V. — LA POPULATION ET LA STATIQUE SOCIALE
trouve la limite delà productivité naturelle du sol adoptée par Mallhus. Mais elle ne le préoccupe pas, elle ne peut le préoccuper dans son sj^stème.
En effet, celle limile virtuelle.jamaissous aucun régime d'exploitation du sol, n'a pu être atteinte ; la puissance reproductrice des végétaux, des animaux, de l'homme a toujours été contenue par /a t'o/o/z^e, non pas des hommes recherchant la subsistance, mais des hommes disposant du sol, des 'pro'priétaires. Ces propriétaires du sol n'ont intérêt à se rapprocher des limites de fertilité du sol, qu'aussi longtemps que ceux qui ont besoin de subsistances peuvent leur offrir un revenu en échange des produits du sol. Sismondi expose rapidement les différents systèmes d'exploitation du sol qui se sont historiquement succédé : le régime de la chasse, le régime pastoral, le régime agricole. Enpassantde l'un à l'autre, on ne réalise pas le plus haut degré de lertilité du sol. Prenons un exemple : en s'élevant de la vie pastorale à la vie agricole, on peut nourrir trente familles, là où l'on ne recueillait que la nourriture d'une seule. « Ainsi une nation acquiert en quelque sorte, par là, un pays trente fois plus vaste que celui qu'elle occupait. Si elle ne le cultive pas tout entier, si môme dans les pays les plus civilisés il reste une vaste étendue de bons terrains destinés à la vaine pâture, c'est que partout les volontés de Vhomme et du législateur se sont opposées à ce qu'on tirât de la terre toute la subsistance qu'elle peut donner. »
L'institution de la propriété foncière individuelle a donné aux propriétaires du sol le droit de faire naître ou non, selon leur intérêt, la subsistance que donne la terre. Dans la campagne romaine, vingt mille cultivateurs pourraient recueillir la subsistance par leur travail, mais ils ne donneraient aux propriétaires, par la
culture du blé, qu'un revenu inférieur à celui que les maîtres de la terre recueillent en livrant le sol aux pâturages, aussi le sol n'est-il pas mis en culture, et aucune population ne doit s'accroitre, parce que la volonté nationale exprimée par les lois qui règlent la propriété, s'est opposée à cet accroissement, et qu'il n'y a pas en définitive de demande de travail.
C'est ainsi que Sismondi reporte à l'arrière-plan les causes naturelles déterminant la productivité du sol, et place au premier plan lés institutions historiques sociales^ comme assignant sa limite effective à la population. Le Droit, fait humain^ règle les forces naturelles, favorise, suspend et retarde leur opération. Telle est l'unité imposante de l'œuvre de ce philosophe.
C'est ici que reparait, sous une forme plus complexe, la loi fondamentale de l'économie des nations qui domine toute l'œuvre de Sismondi.
Ce qui mesure l'accroissement de la population, c'est la demande de travail; là où il n'y a pas de demande de travail, il n'y a pas d'accroissement de population, et là où le travail est demandé et qu'un salaire suffisant est offert au travailleur, la puissance expansive de la population fera naître ce travailleur. Mais le bonheur de la nation tient, non pas à une demande incertaine, intermittente, précaire de travail, elle tient aune demande régulière, continue, perpétuelle; car si la demande de travail est intermittente, et qu'après avoir formé des ouvriers elle les condamne à la mort, mieux vaudrait qu'ils n'eussent jamais existé.
Or, dans l'ordre naturel des choses, toute demande régulière de travail doit suivre l'accroissement du revenu^ qui, lui-même, a suivi un accroissement de richesse. L'accroissement du revenu s'accompagne d'un accroissement