‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 130 sur 229 · V. — LE DROIT ÉCONOMIQUE DE SISMONDI · texte numérisé non relu

V. — LE DROIT ÉCONOMIQUE DE SISMONDI

l'adoption de différents systèmes propres à rendre aux esclaves un intérêt dans la vie, une afFection pour leur travail (I). Tantôt le maître du sol en partagea les fruits avec le cultivateur : c'est le métayage ou système d'exploitation à moiViV /?w«7^ (2) ; tantôt le maître partagea non les fruits du travail, mais le travail même, obligeant le cultivateur à travailler pour lui gratuitement un certain nombre de jours : c'est l'exploitation par corvées; tantôt le m.aitre, renonçante faire travailler les serfs pour lui-même, retira de leur travail un loyer : c'est le système de la capitation.

Mais à ces formes contractuelles qui résultent toutes de l'ancien servage, les nations modernes les plus avancées ont substitué en général le bail à ferme^ par lequel le propriétaire cède la terre toute nue, moyennant un revenu toujours égal, à un cultivateur qui l'exploite avec ses capitaux (3). Les effets de ces systèmes de culture ont été étudiés par Sismondi plus profondément qu'ils ne l'avaient été par aucun économiste avant lui : il en est deux qui doivent encore nous arrêter aujourd'hui : l'exploitation patriarcale — le bail à ferme. Nul n'a dépeint avec plus denthousiasme que Sismondi les effets économiques, moraux, politiques du faire-valoir direct ou du système patriarcal, le bien-être qu'il assure, les vertus qu'il développe, les gages de stabilité qu'il donne à l'ordre public. C'est pour lui la forme la plus parfaite de l'exploitation du sol : « Tout contrat, dit-il, tout partage de fruits qui sépare l'intérêt de la propriété d'avec l'intérêt de l'exploitation, tend à détruire ou du moins à diminuer

(1) Nouveaux Principes, I, 165, suiv.

(2) Nouveaux Principes, l, 190.

C3) Nouveaux Principes, I. 189 suiv.

le bon effet que la société avait attendu de l'approprialion des terres (l). C'est la culture patriarcale qui, répondant le mieux aux fins sociales, réalisera le plus grand produit brut. C'est là que non seulement l'intérêt pour la terre est le plus vif, mais même l'affection : par elle, rbommea travaillé pour ses derniers neveux, parce que l'homme aimait son ouvrage autant qu'il les aimait eux-mêmes. Il la considère comme un des grands stimulants au perfectionnement de l'agriculture, et comme l'un des freins puissants du principe de population ; par elle, la population s'accroît jusqu'à ce qu'elle ait atteint sa limite naturelle : aussi longtemps que les progrès de la science agronomique et l'augmentation du travail permettront, en divisant les héritages, de faire subsister chaque famille nouvelle, la population croîtra, mais il ne faut pas craindre que le propriétaire élève ses enfants pour en faire des mendiants (2). Sismondi a communiqué à Stuart Alill, si préoccupé de la solution du problème de la population, son amour de la petite propriété associée à la culture. Dans son livre sur l'excès de la population et ses remèdes, Thornton s'est fait, avec une riche illustration de faits, le défenseur de la théorie de Sismondi. Le système du métayage présentait, dans certains Etats comme la Toscane, des avantages analogues par la durée indéfinie môme de l'occupation (3); mais ailleurs éclate l'intériorité du système sur le fairev£.loir direct par le paysan-propriétaire. Dans certains Etats, Naples, Gênes, Lucques, la division des métairies les livrait à une folle enchère, et pendant que le revenu

(1) Nouveaux Principes, 1, 219.

(2) Nouveaux Principes, I, 166.

(3) Nouveaux Principes, 171.

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