VI. — LA STATIQUE d'oWEN
produisant d'après lui cinq ou six fois, même jusqu'à dix fois sa nourriture, Owen reportait déjà au jour où la terre entière serait cultivée comme un jardin, la pression de la population sur les subsistances (l), mais l'argumentation contre Malthus restait nécessairement imprécise ; de même que Malthus n'avait formulé la loi de productivité du sol que d'une manière purement empirique, Owen n'avait aucune des données physico-chimiques ou biologiques, qu'une argumentation vraiment scientifique exigeait pour réfuter Malthus : en défendant le travail à la bêche, il s'arrêtait aux conditions mécaniques de la culture; sans doute suivant les expériences d'alors, la productivité d'un acre de blé pouvait presque doubler (2), mais pour faire entrer plus d'éléments minéraux du sol dans le cercle de la vie, elle n'en augmentait pas la masse d'une manière absolue, elle laissait subsister les conditions physico-chimiques qui donnent à la loi du rendement décroissant du sol toute sa portée, elle aggravait peut-être l'application de ce qui devait être la loi de restitution de Liebig ; néanmoins en interrogeant le mouvement empirique de la population, et en opposant une progression arithmétique etfective à la progression géométrique de Malthus ; en montrant l'extension et l'intensification possible de la production du sol et delà production alimentaire ; (3) en appelant plus de bras au travail, il dissipait au moins pour une longue suite d'années,
(i) First letter, july 23, 1817, Life of OœenM, 75, même jusqu'à dix fois sa nourriture. V. Ttiird letter, 16 august, 1817, Life of Owen, H, 106.
(2/ Communication from Falla, etc. Life of Oueu, II, p. 318.
(3) « Toute quantité donnée de terre, de travail, de capital, peut être combinée de manière à soutenir au moins quatre fois le nombre actuel d'êtres humains ». First letter, 25 juillet 1817, ibid, II, 75 et 77. Cf. ibid., p. 64, n° 8, p. 106, p. 192-193.
ce qu'il appelait les chimères criminelles de Malthus. Sous cet aspect, le problème de statique économique pouvait être considéré comme résolu : « La crainte d'un excès de population, jusqu'au jour où la terre entière sera cultivée comme un jardin, n'est qu'un pur fantôme de l'ima^inalion calculé seulement pour maintenir le monde dans une ignorance qui n'est point fatale, dans le vice et dans le crime, et l'empêcher Je devenir ce qu'il devrait être bien dirigé et instruit (1) ».
•^ (S. La statique d'Owen. La réforme monétaire, le Droit éconoroique contractuel, et l'Equilibre de la production et de la consommation. — La constitution de la valeur et la transformation du système monétaire sont le second aspect de la statique économique rationnelle d'Owen ; on retrouve dans son œuvre la distinction des richesses territoriales et des richesses commerciales de Sismondi, des valeurs utiles et des valeurs d'échange, correspondant à la distinction du droit réel communautaire, et du droit contractuel de l'échange, car la transformation du système monétaire implique un vaste contrat entre les échangistes, instituant le travail comme mesure de la valeur et la labour note^ le bon ou billet de travail comme instrument des échanges. C'est là surtout que l'œuvre d'Owen se rattache à celle de Ricardo et de Malthus, et qu'elle s'éclaire puissamment par le rapprochement. Il est d'un profond intérêt de noter d'abord que les lignes suivantes, oii s'exprime, pour la première fois, l'idée maîtresse d'Owen, ont été écrites dans son rapport au comté de Lanark, en 1820, peu de temps après la publication des deux premières éditions des Principes de Ricardo (1817-1810). Ce seul rapprochement
(1) Ibid, p. :8.