‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 216 sur 229 · VII. — LA STATIQUE DE THOMPSON · texte numérisé non relu

VII. — LA STATIQUE DE THOMPSON

Dans l'état social moderne, sous l'influence de la conciirrence qui lai est faite, le travailleur doit vendre son travail, ou son produit, même au-dessous du prix représentant leur coût de production et les satisfactions ordinaires du producteur. Au contraire, dans l'état social futur, la concurrence subsistera comme émulation, il y aura entre les producteurs et dans l'intérêt commun, des efforts pour produire plus en un temps donné, ou pour produire mieux, par une habileté plus grande, ou par d'autres moyens (1).

(( Un homme s'est trouvé assez courageux pour entreprendre et mener à fin la solution, selon des principes rationnels, de ce formidable problème ; Comment réconcilier l'égalité de distribution avec une sécurité parfaite "f Cet homme, c'est M. Owen, de ?s'e\v-Lanark (2). »

La conception juridique d'Owen, les rapports qui en dérivent, et la portée économique du régime communautaire nouveau dans l'économie générale du monde se précisent avec beaucoup plus de rigueur chez Thompson. La communauté est une association de personnes, réunies en nombre suffisant, vivant sur un domaine assez étendu, pour satisfaire parleurs efforts propres à leurs besoins respectifs : les richesses nécessaires sont produites par une sage communauté, non seulement pour satisfaire les besoins matériels, mais les besoins les plus élevés : les commodités et le confort s'acquièrent directement ou par l'échange. La Communauté implique le concours des activités et le bénéfice commun : le mode d'activité doit être en rapport avec les capacités individuelles, l'avantage réparti suivant l'état et les besoins des individus,

(1) W. TuoJtPSON, Distribution of ivealth, p. 2oO.

(2) Ibid., p. 384.

mais de manière à réaliser pour tous le môme bonheur, pour autant que nos elTorts puissent l'atteindre. Les mots coopération mutuelle d'Owen impliquent que tout individu, s'incorporant à une communauté, est résolu à diriger son travail mental ou physique, ou physique et mental à la fois, ce qui est le plus fréquent, vers tout objet qui^ de l'opinion commune, est considéré comme propre à atteindre le bien général.

Vègale distribution est celle qui assure à tout individu déployant également, ou voulant également déployer ses facultés pour le bien commun, les mêmes moyens de satisfactions physiques, intellectuelles, sociales : ce qui ne veut pas dire que les membres de la communauté reçoivent périodiquement les mêmes quanlités d'aliments, de vêtements, de commodités de toutes natures, mais qu'ils les reçoivent proportionnellement aux nécessités de chacun dérivant de sa nature (I).

Thompson expose les traits essentiels du système coopératif d'Owen, tel qu'il l'admet : La communauté, formée d'un nombre d'individus s'élevant de 300 à 2.000, produisant pour tous la plus grande quantité possible de richesses propres à assurer le bonheur, en combinant leurs eftbrts par l'association. Le travail fondamental est celui de la terre, et la communauté comprend environ un acre de terre arable par habitant ; chacun y applique une partie de son travail, et en reporte le surplus sur les autres branches de l'activité. Chacun des associés apporte dans la communauté naissante un capital nécessaire à son installation matérielle, soit 40 livres sterling ou 1 .000 francs par tête. Si elle ne peut acquérir la terre, elle la prend en location. Un magasin commun approvisionne

(1] Voyez Pruikal Directions : explanation of Icading lerms.

vu. — LA STATIQUE DE THOMPSON 527

d'aliments et de vêtements. Les enfants sont élevés en commun, mais les sexes sont séparés. Les personnes mariées ont des appartements isolés, mais ont à leur disposition des salles communes pour les repas, les études, les amusements.

Pour rendre le travail plus productif^ les colons sont appliqués alternativement aux manufactures et à l'agriculture. Les plus habiles instruisent les autres.

L'éducation des enfants et les soins de la préparation des aliments sont dirigés en commun par les femmes, bien que les repas puissent être pris en commun ou isolément. Les enfants reçoivent l'éducation physique, morale, intellectuelle, la plus parfaite que comporte l'état social. La liberté la plus entière est consacrée à l'égard de la pensée et des opinions religieuses. La direction de la communauté appartient aux hommes et aux femmes adultes, choisissant par élection des comités. L'objet final que ce gouvernement se propose, c'est d'identifier l'intérêt individuel et l'intérêt social. « Les récompenses et les punitions doivent être telles qu'elles dérivent naturellement des actions elles-mêmes, de la constitution de l'homme, et des circonstances ambiantes (I). » C'est ce principe que Spencer développera dans son système d'éducation. Les arts et les sciences sont cultivés par une partie des membres de la communauté, pour le plus grand bien de tous. Toutes les contestations entre associés sont réglées par la conciliation.

Tels sont les traits principaux du système d'Owen, réalisant la coopération mutuelle. C'est là aussi que se réalisent, à la fois, l'égalité et la sécurité volontaires au plus haut degré. Thompson analyse encore ses effets avec

(1) \V. Thompson, Distribution of aealth, p. 390.

la même complaisance, qu'il a mise à analyser les effets généraux des lois naturelles.

Le S3^stème coopératif épargne toute consommation improductive ; en effet, tous les coopérateurs doivent être des travailleurs productifs ; il n'y a là ni capitalistes ni propriétaires oisifs, La défaveur attachée aujourd'hui au travail sera transférée à l'oisivilé, et l'opinion publique exercera désormais une influence jusqu'ici inconnue.

Le système coopératif réalise l'utilisation d'une quantité considérable de travail et d'habileté, ou inemployée aujourd'hui par pure ignorance du marché ou faute de marché, ou dépensée sans utilité réelle.

H analyse longuement cette économie de travail ; la multiplicité, la dispersion des efforts isolés des femmes, par exemple, dans les ménages, donne lieu à des critiques du même ordre que celles de Fourier, De môme il poursuit la combinaison de travaux divers pour les individus soumis, dans une seule industrie, à des chômages périodiques (1).

Le système réalise également l'économie des profits aujourd'hui recueillis par les commerçants de gros et de détail. Tout coopérateur participe directement à la production et à la consommation, et les intermédiaires sont les agents de la communauté les plus capables ; la communauté rapproche directement le producteur du consommateur, et les besoins d'un millier de personnes peuvent être satisfaits aussi directement que ceux d'une famille.

Le plus grand avantage dérivant de la communauté, c'est qu'elle épargne le gaspillage de santé, de vie, que nous infligent aujourd'hui la pauvreté, l'ignorance et le

(1) W. Thompson, Dislribultoii of xcealth, p. 400 et suiv.

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