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V. — LE DROIT ÉCONOMIQUE DE SISMONDI

net da maître augmentait, le revenu du travail diminuait, et le travailleur se contentait d'une subsistance de plus en plus chétive, n'imposant plus de frein normal à la population (1). Telle est Tinfériorité fondamentale de la métairie, qui dépend du maître, sur la propriété, qui est héréditaire.

L'étude des effets des baux à ferme amène Sismondi à comparer la grande à la petite culture, ou mieux, le système des grandes fermes à celui des petites fermes (2). Sismondi ne pronouce pas un jugement absolu sur la valeur de la grande et de la petite culture ; il admet que l'un et l'autre de ces systèmes peuvent être poussés à l'excès, parce que l'intérêt du propriétaire, poursuivant le plus grand revenu net, peut faire fléchir l'intérêt social (3). On vient de le voir pour le métayage ; il en est de même pour la grande culture anglaise au développement de laquelle il assiste. Ce qui caractérise les grandes fermes, c'est l'accumulation des capitaux, l'étendue des cultures, le caractère scientifique de l'exploitation, et surtout la disparition graduelle de la classe des petits fermiers qui réunissaient en eux la direction et l'exécution effective du travail agricole, et la formation d'une classe de journaliers chargés, sur les ordres des fermiers, d'exécuter tout le travail de la culture, vivant au jour le jour du salaire de la semaine, sans aucun lien avec la propriété, auxquels la petite culture devient de plus en plus inaccessible, et qui, toujours près d'éprouver les derniers besoins, en outre livrés à tous les risques de maladie, d'accidents, d'invalidité de

(1) Nouveaux Principes, I, 192-3. — Essais, I, p. 201 et 202 suiv.

(2) Nouveaux Principes, I, 199.

(3) Nouveaux Principes, I, 222-223.

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vieillesse, courent toutes les chances de la ruine et ne conservent, selon le mot de Sismondi, aucune de celles de la fortune. Sismondi montre comment les grands fermiers ont une situation plus avantageuse que les petits fermiers vis-à-vis des consommateurs, contre lesquels ils peuvent mieux se coaliser pour vendre à meilleur prix; vi^-à-vis des ouvriers salariés, auxquels ils peuvent par leur coalition imposer leurs conditions (1) ; à l'égard des propriétaires enfin, le système est favorable au début, parce .qu'il permet aux grands fermiers de payer de plus gros fermages que les petits fermiers, auxquels ils se substituent, et accroît par là le revenu net ; mais plus tard, il facilitera la coalition des fermiers contre les propriétaires. Sismondi n'est pas sans reconnaître les avantages réels des grandes fermes pourvues de capitaux suffisants, réalisant dans la culture des économies de temps et de travail (2) ; mais il marque les effets redoutables des économies de main-d'œuvre réalisées dans les Etals comme l'Angleterre, où la population surabonde, par l'emploi des machines ou la substitution du travail des animaux à celui de l'homme dans la culture. Ce système des grandes cultures entraîne avec lui un enchaînement de perturbations dans l'ordre naturel des sociétés économiques : la population des campagnes qui se réduit dans d'énormes proportions, sans que son sort s'améliore, l'instabilité du travail, le recours incessant à l'assistance publique, ces effets et d'autres encore amènent Sismondi à dire qu'au plus haut terme de la civilisation moderne (3), l'agriculture se rapproche de cette période de corruption de la civilisation antique, où

(1) Nouveaux Principes, I, p. 239.

(2) Nouveaux Principes, p. 230-231.

(3) Nouveaux Principes, I, 232.

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