VII. — LA STATIQUE DE THOMPSON
La section VII du chapitre i**" est Tune des plus importantes du livre.
Thompson y montre la vérification de cette loi par les Etats-Unis: en aucun lieu du monde, le travail sur une grande échelle n'a été plus libre et plus assuré de jouir intégralement de son produit, et nulle part il n'a été plus productif. Dans la mesure où la rémunération du travail s'est éloignée de ce maximum, les efforts de l'industrie se sont relâchés, jusqu'au point extrême d'apathie où le stimulant volontaire disparaissant, la force brutale a été employée pour extorquer, par la terreur des maux de la misère, un produit fourni avec répugnance. Tels sont les deux pôles de la stimulation au travail : le stimulant volontaire, la contrainte, — la garantie de jouir du fruit intégral de son travail, la terreur à l'opposé ; d'un côté, le maximum de production, de l'autre le minimum.
Toute l'histoire proclame cette loi du travail.
Thompson dit avec amertume que l'effort constant de ce qui est appelé société, a été de porter le travailleur productif à travailler pourlajooWîo;z la plus petite possible du fruit de son travail... Il suppose une communauté de pauvres gens, détachés de notre civilisation, allant s'établir sur des terres de l'ouest des Etats-Unis ; ils trouveront autour d'eux la terre et les matériaux inappropriés; les seules acquisitions qu'ils devront faire seront celles des outils et des aliments, jusqu'à ce que leur travail devienne productif. Le puissant stimulant de cette colonie sera la certitude de jouir de tout le fruit de son travail (1).
Dans la civilisation même, aux obstacles que le déve-
(1) W. Thompson, Distribution of ivealth, p. 36.
loppement de l'industrie de la colonie peut rencontrer dans la nature, s'ajoutent d'autres obstacles d'origine historique.
Des hommes qui n'ont pas, d'une manière tang^ible et visible, fourni dans l'échange des richesses un équivalent,s'attribuent des parts du produit du travail.
« Il suflit de laisser au travailleur, dit le riche, assez pour le déterminer au travail. »
Thompson ne discute pas encore si les institutions qui violent dans la société le principe de la sécurité, n'ont pas été dictées par des considérations d'ordre social autres que celle de la production des richesses, mais il n'hésisle pas à dire qu'aucune institution ne devrait se trouver sur la route du plus grand bonheur de tous.
L'échange des richesses est à son tour un stimulant à la production ; c'est, en effet, un moyen indirect d'obtenir la satisfaction de ses besoins, d'accroître, avec les jouissances, le bonheur. Ce qui est sans valeur pour l'individu qui l'a produit, transporté sur le marché, éveillera les désirs de quelque autre qui, pour l'obtenir en échange, sera stimulé à produire l'équivalent (l).
Ici, comme partout, Thompson apparaît préoccupé d'unir l'économie politique à la morale, et de l'incorporer à la sociologie. Ce ne sont pas les effets économiques de l'échange, mais les effets moraux qui l'attachent le plus : « Que dit l'introduction des échanges à l'homme capable d'apprécier la vérité ? Il voit que, dans les nombreuses routes tracées devant lui, la coopération de ses compagnons avec lui, et de lui avec ses compagnons, est nécessaire à leur mutuel bonheur. Il devient intéressé au succès de leurs travaux communs. II
(1; W. Thompson, Dislribulion of weaUh, p. 48.