VI. — ROBERT OAVEN
industriel, je m'étais éclairé, dans une très large mesure, expérimentalement, sur la question de savoir comment les populations pouvaient être instruites, occupées, de manière à les rendre bonnes, intelligentes, heureuses. J'avais découvert qu'en agissant sur un principe évident de la nature humaine, on pouvait pratiquement aboutir^ avec la certitude d'une loi de la nature, à rendre finalement la race humaine bonne, sage, heureuse. Et ayant cette confiance profondément imprime'e dans l'esprit, j'étais conduit, à l'encontre des préjugés et des erreurs d'éducation de la population du monde, à accomplir, sans autre limite que celles de ma vie, tous les etîorts que je pourrais faire dans la mesure de mes moyens, pour réaliser ce grand changement dans les principes et la pratique de la race humaine (1) ».
Dans ces passages, non seulement Owen expose le plan de la vaste entreprise réformatrice qui va donner de l'unité à sa grande vie, mais il a conscience, souvent avec une extraordinaire netteté, des fondements psychologiques, moraux, économiques, juridiques, des doctrines sociales qu'il oppose aux modernes économistes, et c'est dans les profondeurs de la psychologie, ou mieux, de l'éthologie, qu'il faut chercher les racines de cette opposition.
Le lien des conceptions psycho-sociologiques d'Owen et du Socialisme est dès lors très aisé à saisir.
La création du mot socialisme et sa définition ont été revendiquées publiquement par Owen, eu 18U, dans un débat important avec un certain John Brindlev aujourd'hui oublié, et qui avait précisément l'objet suivant: Qu'est-ce que le socialisme et quels seraient ses effets
(1) Owen, Àutobiorjraplnj, I, 130.
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pratiques sur la société? {What is socialism, and lohat icould be sit practical effecls upon society ? )
(( Qu'est-ce que le socialisme? disait Owen, je suis généralement considéré, et je me considère moi-même), comme le fondateur de ce système... A la question: qu'est-ce que le socialisme? je réponds que ce système social (ou comme je l'ai toujours désigné, le systr-me rationnel de société) dérive uniquement de la nature, c'està-dire de lois qui n'ont jamais été connues comme livrées au changement... (1) »
Ces lois générales servent de fondement à deux sciences, celle de la nature humaine et celle delà société; ces sciences exposent les causes prochaines qui ont déterminé le caractère individuel et le caractère national dans toutes les contrées, les causes prochaines des maux que les générations passées ont soufferts, et les divisions qui existent entre l'homme et l'homme, entre les nations, celles de l'ignorance, de la misère, du vice et du crime, les causes du manque de charité et de bienveillance au sein de l'espèce humaine.
Mais ces sciences accompliront rapidement une œuvre bien supérieure : elles rendront la société capahle d'éliminer les causes prochaines des maux de toutes les parties delà terre..., plus encore: de faire naître, d'introduire des causes nouvelles qui, sans chance d'erreur, assureront une large intelligence, une conduite morale, une participation suffisante à la richesse, des jouissances rationnelles à tout individu né avec une constitution
{\^ Public discussion betwe$n John Brindley and Robert Owen., Birmiupham, 1841, pages 4 et 5. D'après Holydake, History of coopération , I, p. 191 et 219, le mot socialiste a été adopté en 1836 par les disciples d'Owen pour désigner leur parti. Voir sur la question Amon Menger, VEtat socialiste, p. 24, trad. Milhaud.