VI. — ROBERT OWEN
porte que la santé et la moralité de toute la population de New Lanark s'étaient déjà améliorées sous l'excellente administration de M. Dale. Cependant, il restait beaucoup à faire encore. Les enfants étaient livrés par les administrations des pauvres dès six ans, et à cet âge leur travail n'était productif qu'au prix de beaucoup de souffrances. Les soins dont on les entourait n'empècbaient pas les accidents et les déformations. Beaucoup s'échappaient , d'autres attendaient impatiemment la On de leur- apprentissage pour aller s'engloutii* dans les grandes villes.
Owen avait été amené à penser depuis longtemps que deux causes déterminent le caractère de l'homme : 1° les dispositions naturelles; 2° les circonstances qui, à partir de la naissance, viennent affecter ces dispositions natives. Ce sont ces circonstances qui exercent une influence décisive sur le caractère. Entouré de conditions favorables au développement de la vertu, les hommes deviendront à peu près universellement vertueux : s'ils sont au contraire dans un milieu défavorable, ils deviendront non moins certainement vicieux.
C'est pour cela qu'il s'appliqua à résoudre, à New Lanark, le grand problème de la réformation morale. Son premier soin fut d'écarter les tentations au vice, et avant tout à l'intempérance. C'est au moment où l'ivrogne subissait les effets de ses excès qu'il s'appliquait à le convaincre de sa folie, et cette action fut salutaire. Le docteur Mac Nab dit que les liqueurs se vendaient 23 0/0 moins cher à New Lanark qu'ailleurs, mais les cabarets se fermèrent peu à peu ; pendant plus d'un an on ne constata pas même un cas d'ivrognerie à New Lanark. On enseignait aux femmes à rendre leurs demeures plus confortables et à diminuer par là chez les maris les attractions des cabarets ; on leur enseignait la cuisine, de
manière à rendre la nourriture plus appétissante et plus économique. Owen s'appliqua à soustraire l'ouvrier à l'exploitation des commerf-ants de détail. Il procura toutes les marchandises de la meilleure qualité au prix du gros^ augmenté seulement des frais de gestion de ces magasins. Plus tard il préleva une légère taxe pour en appliquer tout le produit à l'éducation ; et bien que ces rais d'éducation s'élevassent alors à 700 £, les marchandises se vendaient encore beaucoup moins cher (23 0/0) que dans les boutiques de détail. C'est de ce germe que le mouvement coopératif est sorti. C'est l' institution du patronage éclairé qui a précédé les institutions coopératives autonomes .
Le vol avait longtemps régné dans la fabrique. Owen adopta des moyens de découvrir les coupables, mais il ne les soumettait à aucune répression légale : ils ne subissaient que les condamnations de l'opinion. Il avait adopté un moniteur silencieux^ silent monitor, consistant en petits blocs de bois quadrangulaires, dont les laces étaient de couleurs différentes et indiquaient quatre degrés de moralité : le noir correspondait, à mawuaw, le bleu à indifférent, le jaune kbon, le blanc à excellent. Ces blocs étaient placés au-dessus de la tête de tous les ouvriers dans la fabrique. Des registres recueillaient les indications sur la conduite de chacun. L'évolution s'accomplissait par degré, du noir au blanc. Le préposé à chacune des grandes divisions de l'établissement plaçait chaque jour ces moniteurs silencieux, et le chef de l'établissement faisait de même pour les préposés. Cette discipline morale correspond, elle aussi, à une phase de l'évolution industrielle, le patronage accepté. Owen se heurtait cependant à de l'opposition, même à la méfiance des ouvriers, mais elle se dissipa dans une