‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 5 sur 229 · I. — LA. DYNAMIQUE SOCIALE DE GODAVIN ET CONDORCET · texte numérisé non relu

I. — LA. DYNAMIQUE SOCIALE DE GODAVIN ET CONDORCET

la société économique des données les plus essentielles et les plus générales de la nature humaine. Les lois naturelles de la société faisaient partie à leurs yeux d'un ordre naturel, immuable, le plus propre à assurer le bonheur des sociétés. Eux aussi avaient conçu le type idéal, absolu des sociétés humaines le plus conforme à la loi naturelle. Quesnay lui avait donné le nom à'arcliélype (les cjoiivernemenls. Pour lui aussi et ])our ses disciples, l'histoire apparaissait comme le tableau des oscillations des sociétés autour du type idéal et absolu de l'Ecole, ou comme le récit des déviations de l'humanité depuis les temps voisins de son origine où elle s'est soustraite à l'empire de la loi naturelle, jusqu'à l'époque où cette loi, reparaissant dans sa pleine lumière, l'homme guidé par la philosophie tente avec elle un nouveau rapprochement, Adam Smitli à son tour, malgré ses progrès dans l'emploi de l'induction, concevait encore, sous le nom de système de la liberté naturelle, un ordre social delà richesse antérieur et supérieur aux institutions artificielles des hommes. Seulement, Adam Smith le rattachait à l'opération constante et uniforme de l'intérêt personnel, dune cause psychologique qu'il avait dégagée de l'étreinte rigide du droit naturel absolu des Phvsiocrates.

Cependant, dans cet emploi commun des méthodes déductives et dans la conception de la société naturelle, Godwin dépassa singulièrement les limites auxquelles s'arrêtèrent Adam Smith et les Physiocrates. xVdam Smith, dans le livre IV de la Richesse des nations a limité sa critique aux systèmes d'intervention de l'Etat, contraires à la liberté naturelle, qui donnent une direction artificielle à l'emploi des capitaux et de l'industrie des particuliers : d'un autre côté, pendant que les Phy-

siocrates incorporent à l'ordre naturel des sociétés politiques des formes historiques de la propriété, telles que la propriété individuelle appliquée au sol, Godwin dénoncera précisément l'inégalité de sa distribution comme inhérente à sa nature, et l'écartera des institutions de la société naturelle ; son livre aura précisément pour objet d'en conjurer à jamais le retour.

C'est que les conceptions de la justice ne sont pas les mêmes, ni déduites des mêmes conceptions de la nature humain. D'une manière générale, la justice, d'après Godwin, c'est la règle de la plus grande universalité possible qui prescrit un mode déterminé de procéder dans tout ce qui peut aiïecter le bonheur d'un être humain. C'est le traitement impartial de tout homme dans les matières qui se rattachent à son bonheur. — Tout ce qui concourt à assurer le maximum du bonheur à l'universalité des hommes appartient à la justice.

§ 3. La Conception de la Justice et du Progrès — La justice, dans la conception sociale de Godwin, n'est plus seulement négative comme elle lest dans la /?/chesse des nations àa^^nnih; les mots justice négative ont d'ailleurs été employés par Smith. La justice est encore positive, elle ne consiste pas seulement à s'abstenir de toute lésion, de toute atteinte, elle se traduit aussi par une bienfaisance effective.

C'est qu'en effet, Godwin s'est placé en dehors de l'hA'pothcse qui domine la Richesse des nations, celle d'un homme mù exclusivement par son intérêt personnel. Il place dans la nature humaine des tendances désintéressées à coté des tendances égoïstes. Et ce n'est que par là que la pratique de la justice est possible. Ce que tous les philosophes et les moralistes ont dit de l'impartiale justice, ce ne sont pas, écrit-il, de vaines déclama-

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