I. — LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDORCET o
galités dérivant de la constitution organique et de 1 hérédité ; on en jugera par Helvétius, dont l'œuvre domine celle de Godwin et plus tard celle de R. Owen ; les seules inégalités réelles de développement seront dans les circonstances, dans le milieu même, social ou physique ; ce double milieu auquel le déterminisme commun à tous ces penseurs : Hume, Hartley, d'Holbach, Helvétius, Condorcet, Godwin, soumet les individus dans leur évolution, est lui-même susceptible à leurs yeux d'une modificabilité illimitée sous l'empire de la raison.
On comprend que Franklin ait dit : l'esprit finira par dominer complètement la matière ; les conclusions optimistes de Condorcet et de Godwin ("talent l'illustration de ces paroles. Voici que le sombre pessimisme de R. Mallhus répond : l'esprit, c'est-à-dire l'accumulation indéiinie du savoir, le gouvernement de la raison éclairant la sympathie, la puissance d'idéal, l'exaltation de la justice et de l'égalité, la réaction systématique sur la nature et sur les institutions, viendront se heurter à la résistance d'un instinct indéfectible, inhérent à la constitution organique de l'homme^ et à celle de la productivité limitée de la terre.
Il a été ainsi donné à ]Malthus, au moins dans l'expression première, absolue, de sa pensée, de venir saper. si j'ose dire, cette construction idéale do la philosophie du xvin'' siècle. En fait, il introduisait dans l'interprétation de l'histoire et la théorie de l'évolution sociale, surtout économique, des facteurs nouveaux physico-biologiques auxquels il subordonnait directement la production et la répartition des richesses, et, par là, tout le développement social. Dans la réaction qu'il accomplit, l'opération de ces facteurs fut d'abord à ses yeux irrésistible, absolue, refoulant d'une manière décisive, en anéantissant l'espé-
rance même, le facteur ps3'cholo^2:ique et moral jusquelà conçu comme souverain. Il atténua plus tard la rigidité de sa pensée, mais sans pouvoir jamais s'élever à la conception organique et vraiment scienlilique du problème de la population. Quoi qu'il faille penser aujourd'hui de la valeur scientilique de Toeuvre de Malthus, sa publication marque l'un des moments les plus considérables de l'histoire de la sociologie d3'namique, parce qu'elle plongera désormais ses racines dans les lois du milieu extérieur et dans celles de la constitution physique de l'homme.
§ 2. Godwin. Le socialisme éthique et politique du XVIir siècle. Plan et méthode. • — Le socialisme, tel qu'il fut conçu au xviu' siècle, se retrouve chez Godwin, dans ses traits principaux. 11 cherche un contrepoids à l'égoïsme dans le sentiment altruiste ; il est surtout caractérisé par une transformation de la conception de la propriété : mais il reste à peu près complètement moral et politique ; c'est la phase d'un socialisme éthique. Le socialisme économique apparaîtra ensuite, encore utopique, avec Owen, l'Ecole Saint-Simoniennc, Fourier.
Godwin rappelle que son livre, conçu en 1791, fut écrit en seize mois avec une ardeur inaccoutumée que justifiaient, dit-il, Tétat de l'esprit public et les intérêts généraux de l'humanité. Ce puissant et noble idéaliste se croyait donc bien près d'exercer une action décisive sur les hommes de son temps.
Dans cet ouvrage il étudie les rapports de la politique avec le développement moral des hommes. Ce sont ses conditions essentielles qu'il recherche ; mieux encore, ce sont des erreurs séculaires sur les conditions de ce développement qu'il entend dissiper. Le titre de son livre exprime toute sa pensée : Rechrrclies concernant la