‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 212 sur 229 · VII. — LA. STATIQUE DE THOMPSON · texte numérisé non relu

VII. — LA. STATIQUE DE THOMPSON

sent de la sympathie pour leurs efforts, quand il constate qu'il a produit, d'une marchandise, plus qu'il n'est nécessaire à ses besoins, et qu'il voit une autre personne posséder un produit dont il a besoin, et qu'il accomplit alors un échange, recevant un objet de désir pour un objet de désir ; par là une satisfaction mutuelle est produite, une sympathie mutuelle est excitée, et une association heureuse est formée, et la découverte est faite que le bonheur des autres, non seulement n'est pas nécessairement opposé au nôtre mais fréquemment inséparable de notre bonheur (l). »

Comme colloraire à cette démonstration de l'effet direct de la sécurité et indirect de Véchayige sur la productivité du travail, Thompson expose les effets de toute soustraction forcée du produit du travail. Il est clair qu'elle décourage le travailleur. Au point de vue du bonheur, il montre comment la soustraction de petites portions de richesse exercée sur un grand nombre de producteurs, diminue la totalité de leur bonheur d'une quantité beaucoup plus considérable, que celle qui s'ajoute au bonheur de ceux au profit desquels la soustraction s'opère. Il y a là une démonstration analogue à celle que .levons a faite de la relativité de l'utilité, et de l'utilité tinale, comme expression de {à valeur iÏMn produit {2). C'est bien ce qu'il veut dire, par exemple ici : « Un penny acquerra, pour le producteur, une petite jouissance de luxe, fruit, sucre, vivement ressentie par lui. Ce penny produira-t-il la dixième, la centième ou la millième partie de plaisir réel chez le détenteur de millions de pence » (3) ?

(i)W. Thompson, Distrihutoni, of wcallh, p, 50. (2) Stanlet Jevons, Jheori/ nf polilical e'onojny. (3j WiLLWn Thompson, Dislributinn of ircaltli, p. 77.

La solution du problème du bonheur et de la justice, dans la distribution des richesses, est de donner à tous la sécurité la plus grande, c'est-à-dire la libre application de leur travail, la jouissa7ice de r intégralité de leur produit, la faculté d'accomplir les échanges volontaires de richesses. La garantie de cette sécurité égale et réelle, en tendant à réaliser la production la plus considérable , tend aussi à la plus grande égalité possible. 11 y a coïncidence parfaite entre ces deux objets (1).

Thompson ajoute que ce qui a été, jusqu'ici, honoré sous le faux nom de sécurité, c'est la sécurité de quelques-uns aux dépens de la masse, de la dégradation du plus grand nombre, particulièrement de la masse entière des travailleurs, les réels producteurs des richesses, selon sa propre expression.

Ici, un rapprochement que nous avons déjà indiqué, s'impose à nous, entre la doctrine de Thompson et la physiocralie.

D'un côté et de l'autre, ce que l'on recherche, ce sont les lois naturelles de la production et de la distribution des richesses, c'est-à-dire les lois selon lesquelles la production sera la plus abondante et la distribution la plus juste. D'un côté et de l'autre, c'est la justice dans la distribution qui assure la plus grande multiplication des richesses.

(( L'ordre essentiel de toutes les sociétés particulières, dit Mercier, est l'ordre des devoirs et des droits réciproques, dont l'établissement est essentiellement nécessaire à la plus grande multiplication possible des productions, afin de procurer au genre humain la plus grande somme possible de bonheur, et la plus grande multiplication possible; »

(1)W. Thompson, Distribution of wealth, p. 97,

Vir. — LA STATIQUE DE THOMPSON ol3

« Les droits de chaque homme, aatérieurs aux conventions, dit Dupont, sont la liberté de pourvoir à sa subsistance et à son bien-être, la propriété de sa personne, et celle des choses acquises par le travail de sa personne {D ».

Voilà bien le fondement de l'ordre naturel des physiocrates. Seulement, pour eux, la propriété foncière est acquise originairement, en employant sa personne et ses richesses mobilières, ses capitaux à la terre, aux dépenses préparatoires à sa culture, et se transmet héréditairement ; l'exercice des deux autres lui est subordonné, et tout homme en naissant trouve la terre occupée ; ce qui préoccupe les physiocrates, c'est le produit net, la part du propriétaire, ce qui excède les dépenses propres à entretenir les avances perpétuelles de la culture, en instruments, bétail, etc., et les dépenses annuelles comprenant le salaire et l'entretien de tous les hommes employés à l'exploitation de la terre.

Chez les physiocrates, le bien-être général est attaché n ce produit net, à son accroissement ; c'est ce produit net qui entretiendra tout le reste de la société et, avec lui, multipliera les jouissances : « La prospérité de l'humanité entière, dit Dupont, est attachée au plus grand produit net possible, au meilleur état possible des propriétaires » (2).

Thompson est préoccupé de la prospérité dj l'humanité entière, comme Dupont, mais, pour lui, tous doivent y atteindre directement, sans passer par l'intermédiaire d'une classe de propriétaires, sans lui subordonner leur propre bonheur ; c'est l'égal bonheur qu'il

(1) Les Physiocrates, éàW.. Guillaumin, I, p. :U2-344.

