‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 172 sur 229 · VI. — ROBERT OWEN · texte numérisé non relu

VI. — ROBERT OWEN

cordialement tous les hommes comme les membres d'une bonne famille, les rendra tous capables d'un progès rapide en connaissance et en sagesse, et leur fera atteindre avec continuité le plus haut degré de bonheur terrestre auquel l'homme puisse atteindre... (1) » Déjà, trois mois après, dans une première lettre ouverte, il prévoyait la substitution spontanée et graduelle, sous l'intluence souveraine de l'ex-emplejdela société communautaire à la société de son temps (2). C'est ainsi que le patron philanthrope se transforme par degrés en chef d'une école socialiste, qu'un système d'éducation morale fait place à un plan de réorganision rationnelle de la société: le déchirement devait être rapidement plus profond encore, et le système rationnel d'Owen, en opposant à l'individuatisme l'amour, la charité, l'altruisme, opposait aussi, sous sa forme la plus radicale, comme intluence souveraine du milieu, le déterminisme au libre arbitre. L'un des meetings célèbres, convoqués par lui, fut marqué par un événement dont Owen a dit qu'il devait être à jamais conservé dans les annales de l'histoire.

Il y dénonça toutes les religions établies comme avant retardé les progrès de l'humanité en vertu et en bonheur. « Qu'est-ce qui a jusqu'ici, dit-il, retardé l'avancement de notre race? Qui peut répondre à cette question? Qui ose y répondre si ce n'est en présentant sa vie dans ses mains? Une victime prête et salutaire s'olTrant à la vérité et à l'émancipation du monde pour son long esclavage dans l'erreur, le crime, la misère ? La voilà cette victime, aujourd'hui, à celte heure, en ce moment (3) ». Les suites de cette déclaration audacieuse ne se tirent pas

(1) Lifeof R. Oucn, I, iU.

(2) First letter, July 25, 1817, Life of Owen, II. 74.

(3) Sargant, p. 12G.

attendre, a dit Holyoake, l'un des plus fervents admirateurs d'Owen (1). L'histoire enregistra d'abord, en effet, une réaction passionnée contre le courageux réformateur. C'est alors qu'il passa sur le continent, et le même entraînement de sa pensée qui lui faisait prolonger dans le temps la réforme du régime des pauvres, jusqu'à la transformation sociale, la lui fit étendre dans l'espace. Il se rendit à Aix-la-Chapelle, où les représentants des puissances alliées siégeaient en Congrès. Il adressa aux gouvernements et à ces représentants, pour venir en aide aux classes ouvrières, des mémoires qui renfermaient un exposé de la question sociale, telle que le progrès rapide de l'industrialime la posait alors. Owen jetait, en 1818, les fondements de la législation internationale du travail (2).

Quand Owen revint en Angleterre, la misère des ouvriers, qui était au comble, ramena les esprits vers ses projets de réformes ; un meeting (3) présidé par le Duc ■de Kent désigna, le 2C juin 18 19, un Comité chargé d'examiner le plan d'Owen et de faire rapport. Ricardo, Torrens et Robert Peel en firent partie. Le Comité jugea le plan praticable, son rapport est très intéressant (4) ; cependant la souscription publique, malgré les efforts du Duc de Kent^ ne donna que 8.000 S, au lieu des 100.000 jugées ici nécessaires par Owen (5).

C'est à la suite de cet échec que le projet, avec des développements nouveaux et très considérables, fut soumis

(1) HoLYOAHE, IHsCory of Coopération, I, 76.

(2) Two memorials on belialf of tlie workiny classes : tlie first presented to tlie ;,'overnments of Europe and America, tlie second to the allied powers assembled on congress at Aix-la-Chapelle. Septembre 1818, octobre 1818. Life of Owen, II, p. 209 et suiv.

(3) Voyez les résolutions du meeting, Life of Owen, II, 237, 241.

(4) Address of tlie comraittee, ibld., 243.

(5) Final proceedinf^s of the conimiltee, ihid., p. 249.

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