V. — LA STATIQDE ÉCONOMIQUE ET LES CRISES
de la crise (1). C'est alors que Sismondi dénonce encore une fois l'erreur de l'Ecole abstraite de Ricardo et de Sav, d'après laquelle toute production apportant avec elle des moyens d'échange, rencontre naturellement une consommation avec laquelle elle s'équilibre. Le produit actuel ne s'échange, que contre le revenu antérieurement réalisé, qui peut être de beaucoup inférieur à ce qui devrait être, pour absorber la production entière à un taux rémunérateur, et l'erreur est de confondre le produit actuel avec le revenu contre lequel il doit s'échanger.
Ces événements, dont Sismondi résume les traits principaux dans la seconde édition des Principes (1827), et le premier de ses Essais, l'avaient fortitié dans la conviction que l'étude des crises du commencement du siècle, et surtout de 1817-16, lui avaient inspirées. M. Eisenhart les rappelle, il fait la juste part des causes accidentelles, qui ne peuvent évidemment être confondues avec cette cause générale dérivant de la constitution de la grande industrie, qui frappait si profondément Sismondi. Mais malgré ces corrections nécessaires, la rupture d'équilibre, dérivant de ce que l'accroissement énorme de la production anticipait celui du revenu, se révèle encore et confirme la doctrine fondamentale que Sismondi empruntait directement aux faits.
« Les causes qui amenèrent ces crises, dit Eisenhart, ne justifient pas entièrement la condamnation dont Sismondi voulait frapper le système de la production moderne, car elles consistaient^ en première ligne, en de fausses spéculations que d'autres circonstances
(1) youicaux Principes, p. 37.
peuvent également faire naître... La fin de cette longue guerre et la réouverture des ports européens, dit ïooke, l'historien de la crise anglaise, fit entrevoir le spectacle réjouissant d'une demande illimitée de toutes les marchandises, dont le Continent avait dû se passer depuis si longtemps. « La spéculation avait commencé à la première lueur d'une espérance de paix, au moment de la retraite de Moscou en 1812; elle s'accentua de jour en jour, encouragée par de premiers succès, et atteignit son point culminant au printemps de 1814, lorsque se préparaient les événements qui devaient amener la restauration des Bourbons et la paix générale. Le café que l'on pa5^ait, en 1812, 54 shillings le quintal était monté à 118 shillings, le sucre de 34 à Ô7, le coton de 7 pence la £ à 2 shillings, le tabac de 2 à 7 d. était monté à 1 shilling 10 d. et 5 shillings 6 d. : en général, toutes les denrées coloniales avaient en moyenne doublé de prix.
« La demande de produits manufacturés anglais entraîna une telle demande de travail, que les ouvriers furent en état de se faire accorder des augmentations de salaires, et se trouvèrent dans une situation beaucoup plus favorable que vingt ans auparavant. Mais cette augmentation éphémère des prix n'était fondée sur rien d'autre, que sur l'espoir de voir la paix et la reprise du commerce avec le Continent amener une demande incalculable de produits. On fut déçu dans cette attente. Car quelque grand que fût le désir de la population continentale de posséder des marchandises, dont elle avait dû se priver pendant si longtemps, elle dut limiter sa demande, ses moyens d'acquisition ayant été épuisés par la guerre ; d'autre part, les marchandises qu'elle aurait pu présenter en échange en étaient