V. — l'œuvre critique de sismondi
dation politique, et à sa conception de la richesse, une expression définitive et synthétique.
On le voit par ce qui précède, le droit, le droit public surtout, et la politique restent toujours associés à l'économie politique dans ses études scientifiques. L'histoire qui représente, dit-il quelque part, aux sociétés à venir, les résultats de toutes les théories, de toutes les expériences des sociétés passées, l'histoire embrasse pour lui, dans leurs relations, les changements qui s'opèrent dans les conditions économiques, politiques, dans la législation, les mœurs, la religion d'un peuple. Qu'on lise les admirables conclusions de \ Histoire des républiques italiennes, et l'exposé des causes de la décadence de l'Italie, et l'on comprendra que Sismondi est un véritable sociologisle.
Je lis dans son Essai sur la richesse commerciale ces belles lignes : " En même temps qu'en mesurant sa vie et ses forces, l'homme sent l'impossibilité de tout connaître — quand il n'examine que ses facultés, il voit qu'elles sont faites pour tout concevoir, »
Il conçut en effet le vaste ensemble des relations qu'embrasse la sociologie statique et dynamique, mais les deux seuls grands faisceaux qu'il en trans.porte dans ses études théoriques sur les sciences sociales, ce sont la théorie de l'association politique et de la constitution politique au sens le plus élevé du mot, et les principes théoriques de la science économique, et plus spécialement, la théorie de la distributioji ou répartition des ri' chesscs \ il lui arrive même de déllnir par là l'économie politique dans son ensemble.
Le Droit et l'Economie politique, ce sont si bien les deux aspects irréductibles de sa pensée sociale, que dans aucun de ses travaux on ne les trouve séparés. UEssai
sur la richesse commerciale, malgré le succès éclatant qui l'accueillit, fut pour ainsi dire répudié par Sismondi ; on rapporte même qu'il ne le fit point figurer sur la dernière liste de ses travaux. Eli bien, dans cet ouvrage finalement dédaigné, même, on le voit embrasser sous le nom de science du gouvernement^ la connaissance des moyens de procurer aux peuples la plus grande masse de liberté, de sûreté, de tranquillité et de vertu, de richesse, de santé et de force dont ils puissent jouir simultanément. Il divise cette science en deux parties : la haute politique qui a pour objet les principes de la constitution du gouvernement, l'établissement de la liberté et de l'ordre, — l'Economie politique, qui a pour objet l'établissement d'une législation économique et financière élevant la nation, par la richesse et la puissance, au plus haut degré de prospérité.
Celte division de la science du gouvernement prend un caractère plus précis et plus saisissant dans les IS^ouveaux principes de réconomie politique : il la rattache en effet visiblement à la division fondamentale des fonctions, que présente l'organisme individuel, et à la double classe des besoins qui s'}' rattachent : les fonctions et les besoins de la vie de nutrition — les fonctions et les besoins de la vie de relation. La haute politique se propose pour objet le perfectionnement moral et intellectuel de l'homme : elle enseigne à donner aux nations une constitution qui étende sur tous les bienfaits de la liberté, des lumières, l'influence des vertus et des espérances ultra-terrestres (I). L'Economie politique se proposera pour objet le bien-être physique de l'homme, autant qu'il peut être l'ouvrage du gouvernement. N'est-il pas intéressant au plus haut degré de retrouver chez Sis-
(1) Nouveaux Principes, I, p. 78.