III. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO
conde seulement est le véritable objet de la science. » (1) N'est-il pas d'un intérêt saisissant de constater que cette recherche des proportions^ que nul autre ne s'était proposée avant lui, qui forme sa réelle originalité, s'impose aussi énergiquement au plus puissant architecte de l'économie politique classique et orthodoxe, au moment même où, de toutes parts, l'effort non seulement des écoles socialistes, mais de tous les esprits indépendants qui agitent le problème social, va se porter vers la Répartition des richesses. Pendant que les trois éditions des Principes sont comprises entre 1817 et 1821, et que Malthus lui-même publiera, en 1820, les Principes de rêconomie politique, nous voyons les Nouveaux principes (le rêconomie politique de Sismondi paraître de 1819 à 1827, Charles Fourier publier en 1822 sa théorie de Y Association domestique- agricole, William l'hompson, le plus illustre disciple d'Owen, sa Distribution des richesses en 1822, l'Ecole de Saint-Simon pénétrer beaucoup plus avant que le maître dans la répartition des richesses, par Y Exposé de la doctrine en 1828, von Thiinen donner Y Etat isolé en 182G. Plus tard viendra, en 1831, Y Essai trop oublié de Richard Jones sur la distribution de la richesse.
Ce n'est pas tout; dans la répartition, et même dans l'échange des richesses, Ricardo s'applique à mettre en lumière l'un des deux aspects fondamentaux des phénomènes sociaux : Yaspect dynamique. L'œuvre de Ricardo appartient avant tout, enell'et,à {^dynamique économique, coujme l'œuvre des physiocrates est, par-dessus tout, un^ statique économique. L'idée maîtresse de l'éconoiiiisle anglais se dégiige tout entière do deux passages
(1) Lettre du 10 octobre 1820, édit. Honar, p. 17;;.
des Principes : l'un est relatif à la valeur, il figure dans la première édition et il est omis dans la troisième ; l'autre est relatif à la rente, au salaire et aux profits, et se trouve dans la préface de la première édition.
« Adam Smith, dit-il, dans le premier passage, après avoir admis sans réserve le principe que le rapport entre les quantités de travail nécessaires pour acquérir diflérents objets, est la seule base qui puisse nous régler dans leur échange réciproque, en restreint cependant l'application à Vétat primitif et grossier de la société, qui précède r accumulation des capitaux et la propriété des terres, comme si des profits et des rentes que l'on doit payer pouvaient avoir une influence sur la valeur relative des choses, qui fût indépendante de la simple quantité de travail nécessaire à la production des choses. Et cependant, Adam Smith n'a nulle part analj^sé les etïets de l'accumulation des capitaux et de l'appropriation des terres sur les valeurs relatives. 11 est donc important de déterminer jusqu'à quel point les effets incontestables, que la quantité comparative de travail employée à la production des choses utiles occasionne dans leur valeur échangeable, sont modifiés par l'accumulation des capitaux et le payement des rentes. »
Le second passage est aussi décisif. Après avoir dit que les produits de la terre se partagent entre trois classes : les propriétaires du sol, les possesseurs du capital, les travailleurs, il ajoute que chacune de ces classes recueille une part très différente du produit total, sous les noms de rente, de profits et de salaires, selon létal de civilisation : « déterminer les lois qui règlent celte distribution, voilà le principal problème en économie politique. Mais, quoique Turgot, Steuart, Smith, Say, Sismondi et d'autres auteurs aient répandu beaucoup