VI. — LA STATIQUE d'OWEN
abstrait de Ricardo dans le monde réel. Dans le régime existant, à moins d'être pourvus de la marchandise qui sert d'intermédiaire aux échanges, d'avoir préalablement acquis l'or des mains de ceux qui le possèdent et disposent de notre pouvoir de satisfaire à nos besoins par le travail, en échange de notre travail, nous pouvons être réduits aux privations au milieu même de l'abondance. Le travail est la source de toutes les richesses et la puissance de travail est commune à tous : si l'or était éliminé, comme mesure des valeurs et instrument des échanges, chacun n'aurait-il pas en lui le pouvoir de commander directement la richesse, chacun ne disposerait-il pas du moyen d'échange? Qu'on ne dise pas que le travail et la puissance sont inégalement distribués dans les individus, que sa quantité moyenne ne peut être estimée. Owen répond que la force physique moyenne de l'homme et du cheval, malgré la diversité des forces individuelles, a été calculée dans des buts scientifiques, et sert de mesure aux forces inanimées. En vertu du même principe, la moyenne de travail humain pourrait être établie dans tout objet de production. Le rapport d'échange entre divers produits pourrait être fixé corrélativement et être maintenu pour une période donnée. Le travail humain peut donc réaliser sa valeur intrinsèque et naturelle, qui s'élèvera avec les progrès de la science. « La demande de travail humain ne serait plus dès lors livrée au caprice, le soutien de la vie humaine ne serait plus un article de commerce variant continuellement, les travailleurs ne seraient plus les esclaves d'un système artificiel de salaire, plus cruel dans ses effets qu'aucun esclavage pratiqué par une société barbare ou civilisée. Ce changement dans la mesure de la valeur ouvrirait immédiatement les plus avantageux marchés domestiques;
aussi loin que les besoins de tous seraient satisfaits, aussi longtemps que cet étalon subsisterait, aucun mal ne serait plus à redouter du manque de débouchés (i). »
L'évolution de l'échange présente trois phases d'après Owen : le principe du troc originaire fut de prendre pour base de l'échange le coût primitif, la quantité de travail contenue dans les objets livrés à l'échange, c'était le seul principe équitable ; mais le troc disparut peu à peu avec le développement des désirs humains, et l'accroissement des movens de les satisfaire. Au troc succéda le commerce dans lequel les métaux précieux furent, du consentement commun, employés comme instruments des échanges. Son principe fut de produire toute marchandise avec le minimum de travail, et d'obtenir dans l'échange la plus grande quantité de travail possible.
Ce principe a produite la fois des avantages importants et de très grands maux. Il a stimulé le génie inventif,il a assuré le dégagement de ces énergies mentales et volontaires, qui autrement fussent restées donnantes ou inconnues. Mais il a fait de l'homme un égoïste aveuglément confiné dans son intérêt personnel, il l'a mis en opposition avec ses compagnons, il a engendré la fraude et la déception, il l'a aveuglément poussé à créer, en le dépouillant de la sagesse de jouir; en disputant les avantages aux autres, chacun dépasse lui-même l.i mesure; la main puissante de la nécessité engage a turllement de force l'homme dans la voie qui conduit à cette sagesse, qu'il a si longtemps oubliée. H découvrira les avantages qui dériveroni de la synthèse pratique des meilleures parties du système du troc et du système commercial, en écartant tout ce que l'expérience a condamné : c'est ce
(1) Report to counfy of Lanark. Life of Owen. il, p. 264-268.
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qui s'accomplira dans un système où les marchandises seront échangées à leur coût primitif, sur la base de la quantité de travail qu'elles renferment, et au moyen d'un médium convenable, propre à représenter cette valeur, qui sera à la fois réelle et imimiahle; cet instrument d'échange devra être émis à mesure que s'accroîtra la richesse effective. « Etant donné la dépression actuelle de la valeur du travail, il n'y a pas de proposition d'Euclide plus vraie que celle-ci : la société bénéficierait immédiatement avec une extension incalculable, dans une grande diversité de voies, de la consécration du travail comme étalon de la valeur » (1). Il résumait sa pensée dans ces mots : ce qui peut créer une richesse nouvelle, le travail, est par une suite nécessaire l'étiui valent de la richesse qu'il crée.
La crise économique, à laquelle Owen avait assisté lui-même, avait porté son attention sur les [terturbations des prix que peuvent produire la conlraciion ou la dilatation de l'instrument monétaire. Dans un passage curieux dî son Ne7v Moral World, il a insi>lé sur l'impuissance delà monnaie métallique à réaliser la stabilité des prix, en tant que cette stabilité dépend de l'emploi de la monn lie. Ce passage est extrait delà deuxième partie de New Moral World, chap. m, sure; la di>hil)ution de la richesse ». Je le traduis tout entier, avec toutes ses exagérations de langage, parce qu'il a une grande portée, et cherche à atteindre dans sa racine le grave problème qui agile encore l'opinion scientifique, celui de la stabilité relative des prix des marchandises et des services.
« Dans toutes les classes de la société, comme elle est maintenant constituée ou organisée, — si un tel
(1) Report to couaty of Lanark, ihid, p. 278-279.
composé d'absurdités hétérogènes, comme est la société actuelle, peut être appelé une organisation, — il semblerait que nos ancêtres aient mûrement recherché, en faisant leurs arrangements, comment ils pourraient produire le plus de vice, de crime, de misère pour la plus grande partie de la population du monde, — le moins de réelle vertu, de bonheur ; car s'ils avaient délibéré de la sorte, en possédant une grande connaissance du sujet, ils auraient à peine mieux réussi, ou plutôt ils auraient réussi, aussi bien qu'ils Font fait, à produire le maximum de crime, de misère, et le minimum de vertu et de bonheur.
« Et un de leurs grands moyens de produire le maximum de mal et le minimum de bien ,a été leur invention de distribuer la richesse par des arrangements qui créent un désir sans fin d'acheter à bon marché et de vendre cher, au moyen d'un représentant artificiel de la richesse, qui 71 a pas le pouvoir de s'étendre ou de se rétrécir comme le fait la richesse; mais qui est, au contraire, la cause continuelle de trouble de tous les solides principes de la production et de la distribution de la richesse, et la cause incessante de l'incalculable misère de la race humaine, et aussi de la destruction de toutes ses facultés à la rendre capable de distinguer le juste du faux, dans toutes ses manières d'agir.
« Dans une société justement constituée ou dans un état rationnel de société, l'or, l'argent ou le papier-monnaie de crédit n'auront jamais à servir de moyens de distribution de la richesse.
« L'intermédiaire, le médium de l'échange juste, aisé et avantageux de la richesse, aussi longtemps qu'un intermédiaire sera requis, doit posséder la qualité d'expansion et de contraction jusqu'à suivre avec la plus