‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 148 sur 229 · V. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE ET LES CRISES · texte numérisé non relu

V. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE ET LES CRISES

sauce de celte loi qui subordonne au revenu les progrès de la consommation et de la production, c'est l'entraînement à produire plus de marchandises qu'on n'en peut consommer (I). La masse des capitaux accumulés est la cause immédiate qui pousse sans cesse vers des entreprises aléatoires, auxquelles succèdent périodiquement la faillite, la ruine et la misère. Chacun, mù par son intérêt, essaie d'enlever des débouchés à ses concurrents en vendant à des prix inférieurs (2) ; si la société souffre de ces entreprises imprudentes, elle doit évidemment souhaiter que l'on ne trouve pas de trop grandes facilités à se procurer des capitaux (3) ; or, les banques à l'époque de Sismondi donnaient ce spectacle de favoriser beaucoup trop l'esprit d'entreprise, en accordant beaucoup trop légèrement du crédit, en donnant à tous le sentiment d'une grande surabondance de capitaux (4). Le tableau de la crise des Etals- Unis en 1836 est tracé avec éloquence : avec un crédit qu'ils ne méritaient pas, les marchands américains ont donné des ordres disproportionnés à leurs chances d'écoulement, les manufactures ont redoublé d'activité pour exécuter ces ordres et ont paru être dans un haut état de prospérité ; les marchandises sont arrivées sur le marché en quantité fort supérieure à ce que l'Amérique en eût pu jamais consommer ; elles sont arrivées, dit Sismondi, mais non pas les consommateurs ; les marchands n'ayant vendu qu'une partie des produits, ont dû demander de nouveaux crédits qui leur ont été refusés, l'obligation de vendre à tout prix a déterminé des baisses etTrayantes de prix, dé-

(1) Essais, ir, 292.

(2) Essais, II. 204-93.

(3) ^'ouveaux Principes, H, 137.

(4) Essais, II, 294-295.

sespérantes surtout pour l'ouvrier. Les faillites des banques se sont succédé avec rapidité.

Sismondi s'est appliqué à montrer que l'action normale des banques est resserrée dans des limites étroites (1) . Il montre d'abord que le crédit n'est point créateur de richesse, qu'il déplace seulement la richesse préexistante, en donnant à l'un la disposition de ce qui est à l'autre : si le crédit est la faculté d'emprunter, on n'emprunte point sans trouver un prêteur, on n'emprunte point ce qui n'existe pas.

La banque, en émettant des billets, ne crée aucune richesse, elle se borne à changer la destination d'une partie de larichesse sociale ; en effet, les billets de banque en se substituant à la monnaie, réalisent une économie de monnaie (2) : c'est-à-dire qu'une quantité de capital social étaitauparavantconverlieen numéraire pour servir d'instrument des échanges; par l'émission de billets de banque, une portion de ce numéraire, rendue disponible, peut être transformée en capital productif. Sismondi en marque les limites en prenant l'exemple de la Banque de France et de la Banque d'Angleterre. La Banque de France avait rarement à la fois pour une valeur déplus de 100.000.000 de francs de ses billets en circulation, et elle conservait une encaisse métallique de 43 millions environ pour y faire face. L'économie de monnaie qu'elle réalisait, le service qu'elle rendait au public avait pour limite 50 à 60 millions.

Telle est la limite du capital qu'elle prête au commerce moyennant intérêt (3). Son bénéfice est précisément éga

(1) Nouveaux Principes, II, 91 et suiv.

(2) Essais, II, 285 et s. Nouveaux Vrincipes, II, 93.

(3) Essais, II, 284.

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