‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 31 sur 229 · II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE MALTHUS · texte numérisé non relu

II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE MALTHUS

traduction de Joncourt de belles pages, 35 et 44). La loi de multiplication en progression géométrique est exposée en un tableau très ingénieux (p. 6 et 7) et peut se résumer en deux colonnes de ce tableau :

Années du plan :

Sommes de tous ceux qui sont en vie dans les périodes respectives :

Wallace ne projette dans l'avenir l'hypothèse d'un gouvernement parfait que dans son second ouvrage, dont je traduis un passage (2).

Il cherche ce qui se passerait dans un gouvernement parfait, qui correspond à ses yeux à une société communiste :

« Sous un gouvernement parfait, dit-il, les inconvénients d'avoir une famille seraient entièrement écartés, on prendrait à ce point soin des enfants, et toute chose deviendrait si favorable à la population que, en dépit des saisons propres aux maladies et des épidémies terribles dans certains climats, qui frapperaient et diminueraient les multitudes, le genre humain néanmoins s'accroîtrait si prodigieusement que la terre serait à la fin couverte à l'excès, et deviendrait incapable de soutenir ses habitants trop nombreux.

« Alors, jusqu'à ce que les philosophes aient réussi à

(1) La progression géométrique de la population était alors à la mode, dit M. Leslie Stephen, English LJtililarians, II, 148. Cf. Voltaire, Dictionnaire 'philosophique, article Population.

(2) Varions prospects of Mankind, nature and Providence, 07. Robert Wallace (1761), ch. iv. Cf. Cannan, 1" édit., p. 128.

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rendre le genre humain immortel, ou à soutenir la vie animale sans aliments, — il est également certain que des limites sont tracées à la fertilité de la terre, et que sa masse, pour autant qu'elle soit connue jusqu'ici, a toujours continué à être la même, et qu'elle ne pourrait probablement être beaucoup modifiée sans des changements considérables dans le système solaire. Il serait impossible, donc, de supporter le grand nombre des hommes qui naîtraient sous un gouvernement parfait : la terre en serait peuplée à l'excès finalement, et les plus grands admirateurs de ces plans imagitiaires devraient prévoir la période fatale où ils prendraient fin, en tant qu'ils sont incompatibles avec les limites de la terre sur laquelle ils doivent exister. »

On a vu plus haut que Godwin et Condorcet admettent aussi que, dans un avenir très éloigné, la population puisse se heurter aux limites de la productivité du sol, M. Elie Halévy pense que Condorcet répond dans ce passage de son œuvre à Joseph Townsend (sans doute inconnu de Malthus) qui, dans sa Dissertation sw la loi des pauvreSf — A dissertation on the poor laivs (1786) — , avait dit : « il existe un point au delà duquel la fertilité du sol jointe à l'industrie humaine ne peut rien rendre, et lorsque l'espèce humaine aura multiplié en proportion de cet accroissement maximum de nourriture, elle ne pourra aller plus loin » (1).

Quoiqu'il en soit, Godwin et Condorcet opposent aux conclusions pessimistes de Wallace et de Townsend, la perspective d'une évolution morale qui refoule finalement à ce point les instincts inférieurs de la nature humaine, que le triomphe absolu de la chasteté nous ré-

(1) Elie Halévy, l'Evolution de la doctrine utilitaire, p. 146-147.

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