(2) Les Physiocrates, édit. Guillaumiu, I, 346.

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poursuit, tous les hommes étant capables de goûter les mêmes jouissances. Le droit économique qu'essaie d'établir Thompson est, dans son principe, le même que celui des physiocrates, mais l'application qu'il en fait tend à l'égalité, ou tout au moins, à ne laisser subsister que les moindres inégalités possibles.

Cela est si vrai qu'il consacre deux sections du chapitre i^"" à établir que l'inégalité^ dans la distribution des richesses, doit être inflexiblement proscrite, dès lors qu'elle est contraire à la stimulation de la production, c'èst-à-dire dès lors qu'elle détruit le principe de la rétribution proportionnelle aux efforts ; il ne la consacre que dans la mesure nécessaire pour assurer la sécurité, c'est-à-dire la répartition proportionnelle aux efforts, dans le cas où des efforts inégaux appellent des rémunérations inégales.

Thompson est amené, par une déduction plus inflexible du principe même des physiocrates, à condamner l'appropriation de la terre et des instruments de travail par une classe de la population ; le travail originaire des premiers cultivateurs était, pour les physiocrates, le titre éternel de la propriété du sol.

Pour Thompson, leur droit ne pourra s'étendre au delà de la quantité de travail qu'ils ont appliquée à la terre.

D'accord avec les physiocrates sur les deux principes fondamentaux du droit économique physiocratique : liberté de pourvoir à sa vie par le travail, et appropriation des produits du travail, il rejettera le troisième, le prolongement de l'appropriation aux richesses naturelles qui ne sont pas le produit du travail. Par une conséquence naturelle, il condamnera l'aîtribution du produit net et, dans sa forme généralisée, applicable à

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toutes les industries, de la plus-value à une classe détentrice du sol et des instruments de travail. Le produit jiet est la forme primitive de la plus-value de Karl AJarx, telle quelle fut conçue par les économistes qui considéraient le travail agricole comme seul productif. C'est Texcédenl de la subsistance du travailleur sur le produit réalisé. Turgot lui a donné sa forme la plus rigide en concevant le salaire comme toujours ramené à un minimum nécessaire, soumis à une vraie loi d'airain,

Thompson est conduit, dans son examen de l'inégale distribution des richesses, à rechercher quelles proportions du produit de leur travail les travailleurs devraient payer pour l'usage des moyens de production, le capital, aux possesseurs de ce capital, les capitalistes.

C'est dans la section xiv du chapitre i^*" que Menger a trouvé les passages relatifs à la plus-value, dont il attribue la paternité à Thompson. Dans cette section, Thompson établit d'abord que toute soustraction d'une partie du produit de son travail, subie par le producteur, diminue l'énergie des motifs qui le portent à produire, et partant, la production. Peu importe^ dit-il, que la soustraction s'appelle profit, impôt ou vol, il y a toujours découragement de la production. Le capitaliste intervient dans la production par les bâtiments, machines, matières brutes, salaires, dont il fait l'avance. « Il n'y a, dit Thompson, d'autre source de son profit que la valeur ajoutée au matériel brut par le travail guidé par l'habileté. Les matériaux, les constriictiotis, machines, les salaires ne peuvent ajouter rien à leur propre valeur. La valeur additionnelle, additionnai value, procède du travail seul (1). »

(I) William Thompson, Distribution of u-ealtfi, p, 1G5-166.

Dans ce passage, nous retrouvons la définition nette du capital constant de Marx, qui lui non plus n'ajoute rien à sa valeur. La plus-value apparaît comme valeur additionnelle engendrée uniquement par le travail,

La plus-value est, pour Thompson, la valeur ajoutée par le travail seul à la valeur incorporée aux éléments du capital. Le travail seul a une plus-value. C'est la pensée de Marx que le capital variable ou le salaire est seul générateur de plus-value.

« La bêche, dit-il, peut aussi bien être appelée la mère du grain, au lieu du bras laborieux qui la manie, qu'aucun des éléments constituant le capital peut être appelé générateur des articles manufacturés. Ce tut le travail qui leur donna à tous leur valeur, comme richesse, et leur valeur actuelle ne peut être accrue que par un travail additionnel. »

Le passage cité par Menger est du même ordre. Il commence ainsi : De combien le produit du travail, c'est ici la valeur additionnelle, devrait-il être réduit pour pa3'er l'usage des éléments du capital ?

Deux hypothèses sont indiquées par Thompson, l'une conçue au point de vue du travailleur, l'autre au point de vue du capitaliste. Au point de vue du travailleur, outre l'usure et l'amortissement du capital, il ne paierait qu'une rémunération équivalente à celle d'un travailleur productif, pendant le temps qu'il consacrerait à la garde et à la conservation du capital utilisé. C'est donc une portion de temps de travail ; pour la calculer et la déduire de Vadditiontial value^ on prendra comme type un travailleur productif occupé pendant un temps déterminé. Cela signifie nettement que la seule légitimité de la rémunération du capital serait dans un travail effectif appliqué à sa garde, mais non dans une productivité qui

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