par l'intervention de causes secondes telles que les améliorations agricoles, qu'alors que l'Ecole de Ricardo en fait la cause unique, elle peut laisser s'écouler un ou deux siècles sans se manifester (2). L'opposition des méthodes est aussi profonde'ment marquée que dans la the'orie de la rente.
Cependant les causes distinctes, que les deux grands économistes assignent aux variations du taux des profits, restent indépendantes de tout jugement sur la justice du partage, et de la légitimité même des profits. Ils considèrent cette légitimité comme hors de toute discussion ; le moment n'est pas venu encore où, du domaine de la production proprement dite et de ses conditions, la question passera dans le domaine de la morale et du droit économiques ; où du rapprochement de la valeur du produit du travail, et de celle du travail même appliqué à ce produit, on élèvera la revendication du travail sur l'excédent de valeur de son produit. De la science des richesses où Ricardo l'a enserré, le problème sera transporté alors dans la sociologie économic/iie \ les causes externes et objectives cjui conditionnent la répartition des richesses reculeront au second plan : le problème sera posé directement par des théoriciens nouveaux, entre les organes de la production, et sur le terrain du droit économique. Il suffira de déduire des prémisses économiques de Ricardo des conséquences de droit, pour mettre à la fois l'organisation sociale en question, et préparer l'élargissement de la science elle-même.
(1) Voir ses Principes, édit. Guillaumin, p. 243.
(2) Qitarterhj Review, ibid., p. 328.
§ 3. Statique économique. Le grand conflit sur la balance de la production et de la consommation, et les crises. — Dans la phase capitaliste, « le profit est le gond puissant (the mighty liinge) sur lequel tout capital productif tourne » (1). Le profit sollicitant l'intérêt personnel est le guide de l'ofTre des produils, fartisan de l'équilibre de la consommation et de la production. 11 faut tout ramener à la conception abstraite d'un état d'équilibre normal : dans cet état, les produits s'échangent les uns contre les autres à leur valeur naturelle, suivant les quantités de travail direct et indirect qu'ils renferment, en les considérant dans les conditions uniformes de la moindre productivité, sans rente. Si la part du travail correspond uniformément au salaire naturel, les profics déterminés par lui seront aussi à leur taux naturel, et équivalents dans toutes les branches de la production.
(( Si 200 mesures de blé sont de même valeur que 500 livres de fer, et 100 pièces de drap, ce sont là les relations quantitatives qui devraient être conservées entre ellei, pour les maintenir à leur valeur naturelle, et pour assurer des profits égaux aux producteurs de chacune des marchandises, quelle que soit la multiplication do leur quantité. Si les dépenses de production de 200 mesures de blé correspondent à IGG mesures, si celles de 200 livres de fer correspondent à IGG livres, le profit correspondra à la différence : 34 mesures et 34 livres (2). Mais le prix du marché de chaque marchandise dépend de la relation entre l'offre et la demande, et il est de l'intérêt de tous les producteurs de cesser de produire,
(1) Letters of Ricardoto Trowcr, p. 130.
(2) Ihid., p. 128.