V. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE ET LES CRISES
à Tintérèt de sa circulation en papier, moins l'intérêt de l'argent qu'elle garde en caisse, pour faire face au remboursement de ses billets à leur présentation. Sismondi montre que c'est le public, que ce sont les porteurs des billets qui font crédit à la banque, qui lui prêtent ce qu'elle pourra reprêter. « Une banque, dit-il, au moyen de son papier de circulation, se trouve en effet avoir un capital nouveau dont elle peut disposer (1) : mais ce capital n'est pas à elle, il est à ceux qui ont droit de retirer les écus de ses coffres, et qui les y laissent de confiance. »
Ce crédit, que les porteurs des billets de la banque lui font, est ébranlé chaque fois qu'ils éprouvent quelque crainte sur sa stabilité ; elle doit donc conserver une encaisse assez abondante pour faire face aux demandes de remboursements, et conjurer ou atténuer les crises (2).
Le danger de l'abus du crédit, de l'activité désordonne'e qu'il entraine, est tel, aux yeux de Sismondi, qu'il n'hésite pas à dire (3) : « Là où aucune banque n'existe encore, c'est un acte de sagesse de la part du gouvernement de n'en laisser établir aucune. » Il est hostile à la liberté des banques, parce que là où le commerce de banque est libre et en rivalité avec luimême, le prêteur va chercher l'emprunteur ; les offres surabondantes de crédit entraînent les désordres redoutables de l'excès de production. En crise, chacun réclame de la banque son or, dit-il, car c'est un vrai dépôt que le porteur du billet a fait (4).
(1) Nouveaux Principes, II, 93.
(2) Essais, H, 286.
(3) Essais, II, 295.
(4) Nouveaux Principes, II, p. 138.
Il justifie par des considérations de morale sociale, la nécessité de fortes encaisses métalliques.
Le numéraire est le gage de sécurité detous^de stabilité de toutes les fortunes. — « Il ne produit rien, mais n'est-ce rien que la stabilité et la sûreté? (1) »
Pour lui, le billet de banque tend à redevenir un certificat de dépôt comme à Amsterdam.
Wolowski a hérité des défiances de Sismondi (2). Il fait les mêmes calculs que lui sur les services réels des banques, et réclame la garantie d'une encaisse monétaire telle, qu'elle aboutit presque à renoncer à l'emploi du billet de banque, ou à en faire un certificat de dépôt comme à Torigine.
§ 7. La théorie de la population et la statique sociale. — Le problème de la population, qui forme l'objet du livre 111, prend avec Sismondi un caractère queMalthus ne lui avait pas donné. Ici encore l'auteur des iVowveaux Principes changera de point de vue et adoptera une méthode nouvelle, marquera l'admirable originalité de son œuvre. Pour Malthus, le principe de la population exprime par-dessus tout un rapport entre la tendance naturelle de l'homme à reproduire son espèce, et la limite de la productivité du sol ; ce qui domine sa pensée, c'est l'action des causes naturelles, physiques. Sismondi recherchera au contraire la limite de la population dans nu id\i social, historique^ dans la distribution du revenu. C'est ainsi que le problème de la population ne se séparera pas, pour lui, des institutions établies par les hommes mêmes, dépendant du gouvernement ; c'est ainsi que le législateur ne séparera pas, à ses yeux, la
(1) Essais, p. 140.
(2) Laveleye. Marché monétaire,