VI. — LA STATIQUE d'OWEN
qui ont prospéré avec le principe d une communauté de biens, mais dans lesquelles la population était sous la puissante influence du fanatisme religieux 1 . »
C'est avec beaucoup plus de complexité que le problème psychologique apparaît à Owen. D'une part, il n'oppose pas sous une forme abstraite et rigide lintérèt individuel à rinlérèt commun, mais l'intérêt individuel is(dé à l'intérêt individuel soutenu par la coopération ; de l'autre, sa conception de l'Elhologie lui inspire une foi dans la toute-puissance de l'éducation, et de la transformation du milieu social. Dans un passage du Rapport au Comté de Lanark, il rend éloquemment sa pensée : « Ce fut et c'est encore une opinion reçue chez les théoriciens de l'Economie politique, que l'homme peut mieux pourvoir pour lui-même et plus avantageusement pour la société, lorsqu'il est abandonné à ses efforts individuels, qu'il est en opposition et en concurrence avec ses compagnons, que lorsqu'il est aidé par des arrangements sociaux, qui unissent ses intérêts individuellementet généralement avec la société. Ce principe de lintérèt individuel oppo>é, comme ill'est toujours, au bien public est considéré par les plus célèbres économistes comme la cLef de voûte du système social, sans laquelle la société ne subsisterait pas. Cependant, quand ils connaît tout euxmêmes et découvriront les effets merveilleux que la combinaison et l'union peuvent produire, ils reconnaîtront que l'arrangement social actuel est le plus antisocial, le plus impolilique, le plus irrationnel qui puisse être conçu : que sous son iniluence, toutes les qualités supérieures de la nature humaine sont refoulées depuis 1 enfance, et que les moyens les plus contraires à la na-
(1) Letlersof liicanlo to Trover, p. 79-80, 8 juillet 1819.
turesont employés pour dégager les dispositions les plus funestes. » C'est de ce principe de l'intérêt personnel, tel qu'il est compris, que naissent toutes les divisions parmi les hommes, les erreurs et les excès des classes, des sectes, des partis, les antipathies nationales^ déchaînant des passions hostiles, tous les crimes et toutes les misères qui ont jusqu'ici affligé la race humaine. « Bref, s'il est une doctrine contrair 3 à la vérité, c'est celle qui enseigne que l'intérêt individuel, tel qu'il est compris actuellement, est un principe plus avantageux pour fonder le système social, dans l'intérêt de tous, que le principe de l'union et de la coopération mutuelle; si l'expérience a prouvé que l'union, la combinaison des arrangements extensifs entre les hommes, ont une puissance destructive mille fois supérieure à celle des individus isolés formant une multitude sans cohésion, est-ce que Tunion, la combinaison des arrangements extensifs n'auraient pas une même efficacité pour crée?' et conserver? Comment les résultats ne seraient-ils pas les mêmes dans un cas que dans l'autre? Comment se fait-il que les hommes aient aussi longtemps agi individuellement, en opposition les uns avec les autres? C'est là une question importante qui mérite la plus sérieuse attention. On n'a pas encore dirigé l'éducation des hommes vers les principes qui leur permettent (Vagir dans l'union, sauf pour se défendre eux-mêmes et pour détruire les autres : les nécessités de leur préservation les ont contraints dès l'origine de s'unir pour le but de la guerre; une nécessité égalemoil puissante contraindra aujourd'hui les hommes à apprendre à agir en commun pour créer et pour conserver, de manière à assurer leur vie dans la paix. Heureusement pour l'humanité, le système d'opposition des intérêts individuels a atteint son