‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 127 sur 229 · V. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE SISMONDI · texte numérisé non relu

V. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE SISMONDI

même, un changement dan? la distribution du revenu affectant la consommation, détruira l'équilibre.

La tendance maîtresse dans la production est d'obtenir plus de produit avec le même travail, ou le même produit avec moins de travail. Toutes les épargnes de travail humain par les machines, les procédés industriels, la substitution des grandes fermes à la petite culture, sont détermines par cette tendance même. Ces épargnes sont salutaires à l'humanité quand elles s'accompagnent d'un accroissement de revenu pour la classe ouvrière, ou bien, que son revenu restant le me/;«e, elles s'accompagnent déplus de loisir. Mais elles sont redoutables pour la classe ouvrière quand elles s'accompagnent d'une contraction de son revenu, et qu'elles ne sont pas immédiatement suivies d'un relèvement de son revenu. C'est alors que la diminution du revenu retentissant sur la consommation, vient aussi altérer la balance de la production et de la consommation.

[maginez que ce soit dans l'agriculture que l'économie du travail humain se réalise, par la transformation de terres cultivées en prairies par exemple. L'élimination d'une partie des travailleurs primitivement occupés, la concurrence intense que feront les bras surabondants rejelés sur le marché du travail, détermineront une diminution du revenu de la classe des ouvriers agricoles : par réaction, la consommation des produits manufacturés se réduira ; il en résultera pour les manufactures approvisionnant les classes ouvrières, soit une diminution de revenu, ce qui se traduira par une diminution de la demande future des produits du travail, soit une diminution de capital, c'est-à-dire une réduction de la demande actuelle de travail dans les manufactures.

Assurément dans le cas que nous choisissons comme

3li DEUXIÈME ÉPOQUE. — LA SCIENCE DES RICHESSES

exemple, l'accroisseinent du revenu des propriétaires ruraux qui ont opéré cette transformation aura pour effet, soit d'augmenter la demande des produits de luxe, soit d'appliquer des capitaux nouveaux à d'autres industries, et de provoquer dans les deux cas l'accroissement de la demande de travail. Sismondi ne nie aucun de ces phénomènes, mais ce sont précisément ces réadaptations successives du travail, lentes, difficiles, incertaines ou éloignées qui causeront de cruelles souffrances : le retour incessant des mêmes phénomènes, la manifestation constante de la même tendance se traduiront par une instabilité toujours menaçante, par des ruptures d'équilibre toujours nouvelles, et qui se répercuteront de proche en proche dans tout l'organisme social.

Résumons dans ses traits essentiels la conception de l'ordre naturel des phénomènes économiques, que Sismondi a développée, en opposition avec l'optimisme de ce qu'il appelle l'Ecole chrématistique, et que nous devrions appeler VEcole abstraite.

A tout moment donné, toute production s'échange contre le revenu qui provient d'une production antérieure ou autre, et qui, dans l'Etat social historique moderne comprend la rente, le profit, Vintérét, le salaire : c'est par la grandeur du revenu, ainsi fixée par un partage antérieur, à chaque moment, qu'est limité le pouvoir de consommer de chaque individu, de chaque classe et de la nation tout entière, ('c que l'on appelle la balance de la production et de la consommation^ c'est l'échange de la production actuelle contre le revenu réalisé, échange opéré dans des conditions telles que, d'une part, toute la production soit absorbée dans le fonds de consommation ; de l'autre, que les producteurs actuels puissent reconstituer leur capital, renouveler leur pro-

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