‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 203 sur 229 · VII. — W. THOMPSON ET SON ŒDVRE · texte numérisé non relu

VII. — W. THOMPSON ET SON ŒDVRE

Adam Smith et surtout Ricardo avaient considéré le travail comme la cause essentielle de Idivaleur d'échange. Thompson, plus rigoureusement et plus méthodiquement

sociale, essentiellement de même que Marx, mais en termes plus courts et plus clairs.» C'est la seule chose que Marx ait lue sur ce soi-disant plagiat ; toutes les autres accusations lui sont restées inconnues.

« Jusqu'en 1859, Marx n'arien lu des travaux littéraires de Rodbertus ; jusqu'en 1818, où il eut à critiquer l'action de Rodbertus comme député et comme ministre, même l'existence de celui-ci lui était inconnue. Néanmoins, Marx a déjà alors très bien vu, non seulement iVoit, mais aussi comment naît « la plus-value du capitaliste ». Cela est prouvé par la Misère de la philosophie, publiée en 1847, et par les discours de Marx à Bruxelles, sur «le salariat et le capital » de 1847, publiés en 1849. Ce ne fut qu'en 1859 que, par Lassalle, Marx entendit parler de l'économiste Rodbertus, alors que sa propre critique du capital était déjà élaborée.

« Voilà les faits. Voyons maintenant le fond que Marx est accusé d'avoir soustrait à Rodbertus.

a Qu'est-ce que la 3"® lettre sociale nous dit sur la genèse de la plus-value ? Simplement que la « rente » (terme qui embrasse la rente foncière et le profit) ne résulte pas d'une « addition de valeur (Werlzuschlag) à la valeur de la marchandise, mais d'une diminution de valeur que subit le salaire de l'ouvrier ; en d'autres termes, que le salaire n'est qu'une partie de la valeur du produit ».

« L'humanité capitaliste a produit la plus-value, il y a déjà plusieurs siècles, et peu à peu on est arrivé à se faire une idée de son origine. La première idée fut celle des mercantilistes ; la plus-value naît par le commerce, elle n'est qu'un accroissement de la valeur des marchandises ; déjà James Stewart reconnaissait que ce que l'un gagne, l'autre doit le perdre.

« Par Adam Smith, cette idée fut bannie de la science. 11 dit {Wealth of Nations, livre I, ch. vi) : « La valeur qu'ajoutent les ouvriers aux matières premières, se divise en deux parties, dont l'une paie leur salaire, l'autre le profit de l'entrepreneur... Aussitôt que tout le sol d'un pays est devenu propriété privée, les propriétaires fonciers, comme tant d'autres gens aussi, aiment à moissonner où ils n'ont pas semé, et demandent une rente même pour les produits naturels du sol... L'ouvrier est forcé de

qu'Owen, a déduit de ce fait économique ses conséquences/î/riWîç'rtes. C'est, en effet, par cette position de philosophie du droit, que le socialisme dépasse Ricardo

céder au propriétaire une partie de ce que son travail a recueilli ou a produit. Cette partie ou, ce qui est la même chose, le prix de cette partie est la rente foncière. »

« De plus, Adam Smith dit (livre I, ch. vu) : « La rente foncière est la première déduction du produit du travail employé sur le sol. Mais il est rare que le cultivateur lui-même possède les moyens de vivre jusqu'à la moisson. En général, son entretien lui est avancé par le capital d'un maître, du fermier, qui n'aurait aucun intérêt à l'employer, s'il ne partageait pas le produit de son travail... Ce profit est la deuxième déduction du produit du travail employé sur le sol. Le produit de presque tout travail subit cette déduction par le profit. »

« C'est donc déjà Adam Smith qui a su et expliqué « d'où naît la plus-value du capitaliste » et même celle du propriétaire foncier. Ricardo va beaucoup plus loin qu'Adam Smith. De la fixation de la valeur des marchandises, par la quantité du travail réalisé dans les marchandises, dérive la division de la valeur ajoutée aux matières premières par le travail, entre l'ouvrier et le capitaliste, sa division en salaire et profit (ce qui est ici la même chose que la plus-value). Il démontre que la valeur des marchandises reste la même, quelle que soit la proportion de ces deux parties, une loi à laquelle il n'admet que peu d'exceptions. 11 constate même quelques lois principales sur les proportions entre le salaire et le profit, quoiqu'elles soient trop générales, et il démontre que la rente foncière est un excédent de profit, qui n'existe que sous certaines conditions.

« Sur tous ces points, Rodbertus n'a nullement dépassé Ricardo.

« Au le»' volume du Capital, p. 609 (2'"o édit.),on trouve cité un écrit : « The source and remedy of the national difflcuUies. A letter to Lord John Russell. London, 1821. » Dans cet écrit on lit : « Quelle que soit la juste part du capitaliste, il ne peut s'approprier que le surplus du travail (the surplus labour) de l'ouvrier, car l'ouvrier doit vivre. Mais comment l'ouvrier vit, est relatif. Si l'on peut amener l'ouvrier à se nourrir de pommes de terre au lieu de pain, il est évident que le capitaliste peut gagner plus par son travail. 11 est admis que les intérêts du ca-

Page 1