VJI. — LA STATIQUE DE THOMPSON
lui serait propre, ou dans le fait même de son appropriation. A l'autre point de vue, celui du capitaliste, le prix que le travailleur paie au capitaliste, c'est la valeur additionnelle même, additional value, produite par le travail en utilisant les machines et autres capitaux. « L'ensemble de cette valeur excédante, surplus value , est attribué au capitaliste pour son intelligence supérieure et son habileté, en accumulant et en avançant au travailleur le capital utilisé. »
Cependant, il faut voir de plus près la distinction qui sépare Marx de Thompson ; Engels, dans l'introduction au deuxième volume de Marx, rappelle que la théorie de Marx implique la distinctiou du travail et de la force de travail. Le capitaliste achète la force de travail de l'ouvrier qu'il paie par le salaire ; la force de travail produit plus que ce qui a servi comme salaire à l'entretenir ; la différence entre le salaire et le produit de la force de travail, voilà la plus-value de Marx. 11 faut reconnaître qu'elle n'est encore qu'imparfaitement exprimée par Thompson. Le salaire figure dans le capital constant de Marx, alors qu'il est le capital variable. On comprend, dans la théorie de Marx, que, d'une part, le salaire soit l'équivalent du travail nécessaire à reproduire la force de travail, et que, d'autre part, le salaire ne soit pas l'équivalent du produit, bien que la valeur du produit ne soit autre que la quantité de travail qui y est incorporée.
Marx dégage cette idée qne la force de travail produit quelque chose de plus que ce qui sert à l'entretenir, à la régénérer.
Thompson part plutôt de l'idée générale que le travailleur doit recueillir tout son produit. Son produit ici, c'est : 1* la reconstitution du capital consommé dans
ol8 DEUXIÈME ÉPOQUE. — LA SCIENCE DES RICHESSES
la production ; 2° V additionnai value, la plus-value.
Tout prélèvement capitaliste est une réduction de la rémunération naturelle du travail : voilà bien la pensée de Thompson.
Il ne décompose pas, comme Marx, le processus en ses différentes phases, dominé par ce fait que le capitaliste achète, d'une part, la force de travail à un prix équivalent au travail qui la régénère, et, d'autre part, vend le produit de cette force à un prix équivalent à la quantité de travail en laquelle elle se résout dans les phénomènes de production.
L'analyse de Marx est beaucoup plus profonde, mais si l'on constate que, pour Thompson, le travailleur régénère, d'une part, l'équivalent du travail incorporé dans sa subsistance, de l'autre, engendre une plus-value, le résultat final est le même. Seulement il n'a pas comparé le travail nécessaire à produire la force de travail avec celui qui se dégage par l'application de cette force.
Sismondi semble serrer de plus près la doctrine moderne de la plus-value dans le passage suivant, resté oublié.
Il parle des deux sources de richesse autres que la terre : la vie, qui donne la faculté de travail, et le capital, qui salarie le travail. « Lorsque ces deux puis sances sont réunies, elles possèdent en commun une force expansive, et le travail que l'ouvrier fera dans l'année vaudra toujours plus que le travail de Va^inée précédente, avec lequel cet ouvrier s'entretiendra. C'est à cause de cette mieuœ-vahie , qui est d'autant plus grande que les arts ou les sciences, dans leurs applications aux arts, ont fait plus de progrès, que l'industrie procure un accroissement constant de richesses. Cet accroissement peut, ou former le revenu des classes industrieuses, ou s'ajoutera leurs capitaux. Mais, en gêné-
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rai, le capital qui salarie le travail et qui le rend possible n'est point resté aux mains de celui qui travaille.
(( Il en est résulté un partage plus ou moins inégal entre le capitaliste et l'ouvrier, partage dans lequel le capitaliste s'etîorce de ne laisser à l'ouvrier que justement ce qu'il lui faut pour maintenir sa vie, et se réserve à luimême tout ce que l'ouvrier a produit, par delà la valeur de cette vie (1). »
Nous voilà bien près de la théorie de Marx dans ses lignes maîtresses. Thompson a pu subir, d'ailleurs, l'influence de Sismondi, dont les Nouveaux Principes sont de 1819, alors que le livre de Thompson est de 1824.
C'est un point qui n'a frappé ni Marx, ni Engels^ ni même Menger.
Thompson se demande alors ce qui arriverait dans un état social où la mesure du travail prévaudrait. Il soutient que l'accumulation du capital serait plus considérable encore : « Tout le produit du travail étant assuré au producteur, la plus grande énergie serait employée à la production^ et nécessairement à l'acquisition et à la conservation des moyens ou instruments indispensables pour rendre le travail productif. » Chaque année^ comme le travail humain serait devenu plus productif par les machines et autrement, la rémunération du travail serait accrue, la machinerie, les maisons, les aliments, les vêtements seraient améliorés non pas pour quelques accumulateurs de capitaux, mais pour tous.
La capitalisation totale serait dix fois plus grande, ditil encore, chacun y concourrait, bien que personne ne possédât dix fois plus do capital accumulé que son voisin {•?.).
(1) Sismondi, Nouveaux principes, \, p. 103.
(2) W. Thompson, Distribution of xvealth, p. 170.
§4. Statique de Thompson: les principes de l'équilibre économique et le droit nouveau. — C'est après cette longue analyse queThompson de'gagece qu'il appelle les lois de la distribution des richesses ; ce sont les principes dirigeaals d'une activité économique rationnelle ; ils sont au nombre de trois :
1° Tout travail devrait être libre et volontaire, quant à sa direction et à sa continuité.
Le travail ne doit obéir qu'aux motifs internes qui le sollicitent d'après la nature : il doit être soustrait à la contrainte externe.
2° Tous les produits du travail devraient être assurés aux producteurs £ux-mèmes.
C'est là le seul moyen d'atteindre la fm suprême, le plus grand bonheur du plus grand nombre, en même temps que la plus grande stimulation à produire. « Aussi longtemps, dit-il, que continuera, soutenue parla force, l'organisation actuelle des choses, dans laquelle une classe d'hommes possède seule les moyens de production, et une autre possède les moyens physiques de mettre ces puissances productives en opération ; aussi longtemps que la classe des capitalistes usera des moyens en son pouvoir, pour soumettre le travail et le bonheur de tous les travailleurs à ses plus grands intérêts ; aussi longtemps qu'il en sera ainsi, le bonheur de toute la race humaine sera sacrifié, s'il est nécessaire, dans l'estimation des capitalistes, de produire pour eux un quart de profits en plus. Aussi longtemps que deux masses d'intérêts hostiles existeront en société, les propriétaires du travail d'un côté, Iqs propriétaires des moyens de travail de l'autre, aussi longtemps qu'une distribution aussi contraire à la nature sera maintenue, aussi longtemps qu'il en sera ainsi, les neuf dixièmes des produits que l'huma-