‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 2 sur 229 · I. — LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDORCET · texte numérisé non relu

I. — LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDORCET

éducation, a dû, plus que tout autre, fortifier sa foi dans la perfectibilité de l'espèce, sous l'action toute-puissante, d'après la psychologie d'Helvétius, de l'éducation.

Mais l'auteur de Political Justice semble fermé à l'influence de tous les économistes du xviu'' siècle, aussi bien d'Adam Smith que des Physiocrates. Il ne cite Smith qu'une fois et le qualifie d'écrivain commercial, commercial tvriter, marquant par là combien peu les conceptions systématiques de l'e'conomie politique l'ont préoccupé. Il en sera ainsi d'un grand nombre de conceptions sociologiques au xviu'' siècle, qui restent purement éthiques et politiques, sans pénétration économique.

Au contraire, Condorcet est à la fois le continuateur immédiat de l'œuvre de d'Alembert, de V Encyclopédie, et celui de Turgot, dont il a écrit l'histoire ; disciple de la Physiocratie, il l'est comme Turgot lui-même, mais sans aucune étroitesse de secte ; non seulement il se rattache à Adam Smith, dont M'"*-' de Condorcet a traduit la (( Théorie des sentiments moraux », mais il élargit considérablement la pensée de l'Ecole. Son œuvre marque la rupture décisive avec l'esprit métaphysique qui pénétrait encore la Physiocratie, et qui se traduisait par l'hypothèse d'un ordre invariable et absolu des sociétés humaines. Avec Condorcet, l'esprit positif prévaut définitivement, l'ordre naturel et immuable des Physiocrates est engagé dans la relativité historique ; les lois naturelles perdent le caractère de prescriptions divines. Condorcet conçoit une intervention systématique de la société dans sa propre évolution et tendant à nous rapprocher indéfiniment d'un idéal d'égalité. C'est cette pensée interventionniste et réformatrice qui provoque, avec l'opposition de Malthus, un conflit mémorable dans

l'histoire de l'esprit humain. Et ce sont les méthodes de réforme dont il trace les linéaments^ qui permettent de le considérer aujourd'hui, jusque dans les sj^stèmes de garanties et d'assurances qu'il esquisse, comme le précurseur des réformateurs sociaux, du Socialisme de la chaire.

C'est encore avec cette tradition complexe et puissante, que l'auteur du Tableau des progrès de V Esprit humain prolongera l'influence du xviu" siècle, sur Henri de Saint- Simon et son Ecole, et, dans l'œuvre de réorganisation spirituelle, rattachera, par Auguste Comte, suivant une fdiation saisissante, la philosophie critique du xviii" siècle ù la philosophie positive du xix" siècle. Nous pouvons aujourd'hui mesurer l'influence qu'il a exercée.

Le penseur anglais et le penseur français, si divers par la genèse de leurs idées, tendent l'un et l'autre à des conceptions du même ordre : la perfectibilité do l'esprit humain sans limites assignables, les progrès croissants vers l'égalité. Dans cette œuvre commune, l'un procède directement de la psychologie de son temps et en déduit les conséquences sociales; l'autre, armé de la méthode inductive, interroge directement les phénomènes sociaux et les tendances de l'histoire.

Depuis Locke, l'expérience est conçue comme la source même de nos connaissances ; le progrès intellectuel de l'espèce sera dans l'expérience accumulée, transmise, condensée par l'éducation sur l'individu, et parla il sera conçu comme illimité. Les sentiments sympathiques dégagés par D. Hume de l'égoïsme, soumis par lui et par Hartley comme les idées, avec les idées, à la loi d'association, sont susceptibles d'une expansion indéfinie : la conception abstraite de l'homme, dans la psychologie du xviii^ siècle, rejette à l'arrière-plan les iné-

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