‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 183 sur 229 · YI. — LA STATIQUE DO'WEN · texte numérisé non relu

YI. — LA STATIQUE DO'WEN

point extrême d'erreur et de contradiction ; on se sert des moyens les plus puissants pour créer la richesse, et tous sont, ou bien dans la pauvreté, ou en péril imminent de subir les effets de la pauvreté des autres 1). »

Ricardo ne concevait qu'une psychologie économique individuelle ; l'ordre économique était la résultante du concours d'activités isolées poursuivant des tins personnelles. R. Owen avait la conception dun consensus conscient et volontaire entre des individus poursuivant un but commun : Thomme abstrait de Ricardo avait pour mobile invariable et constant l'intérêt personnel ; l'homme concret de R. Owen réflécliissait dans sa constitution psychique les influences du milieu historique, et pouvait être systématiquement transformé par l'éducation. R. Owen eut le premier, dans toute sa portée, la claire vision d'une science dont J. Stuart Mill(2) a, sous son inspiration immédiate et manifeste d'après moi, mais sans le rappeler, proposé la constitution : l'Elliologie. « La partie réfléchie de l'Humanité a admis, en théorie,, que les caractères des hommes sont formés principalement par les influences dans lesquelles ils sont placés : cependant, la science de l'influence des circonstances, qui est la plus importante de toutes les sciences, reste inconnue pour les grandes affaires de la vie. Quand elle sera complètement développée, on découvrira que l'union des facultés mentales des hommes, pour atteindre des buis paciflques et civils, sera une tâche beaucoup plus aisée que celle de combiner leurs forces physiques pour préparerla guerre (3). »

La filiation des idées rattache ici directement Owen à

(1) lieport to county of Lanork, Life of (nren, II, p. 284-286.

(2) J. Stuart Mill, A System of lorjic, 1. VI, ch. v.

(3) Report to county of Lanark, 1820, Life ofnuen, II, p. 286.

Godwin : en effet, le chapitre iv du livre I de V Enquinj concerning political Justice porte le titre : Les caractères des hommes ont leur origine dans les circonstances extél'ieures. Godwin lui-même procède d'Helvétius, et le déclare nettement (I) ; c'est là qu'il soutient que les causes des qualités et des défauts du caractère humain, ne sont pas placées hors des atteintes du génie pour les modifier ou les corriger. Elles ne le sont évidemment pus si elles sont dans les institutions humaines que l'homme a créées et qu'il peut changer. C'est l'application pratique de ce principe qui sera toute la vie d'Owen.

Il célèbre cette science nouvelle avec l'éclat et la pompe des Physiocrates ; aucune autre découverte n'auia de tels effets sur les conditions de l'Humanité, aucune ne lui communiquera une puissance comparable, à ce point d'exercer en une année, sur son bien-être, une action plus efticace que toutes celles qui ont été exercées au cours de plusieurs siècles. J. Stuart Mill a fait del'Elhologie une science subordonnée à la Psychologie même, en tant qu'elle détermine, conformément aux lois des phénomènes ps3'chiques élémentaires, la nature du caractère produit par les divers ordres de circonstances physiques ou morales (2). L'Ethologie ne peut se constituer délinitivement aux yeux de Mill que comme science déductive, ses lois sont des lois de causalité dérivées des lois générales des phénomènes psychiques élémentaires et de leur concours, tel qu'il se manifeste dans des circonstances détinies. Pour Owen, l'Ethologie fut avant tout une science expérimentale, c'est par l'observation et surtout

(1) Political Justice, I, p. 26, — Hëlvétius, De lliomme et de son éducation, section IV. Voir encore le catéchisme de Volaey qui exerça une grande influence sur l'Iîcole d'Owen.

(2) J.-S. Mill, A system of loijir, édition Lubboclc, 1892, p. 322.

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