‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 117 sur 229 · V. — l'œdvre critique de sismondi · texte numérisé non relu

V. — l'œdvre critique de sismondi

qui consacrent la séparation du travail, du capital, de la propriété, et que là, la conception abstraite d'un ordre spontané, déduite a pi'iori de données empruntées à la nature humaine et à une théologie optimiste, vient se heurter à la forme historique de l'état social qu'il a devant les yeux.

Son âme a toutes les indiçrnations des socialistes, et toutes les souffrances du prolétariat y retentissent ; et s'il n'a pas leur ardente préoccupation de l'égalité des conditions, il ne s'en sépare cependant pas sur le problème fondamental de l'association, ni sur celui de la constitution d'un droit économique nouveau : comme eux il aspire à l'association de tous ceux qui coopèrent à un même produit ; comme eux il reconnaît la nécessité de la transformation du régime de la propriété ; mais il est historien, il ne conçoit le progrès que dans sa continuité, et si son regard interroge les horizons lointains de l'avenir, sa puissance d'idéal ne projette pas devant lui l'image de la société future. De là les contradictions, au moins apparentes, de i-a situation ; de là cet aveu émouvant d'impuissance où il fait voir tous les tourments de sa grande à me.

« Je l'avoue, dit-il, après avoir indiqué où est à mes yeux le principe, où est la justice, je ne me sens point la force de tracer les moyens d'exécution. La distribution des fruits du travail entre ceux qui concourent à les produire me parait vicieuse ; mais il me semble presque au-dessus des forces humaine, de concevoir un état de propriété absolument différent de celui que nous fait connaître l'expérience (1). »

C'est par là qu'il se distingue et se sépare nettement

(1) Nouveaux Principes, II, 364, 2^ édition.

des socialistes de son temps : cependant ceux-ci, Robert Ovven surtout, ont-ils été sans influence sur lui? La question a justement préoccupé M. Aftalion (i) ; en complétant les recherches de celui-ci, nous pouvons la résoudre. La première édition des Nouveaux Principes est de 1819, elle ne renferme aucune mention d'Owen : tout le passage compris entre les pages 364 et 367 de la seconde édition, de 1827, et où il parle d'Owen et des autres écoles socialif-tes, est une intercalation. De plus, l'article Economie politic/ue de r« Encyclopédie » de Brewster, soigneusement collationné au Bi'itisli muséum, est aussi muet (2). La conception théorique de Sismondi s'est donc déroulée d'une manière indépendaate des idées, des plans d'Owen ; mais en 1820, Sismondi reconnaît, dans un article (3), qu'il a admis, comme Owen, le fait des crises générales, de l'encombrement universel, bien qu'il rejette les solutions socialistes : or, Owen avait, dès 1817, dénoncé les crises avec leur caractère de généralité, il était impossible qu'un économiste ignorât ses travaux puisque Ricardo luimême était appelé à les juger (4) ; enfin il est certain qu'en 1818, avant la publication des Nouveaux Principes, Owen vit Sismondi àCoppet, chez IM"^'' de Staël, et qu'il eut avec lui une conversation si intéressante pour

(1) Aftalion, Vœuwe économique de Simonde de Sismondi, p. 38 et suiv. Voir aussi Hitier, Sismondi, Rev. d'E. poi, juin, 1899.

(2) Nous exprimons toute notre jL'raiitude àM. le liibliotliécaire Miller.

(3) Voyez Nouv. Principes, édit. de 1827, II, p. 375.

(4) Report to the committee of the association for the relief of the manufacturing and labouring Poor, referred to the committee of ihe house of Gommons, March 1817. T/je life of R. Owen, appendix, vol. II, p. 63. — Cf. Letlcrsof Pdcardo to Trower, p. 41, et Si détails très intéressants.

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