‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 4 sur 229 · LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDORCET · texte numérisé non relu

LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDORCET

Justice politique et son influence sur la moralité et le bonheur ».

L'économie de l'ouvrage qui forme dans sa seconde édition deux volumes in-8, d'ensemble mille pages, est facile à saisir. Il est divisé en huit livres. On peut dire que le premier livre expose tous les éléments essentiels du conllit qui va se dérouler au xix*^ siècle entre h'S conceptions de la dynamique économique et sociale. Godwin trace d'abord le tableau des maux existant dans la société politique. C'est l'objet des chapitres ii et m, du livre T. 11 s'applique ensuite à montrer que ces maux doivent être attribués aux institutions politiques et non à la nature humaine, c'est l'objet du chapitre iv. 11 montre ensuite qu'ils ne sont pas la condition inséparable de notre existence, mais que la nature humaine en comporte non pas seulement le remède, mais l'élimination complète ; c'est l'objet des chapitres v, vi, vn, viii de ce premier livre. Telle est la philosophie de l'histoire, héritage d'un siècle, que Malthus ébranlera.

Le second livre a pour objet la recherche des règles invariables et constantes de la conduite des hommes en société. Elles se résolvent dans la justice qui doit pénétrer toutes les institutions.

L'homme ne peut y atteindre que par l'eirort de sa raison. Le troisième livre est consacré à l'étude des méthodes selon lesquelles les opinions des individus réagissent sur le développement des sociétés. Dans le quatrième livre, il étudie les moyens d'exercer une action modilicatrice sur la conduite des individus. Les livres V, VI, VII embrassent les applications du principe de la justice au gouvernement, à son administration générale, aux institutions destinées à la culture morale et intellectuelle des individus, à la justice répressive. Ces livres renferment

d'ailleurs plutôt, de l'aveu de Godwin, la critique des abus que l'exposé de règles nouvelles. Le dernier livre est consacré à la critique de la propriété et à la justilîcalion des systèmes d'égalité, qui sont le rayonnement de la justice même, dans la répartition des biens.

La méthode sociologique de God^rin est avant tout déduclive comme celle de la plupart de ses contemporains, et par là son œuvre appartient bien plus à la métaphysique qu'à la science positive. Il s'applique à dégager de certaines données irréductibles de la nature humaine les principes de justice immuable auxquels toutes les institutions politiques doivent être, à toutes les époques, chez toutes les races, dans tous les milieux, invariablement soumises (1).

Cette conception abstraite sera l'expression de la direction invariable ou naturelle à donner à la conduite sociale, et c'est à cette norme inflexible qu'il opposera l'histoire et les institutions historiques. L'histoire lui apparaîtra avec un caractère négatif ; ce sera sinon le tableau dune longue régression, d'une chute de l'idéal, du moins comme le triomphe persistant des causes perturbatrices qui en éloignent les sociétés humaines. Aucune institution ne se justifiera aux yeux de God^vin par ses origines historiques, elles n'auront et ne pourront avoir d'autre critérium que la règle invariable de la justice même. L'iiistoire ne prendra le caractère positif et organique qu'avec les progrès des méthodes induclives, et ceux de l'élimination de l'absolu.

Les physiocrates, fondateurs de la sociologie économique statique auxvni° siècle, avaient eu une méthode analogue. Ils avaient dégagé les principes constitutifs de

(i) Liv. Y, ch. i, tom. II, p. 2.

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