‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 55 sur 229 · III. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE BICARDO · texte numérisé non relu

III. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE BICARDO

intense et patiente, et finit par n'avoir pas de supérieur et bien peu d'égaux. »

Sismondi, qui fut, lui aussi, l'un des adversaires pas sionnés de Ricardo, parle avec une vive émotion des discussions cordiales qu'il eut avec Ricardo lors de son passage à Genève, sur la question la plus importante de l'économie politique, aux yeux de Sismondi et de Maltlms, la balance de la production et de la consommation.

Nous sommes évidemment en présence d'une grande volonté et d'une grande indépendance de caractère. La justice qu'il faut rendre avant tout à Ricardo, c'est que dans l'investigation des phénomènes économiques, il fut exclusivement préoccupé de dégager les lois de ce qui est. sans autre préoccupation que celle de la vérité, et sans se soucier des conséquences que l'on tirerait de ses conclusions à l'égard du système social. Il eut cette étrange fortune, bien marquée par l'un de ses biographes comme une illustration frappante de l'ironie du sort, que bien qu'il soit l'un des représentants les plus puissants et les plus décidés de l'orthodoxie et de l'individualisme, il a plus que personne contribué au développement du socialisme scientifique, par la théorie de la valeur et celle de la l'ente foncière. Par une autre ironie du sort, les socialistes lui ont attribué, avec une exagération que l'on verra plus loin, la loi ffairam du salaire.

C'est là que nous aurons à examiner quelle portée, pour l'historien impartial, doit avoir ce que l'on a appelé avec atfectatiun la réhabilitation de Ricardo.

Ricardo subit avant tout, dans la direction de ses recherches économiques, l'influence de son temps. La révolution industritdle dont Adam Smith avait vu l'aurore^ Ricardo, comme Malthus, en vit l'accomplisse-

ment. Les découvertes scientifiques et surtout l'emploi de la vapeur, énergiques agents de la transformation de la petite induslrie, déterminaient rétablissement des grandes manufactures dans les villes ; au marché étroit de la petite industrie se substituaient des débouchés de plus en plus étendus pour une activité fiévreuse et des demandes livrées à des fluctuations incessantes.

La population avait reçu une impulsion énergique : la guerre avec la France avait stimulé à la fois l'accroissement de la population et l'expansion du commerce ; le développement des manufactures et celui de la population s'accompagnaient de phénomènes nouveaux et d'une redoutable portée, la population se déplaçait, celle des villages allant s'accumuler dans les villes ; et les fluctuations du commerce se répercutaient profondément dans ces masses laborieuses, les condamnant à de brusques chômages, quand la demande des produits se resserrait. Une concurrence ardente, où les hommes, les femmes et les enfants se pressaient, semblait devoir régner sans repos et sans frein.

C'est dans cette prédominance universelle d'une concurrence illimitée, que Kicardo dégagea un ensemble de lois de la répartition des richesses, si i"igoureusement coordonnées, et ramenant l'action de la concurrence à un ordre si lumineux et si précis, là où il n'y avait en apparence que désordre, que ce fut le gage du succès de son livre.

§ 3. Conception dynamique générale. La méthode déductive. — On conmiettrait une grave erreur, en se laissant tromper par le tilre de l'œuvre principale de Kicardo : Les principes de l' économie puliliiiue et de r impôt y et en y voyant un traité complet d'économie politique et de science des finances. L'objet réel de l'ouvrage est

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beaucoup moins étendu ; il n'embrasse, comme œuvre économique, que les principes géne'raux de la distribution ou échange, et de la répartition des richesses, et, comme œuvre financière, que la théorie de la répercussion, ou de l'incidence des impôts, et de son influence sur la répartition et la distribution mêmes, et, par là, sur les dilîérentes classes de la société (1).

(1) Dans une lecture et une étude systématique de Ricardo, il faudrait classer plus méttiodiquement que l'ciuteur les chapitres de la 3« édition de ses Principef:.

Gonner accuse Ricardo d'un manque de méthode dans l'arrangement de son ouvrage, et dans le fait, il livre l'esprit du lecteur aune fatigue réelle et même à une véritable souffrance en revenant à diverses reprises aux mêmes redites, aux mêmes comparaisons. Il semble que Ricardo ait envoyé à l'impression les chapitres de son ouvrage avant qu'il fût achevé — et pendant qu'il préparait encore des matières additionnelles pour le compléter. Chose pénible et qui marque le dédain de Ricardo pour la belle et savante ordonnance d'un livre, la dernière édition des Principes eût pu être une œuvre de remaniement et donner l'unité formelle à ce qui avait une si incontestable unité de principes. Ricardo n'y a pas songé. Je pense que c'est parce qu'il était tout entier absorbé par l'unité même de la conception, et qu'il ne voyait pas les vices de la forme dans laquelle il l'exprimait.

La lecture systématique du livre implique un remaniement dans l'ordre des chapitres. Le voici avec des changements que j'apporte à la clasiification de Gonner.

Il faut d'abord séparer tous les chapitres relatifs à la théorie économique proprement dite, des chapitres relatifs à l'impôt et aux effets de la répercussion de l'impôt sous ses diflérentes formrs.

.Nous considérons donc à part les six premiers chapitres de l'édition primitive des Principes, mais en y rattachant des chapitres nouveaux dispersés sans aucun ordre dans la 3' édition de l'ouvrage.

C'est sur cette partie que porte notre effort, et voici l'ordre des lectures de la trailuclion française des Principes de Ricardo.

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Sa pensée a été presque impérieusement et brutalement exprimée dans une lettre à Malthus, très rapprochée de la 2^ édition des Principes. « Vous pensez, dit-il, que Véconomie politique est la recherche de la nature et des causes de la richesse : je pense qu'il faudrait plutôt la définir : la recherche des lois qui déterminent le partage du produit entre les classes qui concourent à sa formation. Aucune loi ne peut être formulée relativement à la quaîitité, mais une loi suffisamment correcte peut être proposée relativement aux proportions. Chaque jour je me convaincs davantage que la première recherche est vaine et décevante, et que la se-

Notre classification donnera une idée du désordre de Ricardo.

Gh. I, De la valeur.

Ch. XX, Des propriétés distinctives de la richesse et delà valeur.

Ch. xxviii, De la valeur comparative de l'or, du blé et du travail dans les pays riches et les pays pauvres.

Ch. xxvii. De la monnaie et des banques.

Ch. IV, Du prix naturel et du prix courant.

Ch. XXX, De l'influence de l'offre et de la demande sur les prix.

Ch. II, De la rente.

Ch. ni. De la rente des mines.

Ch. XXIV, Doctrine d'Adam Smith sur la rente foncière.

Ch. XXXII, Opinions de Malthus sur a Rente.

Ch. V, Des salaires.

Ch. XXXI, Des machines.

Ch. VI, Des profits.

Ch. XXI, Des effets de l'accumulation sur les profits et sur l'intérêt des capitaux.

Ch. VII, Du commerce extérieur.

Ch. XXV, Du commerce colonial.

Ch. XIX, Des changements soudains dans les voies du commerce.

Tous les autres chapitres du livre sont consacrés à l'impôt et à ses effets.

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