‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 219 sur 229 · VII. — hk STATIQUE DE THOMPSON · texte numérisé non relu

VII. — hk STATIQUE DE THOMPSON

règle la population. Comparez les Etats-Unis à l'Irlande. Tls jouissent de labondance et du bonheur. Là, sans doute, la population croit rapidement, mais d'une manière absolue et non pas relative, jamais au delà des subsistances.

La Norvège et la Suisse présentent des conditions de bien-être, en corrélation avec la discipline du principe de population. D'autre part, la fatigue, comme il dit, la privation peuvent prévenir en Russie, dans les Indes occidentales ou auxEtats-L^nis, la multiplication des esclaves, mais cette multiplication ne sera jamais contenue par la prudence volontaire. Ce n'est pas leur prévoyance qui mettra un frein au nombre des héritiers de leurs misères.

Le régime de communauté, introduit à son tour, renfermcra-t-il la discipline de la population? Thompson répond que le motif qui agit dans la société moderne agira de même. L'homme ne voudra pas diminuer le bien-être, auquel il sera habitué, par une augmentation excessive de population ; mais d'autres motifs agiront encore : le progrès des lumières et le développement de la sympathie fortifieront cette tendance, et éloigneront de plus en plus les mariages irréfléchis, par la crainte de la diminution du bien-être, qui en résulterait pour la génération actuelle autant que pour la génération future. Au motif purement égoïste ou d'un égoïsme purement familial, s'étendant seulement à ses enfants, Thompson ajoute le motif altruiste qui s'étend à la communauté tout entière (l).

La thèse qu'il développe si ingénieusement contre Malthus a été reprise par Thornton dans Overpopulation and ils remédies. C'est là qu'il explique, comme Thompson, l'excès de population de l'Irlande.

(I) William Thompson, Distribution of icealth, p. ;ii2-546.

La misère y a engendré l'excès de population, qui, à son tour, a engendré la misère^ comme si l'Irlande tournait dans son cercle sans fin.

Thompson combat successivement toutes les objections que l'on adresse en général aux plans de communauté.

Ainsi elle ne comprime pas le génie, elle ne paralyse pas le développement harmonieux de toutes les facultés de l'homme ; semblablement, l'antagonisme de communauté à communauté n'est pas à redouter.

Ici, Thompson revient sur la théorie de la valeur : « Il est clair, dit-il, que les échanges généraux, de communauté à communauté de coopérateurs, tendront à réclamer un juste équivalent de travail pour le travail. Qui désirera légitimement acquérir, par l'échange, une plus grande quantité d'une marchandise, qu'il n'en pourra obtenir par la quantité de travail incorporée au produit qu'il ofîre lui-même à l'échange ? C'est l'intérêt des deux communautés d'obtenir, chacune respectivement, autant qu'elle le peut, pour le surplus de son produit. Le désir de l'une est balancé par le désir de l'autre ; qu'en résultera-t-il ? Nécessairement, d'adopter la mesure des échanges r.i i servira le mieux les intérêts des deux parties. Et quelle est-elle? La quantité de travail contenue dans les marchandises soumises à l'échange (1).»

Ainsi, dit-il encore, l'échange s'opère, de communauté à communauté, sur la base de la quantité présumée de travail appliquée aux productions respectives.

Et ici, un nouveau passage nous montre que c'est bien la quantité moyenne de travail qu'il vise, en parlant de quantité présumée :

(1)W, Taosipsoti, Distribution of icealth, p. 325.

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« Le travail de l'une d'elles a-t-il été mal appliqué, et a-t-il été moins productif que la moyenne de travail, the average of lahor'^ De tels défauts ne peuvent être tenus en compte : mais leur découverte conduira la partie négligente ou malhabile à reviser ses habitudes, et à améliorer ses machines ou son habileté i). »

C'est ainsi que la concurrence s'exerce sous la forme A.' émulation, en ramenant la valeur vers la quantité de travail normalement nécessaire à la production d'une marchandise.

W, Thompson combat l'idée qu'un tel rf'gime s'introduise par la violence, et fasse table rase de toutes les institutions existantes. C'est la puissance convaincante de la A'érité qui \ mènera spontanément les hommes. Ces communautés ne seront, dit-il, pas formées, et ne devraient pas être formées par l'enthousiasme, non plus que par le bras de l'autorité. Elles seront établies par la raison. L'homme doit être gouverné par la seule raison éclairant son intérêt. Rapprochement intéressant : il écrsA'ait ces lignes deux ans avant la tentative de Newllarmony, qui fut l'œuvre de l'enthousiasme et de l'entraînement, et brisa tant des nobles espérances d'Owen.

Cependant l'échec de New-Harmony fut loin de décourager Thompson. C'est en effet en juillet 18.30, qu'il publia ses Z)«rec/îOH5 pratiques pour l'établissement rapide et économique des communautés; le titre révèle qu'il reste fidèle aux principes de la coopération mutuelle, de l'unité dans la possession et de l'égalité des eflorts et des moyens de jouissances ; le livre a pour épigraphe le mot célèbre de Saint-Simon: « L'âge d'or (le bonheur) qu'une aveugle crédulité a placé dans les siècles passés, est de-

[\) W. Thompson, Distribution of wealth, p. ;i26.

vant nous, m Mais il s'agit de reconstituer avec la plus rigoureuse méthode les conditions d'une expérimentation, féconde cette fois : de là l'étendue du volume qui compte 265 pages in-8 et les détails minutieux qu'il renferme. Holyoake a dit de ce livre qu'il est merveilleux dans les ajustements scientifiques de ses diverses parties (l). Dans le fait^ l'auteur y accumule les résultats de longues et vastes recherches ; mais' ce qu'il faut y admirer c'est la préoccupation intense de réunir cette fois les conditions positives d'une solution durable ; c'est pour cela que tous les aspects du problème sont étudiés à fond, et dans leurs rapports complexes, avec une érudition extraordinaire, et toujours en vue de la constitution d'un organisme réalisant les conditions externes et internes de l'équilibre mobile de la vie : l'étendue du domaine de la communauté est étudiée dans ses rapports avec les besoins de la population moyenne, qu'il a fixée à 2.000 colons, et cette population est elle-même mise en rapport avec les conditions d'un système normal d'éducation, comme sa portion productive est répartie, par le calcul, entre les différentes branches de l'activité sociale ; la répartition des cultures et leur rotation sont établies en vue de la plus haute productivité, et de la satisfaction la plus complète possible des besoins communs ; l'adoption des manufactures les plus avantageuses, des forces motrices à utiliser est déterminée par des calculs analogues, et telle est la pénétration de Thompson qu'on le voit soulever la question du transport de la force motrice à grande distance (2), les conditions hygiéniques de la colonie, la classification des connaissances humaines servant de base

(1) Holyoake, Hislory of coopération, I, p. 110.

(2) W. Thompson, Practical directions, p. 619.

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