‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 141 sur 229 · V. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE ET LES CRISES · texte numérisé non relu

V. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE ET LES CRISES

Son sombre pessimisme est le même à l'égard de la durée du travail. Si l'on dispensait le travailleur du repos du dimanche, on ne le soulagerait pas, on ne ferait qu'aggraver sa situation : dès que l'observation du jour de repos ne serait plus imposée, la classe ouvrière serait réduite à travailler, sans discontinuation, pour le prix hebdomadaire qu'elle recevait antérieurement.

Tel est le résultat de l'opération de l'intérêt personnel, dans un état social où tout lien de solidarité est rompu entre les classes. Sismondi a, dans des passages éloquents des liv. Il et LY, approuvé l'établissement légal d'un jour de repos ; il réserve au pauvre une part des jouissances sociales : en supprimant le jour de repos, la richesse serait accrue d'un septième sans doute, mais les riches seraient appelés à plus de luxe, et les pauvres seraient plus misérables (1). Cette législation limitatrice du temps de travail, si elle est condamnée par ceux qui ne considèrent que l'accroissement absolu des richesses, reçoit l'approbation de ceux qui n'estiment cet accroissement, qu'autant qu'il répand plus de bonheur sur le reste de la nation. Par deux fois il reproduit ces paroles ainères : « L'homme isolé travaille pour que l'homme se repose ; on doit aux progrès de la civilisation qu'un homme puisse se reposer pour dix, pour cent, pour mille (2y ».

Sismondi expliquait les crises commerciales qui ont semé la ruine en Angleterre au commencement du siècle, et surtout en 1819 et 1823, par la méconnais-

(1) Nuuveaux Principes, p. 78 et 387.

(2) Id., p. 380.

sance de la loi qu'il s'est elForcé de mettre en lumière (1). Au lieu de mesurer la production au revenu et à la demande qui l'exprime, chacun, obéissant à son intérêt personnel, proportionne sa production non à la demande effective, mais aux capitaux qu'il veut employer, les producteurs se jettent en i'oule vers les nouveaux débouchés qui s'ouvrent, et courent à des pertes ruineuses.

Sismondi montre les marchandises de l'Angleterre en excès sur tous les marchés qu'elles avaient successivement envahis en 1818 et 1819 : l'Italie, l'Allemagne, la Russie, le Brésil, le Cap. les Etats-Unis, les Etats de TAmérique du Sud ; l'Angleterre envoyant dans l'Inde des tissus de coton, et réussissant à travailler à meilleur marché que les indiens demi-nus, en réduisant ses propres ouvriers à une existence misérable (2). Après la crise de 1819 vint celle de 1823 : l'Angleterre avait reconnu les républiques de l'Amérique du Sud en dépit de la Sainte-Alliance, mais leur débouché naturel n'aurait pas suffi encore à absorber les produits an<i;lais, si ces Etats, par des emprunts faits à l'Angleterre, n'avaient encore accru leurs moyens d'acheter les marchandises anglaises. Aussi longtemps que les capitaux anglais suffirent à acheter les marchandises anglaises pour les faire consommer par les Américains, il y eut une prospérité apparente des manufactures anglaises, mais quand ces capitaux empruntés furent épuisés, la débâcle fut rapide, car les produits manufacturés encombrèrent les magasins, les ouvriers réduits au chômage subirent le contre-coup terrible

(1) Nouveaux Principes, ï, p. 364.

(2)Id., p. 369.

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