‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 218 sur 229 · VII. — LA STATIQUE DE THOMPSON · texte numérisé non relu

VII. — LA STATIQUE DE THOMPSON

l'ignorant qui les confond, mêlent ensemble la possibilité physique d'un accroissement géométrique du nombre des habitants, et la supposition d'une nécessité inévitable de certains des expédients du régime d'insécurité : c'est €6 qui a fait naître une école de politiciens et d'écoùomistes fatalistes, dont le seul mérite est d'avoir porté en pleine lumière, bien qu'avec le seul dessein de défendre les systèmes d'insécurité, certains obstacles à l'amélioration humaine qui n'avaient pas été suffisamment étudiés, mais qui, désormais, bien connus et bien compris, cessent d'être des objets d'alarme (1 ). »

C'est là une attaque directe à Malthus.

Godwin avait publié, en 1819, son essai de réfutation de Malthus. Thompson, en 1824, met en lumière le principe d'équilibre que Thornton développera en 1844, mais en se plaçant à un point de vue individualiste.

Il lie étroitement le problème de la population à celui •de la garantie de la sécurité, de la jouissance du fruit du travail. Moins grandes sont les garanties du travailleur, et plus grande est son imprévoyance.

C'est des institutions qu'elle dépend. Mais les défenseurs de l'inégalité ont intérêt à faire croire que cette imprévoyance dépend de la nature humaine ; ils présentent comme un axiome, dit Thompson, que la masse de l'humanité doit toujours rester ignorante et esclave de ses impulsions, car ils ont intérêt à maintenir cette ignorance.

C'est pour cela qu'ils soutiennent que l'abondance, dont l'établissement du régime de la communauté ferait jouir les hommes, aurait pour effet de provoquer un accroissement rapide de population. Les êtres humains,

(1) \V. Thompson, Distribution of iveatth.

comme les rats, dit ironiquement Thompson, aussitôt qu'ils ont une abondante nourriture, se multiplient jusqu'à ce qu'ils se dévorent les uns les autres.

Loin que cette imprévoyance dépende irrémédiablement de la nature humaine, pour Thompson, elle se rattache aux institutions sociales historiques.

« Cette ignorance et cette dépravation furent les effets nécessaires des systèmes d'iiisécuritr du travail, et les défenseurs de ces systèmes les ont érigées en lois de la nature, aussi éternelles et irrévocables que les lois physiques » (1).

Thompson formule à son tour les lois suivantes, qu'il considère comme dégagées de l'expérience :

1. L'accroissement du confort de la vie a toujours produit, dans toutes les communautés, un accroissement de prudence relativement à l'accroissement de leur nombre.

2. Cet accroissement de bien-être permet un accroissement absolu de population, en rapport avec l'exercice de cette prudence.

Par accroissement absolu, Thompson entend simplement l'augmentation de la population.

3. L'accroissement du confort de la vie prévient tout accroissement relatif de population, c'est-à-dire tout accroissement au-delà des subsistances^ qui diminuerait les parts de subsistances.

Il soutient que ces lois se vérifient dans l'histoire. L'Irlande donne, depuis cinquante ans, le tableau d'un accroissement énorme dépopulation : l'accroissement y est absolu et relatif. La grande masse de la population y est non seulement dépourvue de confort, mais manque des nécessités mêmes de la vie. Aucune prévoyance ne

(1) W. TuoMPso.N, Distribution of iccallh, p. 538

Page 1