‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 171 sur 229 · VI. — ROBERT OWEN · texte numérisé non relu

VI. — ROBERT OWEN

quelques grandes manufactures, le cinquième, le quart môme des enfants étaient estropiés ou déformés par le travail. Owen se mit en rapport avec quelques membres influents des deux Chambres et leur exposa ces faits. Il prépara le projet de loi signalé plus haut pour 3' apporter un remède. D'après ce projet, il était défendu aux manufactures de recevoir des enfants avant l'âge de 10 ans, et les heures du travail étaient jusqu'à 18 ans limitées à dix heures et demie par jour. Le travail de nuit était interdit — une demi-heure était consacrée chaque jour à l'instruction, aux frais des manufactures : celte loi devait s'appliquer à toutes les manufactures de colon, laine, lin et autres fabriques ou chantiers dans lesquels vingt personnes de moins de 18 ans étaient employées. Owen avait obtenu de Robert Peel une promesse d'appuyer ces mesures, mais cet homme d'Etat n'aboutit qu'à la loi insuffisante de 1819. Mécontent de ce résultat, Owen tenta de pénétrer lui-même au Parlement, mais il échoua. Si le projet d'Owen avait élé adopté, il eût anticipé la législation des fabriques de plus d'un demi-siècle, a dit M. Whatelev CookTavlor, l'historien de laléi^islalion du Travail. Sa conception de la protection du travail était si large qu'elle n'a été que beaucoup plus tard accueillie par les hommes d'Etat de l'Angleterre. (I)

« A Owen, dit en(-ore Whateley Cook Taylor, revient sans nul doute l'honneur d'avoir élé non seulement le plus avancé des premiers réformateurs des falniques, mais celui dont la prévision s'est étendue le plus loin, — et ceux qui ont rejeté ses propositions portent la responsabilité d'avoir retardé une législation plus humaine. »

(1) Whateley Coore Tavlou, l-actory System, p. 207-209.

2. La période la plus importante et la plus féconde de la vie d'Owen, surtout au point de vue du développement de la pensée réformatrice, embrasse les années 1817 à 1820. (1) 11 avait été sollicité de donner son avis sur les causes de la détresse des ouvriers. Sa réponse fut un rapport célèbre adressé au Comité de l'association pour le soulagement des ouvriers pauvres des manufactures et des journaliers en général, et soumis au Comité de la Chambre des Communes ayant pour attribution la loi des Pauvres. (2) La question économique était, avec la situation cruelle des sans-travail,amenée au premier plan dans les préoccupations d'Owen, mais il ne pouvait la séparer de son projet de réfo'mation morale, la garantie d'un travail régulier et rémunérateur en devenait un élément essentiel. Sa synthèse réformatrice, désormais beaucoup plus complexe, se ramène à procurer aux pauvres une subsistance confortable par leur propre travail, dans de telles conditions que leur développement moral soit assuré ; au lieu de les abandonner aux influences d'un milieu vicieux, il fallait réaliser un système tel qu'il prévînt à la fois le paupérisme et le crime.

Mais avec la puissance généralisatricc de son esprit, Owen rêvait d'étendre à la société tout entière la solution qu'il proposait pour les ouvriers sans travail. Son autobiographie renferme ce passage significatif: « C'était Tannonce de ce nouvel état d'existence sur la terre, qui, lorsqu'il sera compris et rationnellement appliqué, unira

(1) Voyez pour l'histoire de ces années, Life of R. Owen, London, 1858, I. p. 154 et suivantes; II, p. 53. — Jusqu'à la fin du second volume pour la documentation.

(2) Report to ttxe committe of the association for the relief of the manufacturinf^ and labouiing Poor. mardi i8ll,Life ofOicen, II, p. 53 et suiv.

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