III. — LA DYNAl^IIQDE ÉCONOMIQUE DE RICARDO
terres d'inégale fertilité naturelle. Malthus rattache les effets de la différenciation des avantages naturels des terres.à la différenciation graduelle des avantages acquis, et trace en même temps l'ordre de succession des cultures, leur loi historique. Cette loi d'occupation des terres, attribuée souvent à Ricardo, appartient réellement à Malthus. La théorie de la rente appartient à Anderson, à lAlaithus, à West, et il a fallu la fascination trop fréquente d'un génie généralisateur pour qu'on persistât jusqu'à aujourd'hui, en dépit de son propre témoignage, à l'attribuer à Ricardo.
§ 2. La vie et l'œuvre de David Ricardo. — Un économiste anglais, M. Gonner, parle avec raison de l'énorme difficulté, que rencontrent le critique et l'historien, qui veulent porter un jugement correct et impartial sur les Principes de L'économie politique et de l'impôt de David Ricardo.
La méthode, le plan, la terminologie, le style de l'illustre auteur de ce livre mémorable, le degré d'originalité de son œuvre, la nature, la portée des conclusions auxquelles il aboutit, l'interprétation des lois qu'il a proposées, la hmite des variations qu'il leur assigne, l'influence qu'il a exercée sur ses contemporains, sur ses disciples et sur ses adversaires, les liens qui le rattachent aux écoles socialistes, sa position réelle dans l'histoire de la pensée économique, tout a été livré à des débats sans cesse renaissants, aux controverses les plus passionnées.
A la vérité, des publications récentes jettent de vives lumières sur les doctrines de Ricardo, mais elles n'ont point dissipé encore toutes les obscurités.
En 1887, M. Bonar, qui a consacré à Malthus un si remarquable volume, publie toute la correspondance
échangée entre Malthus et Ricardo, de 1811 à 1823, c'est-à-dire jusqu'aux derniers moments de celui-ci {Leiters of David Ricardo to Malthus, 1811-1823).
En 1891, I\J. Gonner donne une édition nouvelle des Principes de Ricardo, avec une introduction importante et une excellente bibliographie.
En 1894, M, E. Cannan reconstitue la vie parlementaire de Ricardo, en même temps qu'il publie sa substantielle et courageuse « Histoire des doctrines de la production et de la distribution des richesses dans C économie politique anglaise de 1796 à 1848. »
En 1895, M. HoUander, professeur à la John Hopkins University, réunit dans les « Annales de r association éco- 7iomique américaine » toute la correspondance de Ricardo avec Mac Culloch, le plus célèbre de ses disciples, le confident de sa pensée {Letters of David Ricardo to John Ramsay Mac Culloch, 1816-1823). En 1900, MM. Bonar et Hollander publient enfin sa correspondance avec H. Trower.
La même année, M. Ashley reproduit les textes comparés de la première et delà troisième éditions des six premiers chapitres des Principes, renfermant toute la théorie économique fondamentale, sur laquelle repose la théorie même de l'impôt.
On assiste ainsi au travail intime et ininterrompu de ce penseur, dont la sincérité et la droiture scientifiques éclatent à chaque page. Un trait révèle ce retour incessant sur les principes mêmes de son œuvre : les premières lettres qui suivirent la publication des Principes (1817) et l'adhésion de Mac Culloch aux doctrines du maître, touchent à la question de la valeur, la clef de voûte de ' œuvre de Ricardo ; la dernière lettre de Ricardo, datée du 21 août 1823, quelques jours à peine avant sa mort,