‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 166 sur 229 · VI. — ROBERT OWEN · texte numérisé non relu

VI. — ROBERT OWEN

saine, et d'écarter enfin rapidement les causes des constitutions physiques mauvaises.

Le socialisme, c'est donc, pour Owen, le système rationnel et égalitaire de société, qui tend, jusqu'aux limites extrêmes de notre puissance collective et de notre action modificatrice du milieu, et en se fondant sur les lois de la nature humaine et du développement social, « à réaliser le bien-être et le bonheur de tout être humain sans distinction de sexe, de couleur, de nationalité, de classe, de secte, de parti... » (1)

Toute la conception réformatrice d'Owen est résumée, en 1840, par l'un de ses missionnaires sociaux, Charles Southwell, en ces mots : l'homme est un être progi^essif et réformable, sans que l'on connaisse aucune limite à ses progrès. (2) Le socialisme est le grand modificateur collectif, conscient et réUéchi de l'Evolution sociale ; c'est la projection idéale de la sociologie d'Owen, déroulant, comme l'avait rêvé Gondorcet, la perfectibilité indéfinie de l'homme, et faisant de Végalilé de fait le dernier mot de l'art social.

Près d'un quart de siècle plus tard, Pierre Leroux s'attribuait la création, en 1833, du moi socialisme gh lui donnant comme signification la prédominance du sentiment qui nous porte vers autrui, et en l'opposant à ce point de vue à V individualisme. On verra plus loin que les deux conceptions du socialisme se confondent dans la pensée d'Owen.

Embrasser les principaux aspects de la vie et du développement de la société dans une conception synthétique, élargir l'éducation au point d'y comprendre

{i)lbid., p. 6-7 et p. 23.

(2) Ch. Southwell, Socialism madc easij, London, 1840, p. 10.

toutes les conditions économiques et sociales du développement de l'être humain, tout l'ensemble de son milieu extérieur, baser l'action réformatrice etéducatrice de la société sur la modificabilitd indéfinie de l'homme et de son caractère, et la faire dépendre elle-même de la modificabilité môme du milieu, telle fut, dans ses lignes maîtresses, l'œuvre sociologique d'Owen qu'il essaya, avec un zèle infatigable, de faire rayonner dans une expérimentation toujours renaissante. C'est trop peu de ranger un" tel homme dans le socialisme utopiste, car s'il est vrai que R. Owen ait tenté de transporter dans les faits un idéal absolu, s'il est vrai encore qu'il ait institué hâtivement et témérairement ses plus audacieuses expériences, encore est-il cependant que les leçons de l'expérience d'O^ven ont à la fois profité directement à celui qui l'a accomplie, et à ceux qui lui ont succédé. La pensée d'Owen se résolut dans une éducation sociale idéale du genre humain, ce fut sa théorie du progrès ; la vie d'Owen fut à la fois, pour lui et pour les autres, comme l'éducation même de l'expérimentation sociale.

§ 2. La vie d'Owen. — Kllkrup a esquissé d'une manière saisissfinte les conditions des travailleurs en Angleterre, au moment où Owen allait y faire rayonner la pensée des philosophes du xviii'' siècle, (i)

Le travailleur rural n'avait aucun intérêt fixe dans le sol. Il n'avait aucune part au gouvernement ni à l'administration locale. Il avait peu ou point d'éducation : son habitation était misérable, son salaire était extrêmement bas. Dans l'industrie, un grand nombre de travailleurs étaient réduits à la misère par l'introduction des

(1) KiLKRUP, A history of socialism, p. o5, S6.

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