V. — l'œcyre critique et organique de sismondi
qui a rapport à l'accroissement de la richesse des nations, c'est qu'il a considéré la richesse en elle-même d'une manière abstraite, sans se préoccuper de la population qui devait en jouir : la concurrence illimitée a pu être considérée comme suffisante, pour stimuler toutes les énergies individuelles dans la production, et déterminer l'abaissement le plus grand possible du coût de production dés richesses, c'est-à-dire pour accroître le revenu brut de la société productrice, et diminuer les charges de la société consommatrice, obtenir finalement le plus grand résultat possible avec le moindre effort possible. j\jais Sismondi fait appel à l'intervention de l'Etat (1), il le fait sortir de sa mission négative pour lui assigner une mission positive, parce qu'il considère, lui, la richesse dans ses rapports avec la population, au sein de laquelle elle se distribue, et avec le bonheur qu'elle lui assure ; il se trouve non point dans un monde abstrait, mais dans un état social historique, caraclérisé parla séparation des facteurs de la production des richesses, par la dissociation de la Propriété, du Capital, du Travail. Or, là, travailler le plus possible, vendre au plus bas prix possible, non seulement ce n'est pas toujours donner aux hommes le plus de bonheur, c'est souvent changer les citoyens en esclaves. Là, le déchaînement des intérêts individuels, la concurrence illimitée peut avoir pour efïet de précipiter les travailleurs dans la plus extrême misère, et de leur infiiger les plus monstrueux excès de travail. Dans cet état historique, Sismondi n'admet nullement que les individus abandonnés au libre cours de leurs intérêts tendent naturellement à réaliser l'intérêt collectif; or, c'est la seule justification possible
(1) Nouveaux Piincipes, p. 337.
delà non-intervention de l'Etat, du laisser- faire, et des paroles comme celles-ci nous transportent loin de la doctrine primitive de l'ordre spontané des sociétés économiques : « La Justice, dit Sistnondi (1), en même temps qu'elle est le plus grand bien de tous, est opposée à l'intérêt privé de chacun ; car cet intérêt enseignerait toujours à usurper le bien de son voisin. L'Economie politique est une autre expression des lumières sociales. Elle apprend de même à distinguer l'intérêt de tous, savoir qu'aucun ne soit excédé de travail, qu'aucun ne soit dépourvu de récompense, — d'avec l'intérêt de chacun d'attirer à lui toutes les récompenses du travail. »
La mission générale et positive du gouvernement consistera à contrebalancer les tendances individualistes des classes qui détiennent la propriété et le capital, et surtout à reconstituer l'unité naturelle des facteurs de la production : à l'égard de la classe agricole, elle consistera à assurer à ceux qui travaillent une part dans la propriété, à favoriser cette exploitation patriarcale qui, par l'alliance du travail, de la propriété et du capital, assure si admirablement la balance de la population et des subsistances, et la discipline naturelle de l'instinct de reproduction. Les ouvriers de la classe industrielle se trouvent à un plus haut degré encore que les ouvriers agricoles, depuis l'abolition des Jurandes et surtout la constitution de la grande industrie, dans cette situation nouvelle de naître et de mourir ouvriers, tandis qu'autrefois l'état d'ouvrier n'était qu'une préparation, un degré pour arrivera un état supérieur (2). C'est cette facilité progressive de passer à un rang supérieur quil faut rétablir : « 11 faut,
{i)îiouveanx Principes, p. 337-38..
(2) Nouveaux Principes, p. 345.