III. — LA. DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO
de lumière sur celte science, leurs écrits ne renferment cependant rien de bien satisfaisant sur la marche naturelle de la rente, des profits, des capitaux et des salaires ».
Ce sont donc bien les variations relatives du salaire, du profit, de la rente que Ricardo étudie aux différentes phases de l'évolution économique qu'il prévoit ; c'est là qu'il espère avoir formulé une loi suffisamment correcte et, comme il l'a dit tout à l'heure, des proportions assez rigoureusement définies ; ce qu'il appelle leur marche naturelle, c'est avant tout l'efTet des causes générales qui déterminent les phénomènes de répartition des richesses, mais qui, variables elles-mêmes dans leur continuité, détermineront aussi les variations historiques de ces phénomènes. Ces résultats une fois atteints, l'objet suprême de ses recherches, ce sera l'influence historique que les variations relatives de ces parts exerceront sur les valeurs relatives des produits du travail.
Une lettre de Ricardo à Mac Gulloch, du 13 juin 1820, montre bien, non seulement ce dualisme dans l'objet de ses études, mais la subordination réelle de ses recherches sur la valeur à ses recherches sur la marche naturelle de la répartition des richesses : « Après tout, dit-il, la grande question delà rente, des salaires et des profits, doit être élucidée par les proportions dans lesquelles le produit total est partagé entre les propriétaires, les capitalistes et les travailleurs, et qui ne sont pas essentiellement liées à la doctrine de la valeur (1). » On peut concevoir la solution de la première question, indépendamment de la théorie de la valeur ; on ne peut concevoir de modifications à celle-ci sans la solution de la première question.
(1) Letters of Ricardo to Mac Cidloch, édit. Hollander, p. 72.
Dans la détermination de cette marche naturelle, Ricardo reste placé au point de vue d'un état social dont les formes sont, à ses yeux, irrévocablement fixées, et dans lequel la constitution du droit de propriété individuelle et l'accumulation des capitaux ont déterminé la difîérenciation des classes sociales ; elles reproduisent, dans la répartition des richesses, la distinction des facteurs irréductibles de la production môme : à la distinction de la terre, des autres agents naturels, du capital accumulé, du travail, correspond celle de la rente, du protit, du salaire ; les classes sociales correspondantes apparaissent comme les catégories définitives de l'évolution future de la société', transportant dans l'ordre des rapports d'homme à homme, imprimant à la structure sociale le caractère des relations de l'homme social avec la nature, modelant le partage contractuel du produit, à l'image des conditions immuables de leur production. Là encore est le sens profond de ce que Ricardo appelle la marche naturelle des phénomènes économiques. Là aussi est la portée de sa dynamique économique, et le résultat de la méthode qui a servi à la construire.
Ricardo apparaît, en effet, comme le représentant le plus inflexible de la méthode déductive ; et il s'oppose par là, au moins dans certaines limites, à Malthus luimême, qui, dans le cours de sa carrière, s'appliqua de plus en plus à contrôler les données de la déduction par des recherches inductives. Ricardo a marqué, dans sa correspondance, le caractère de son génie et ce dissentiment : « Je serais plus heureux, écrit-il à Malthus, si vous ne différiez aussi profondément de moi ; si je suis trop théorique, je pense que vous êtes trop pratique » (1).
(1) Letters of Ricardo to Malthus, édit. Bonar, p. 96.