VI. — LA STATIQUE D'OWEN
ciety, comme l)ase et débouché : mais là l'union des intérêts se traduira par un égoïsme collectif en opposition avec une tendance altruiste supérieure, dans le partage des prolits avec les membres de la colltctivité productrice ; L'S sociétés de production à leur (our réfrènent l'esprit égoïste trop fréquent chez les coopéruteurs isolés en se subordonnant plus ou moins aux trade-unions : l'évolution peut ramener à l'association intégrale que rêvait Owen, mais par d'autres voies que la communauté intégrale de village, avec une diflérenciation plus profonde et suivant un processus psychologique mal étudié encore.
§7. La statique d'O-wen. La productivité du sol et l'équilibre de la population et des subsistances. — Les communautés de coopération mutuelle sont basées sur l'agriculture, qui devient prépondérante, et qui doit subir une révolution comparable à celle des machines; c'est qu'en elTel Uwen veut généraliser la substitution de la culture à la bêche à la culture à la charrue, et par là accroître à iu\ degré extraordinaire la puissance productive du travail, en occupant le plus grand nombre de bras possible. Ses calculs révèlent l'étendue de ses espérances : le Hcjyauuie Uni comptait environ 60 millions d'acres en exploilalion, dont 40 millions en prairies, 20 millions en terres arables ; par le système en vigueur de la culture à la charrue et du pâturage, 2 millions de cultivateurs pourvoyaient à la subsistance de 18 millions d'habitants ; par la culture à la bêche, en combinant les manufactures avec le travail agricole, on eût pu assurer un emploi salubre et prolitable à 60 millions de cultivateurs, et pourvoir à l'alimentation, dans un large coniort, d'une population excédante de 100 millions d'àmes. Owen pensait qu'eu égard à la population d'alors, tout
au plus 5 ou 6 millions d'acres pourraient être cultivés à la bêche ; on n'eût pu de longtemps, faute de population, généraliser ce mode de culture, et l'excès de population redouté par IMalthus n'était que relatif, et en connexion avec l'imperfection du système de la charrue (1). Ce qui préoccupait l'esprit pratique de R. Owen, c'était de reculer dans le lointain de l'avenir la rupture d'équilibre entre la population et les subsistances. Owen reconnaît que la loi statique de la population formulée par Mallhus est vraie, la population s'adapte elîeclivementàla quantité de subsistances ; maisMalthus ne nous dit pas « à quel point la quantité de nourriture que peut tirer du même sol un peuple intelligent et industrieux, est supérieure à celle que produit un peuple ignorant et mal gouverné; la différence peut être infinie ; car Thomme ne connaît pas l'étendue de son pouvoir de créer la nourriture ». Le génie optimiste d'Owen élargissait le domaine de cette puissance bien au delà des limites conçues par Malthus, non seulement il signalait la mer comme un réservoir inépuisable de nourriture, mais, comme je l'ai montré déjà, il entrevoyait la synthèse chimique totale des principes immédiats de notre alimentation, ce qui dissipera sans doute toutes les terreurs : « Les aliments de l'homme peuvent être considérés comme des composés d'éléments, la connaissance de leurs qualités, de leurs combinaisons, de leur contrôle est sans cesse étendue par les progrès de la chimie, et il est impossible de dire jusqu'où cette connaissance peut conduire, où elle s'arrêtera (2). » C'est ainsi que tout travailleur agricole
(1) Report to county of I.anarlc, Life of (hven, II, p. 276.
(2) Essays on the formation of character, fourth essay, Life of Owen, I, p. 327-328.