‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 6 sur 229 · I. — LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODAVIN ET CONDORCET H · texte numérisé non relu

I. — LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODAVIN ET CONDORCET H

lions, et quand nous réclamons de l'homme qu'il se détache de son intérêt personnel, nous réclamons de lui quelque chose qu'il est capable de pratiquer.

Voilà une parole importante pour l'intelligence de la doctrine.

Il V a dans Political Justice un chapitre sur l'égoïsme et la bienveillance, qui est l'un des plus remarquables de l'ouvrage. C'est là qu'il se rattache résolument à D. Hume, Shaftesbury, Hutcheson, qui ont dégagé dans l'àme humaine la racine des sentiments altruistes à côté de la racine des sentiments personnels, et qui ont ainsi opposé une conception morale nouvelle non seulement aux. conceptions de Hobbes et de La Rochefoucauld, mais à tous les théoriciens de la morale utilitaire au xvni'' siècle. C'est là que Godwin se sépare nettement de Hclvétius, dont les œuvres ont laissé pourtant une si forte empreinte dans Political Justice. On s'étonne qu'il ne cite nulle part ici la Théorie des sentiments moraux d'Adam Smith, où le philosophe écossais met si puissamment en lumière les manifestations de la sympathie, comme il a, dans la Richesse des nations^ déroulé les effets du sentiment de l'intérêt personnel.

Dans la Richesse des nations, l'homme individuel, poursuivant exclusi\'ement son intérêt personnel, réalise cependant à son insu, sans le vouloir, comme s'il était guidé par une main invisible, l'intérêt social. Chez Godwin, cette harmonie se réalise d'une manière consciente et voulue. L'homme social, animé de la justice, unit indissolublement dans ses actes la préoccupation d'autrui et la sienne propre. C'est ce qui éclaire toute la conception pratique de la propriété, l'exercice tout entier des droits de l'homme : « Rien n'a plus contribué à abaisser l'énergie et la vertu de l'espèce humaine, dit Godwin,

que la supposition que nous avons un droit, comme on l'a soutenu, de faire tout ce que nous voulons de ce qui nous appartient en propre. Rien nu nous appartient dans ce sens ; nous devons exercer nos talents dans l'intérêt des autres. Tout shilling que j"ai en propriété est soumis aux lois de la morale. Je n'ai le droit de disposer de rien par caprice. »

Le droit individuel, loin d'èlre conçu comme absolu et irréductible, est subordonné à des lorces sociales supérieures. C'est ce qu'il exprime en disant : « 11 n'}'^ a pas de droit qui puisse dépasser les limites de la moralité, et la moralité c'est le système qui nous enseigne à contribuer à toute occasion, dans toute l'étendue de notre pouvoir, au bien-être et au bonheur de toute créaturc sensible. » (1)

(jodwiti conçoit la Société issue du besoin d'assislance mutuelle comme so formant et subsistant sous i'empire exclusif de la loi morale ; et rien ne doit faire prévoir a priori qu'aucune contrainte soit nécessaire pour léglei' la conduite des individus entre eux et à regard de Tensemble.

« La nécessité de la contrainte est née des erreurs et de la perversité de quelques-uns. La Société et le gouvernement sont différents en eux-mêmes et ont dilférenlcs origines. La Société est produite par nos Jjesoins, et le gouvernement par notre malignité. La Société est danstout hllatune bénédiction. Le (iouvernement, même dans ses meilleures conditions, n'est qu'un mal nécessaire. » (2)

Ouoi que l'on puisse penser de ses doctrines, il est

(1) Political Justice, I, p. 160, 2^ rdit.

(2) IJvre H, i, j). )2lj. Prhiciplcs of Society.

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