‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 58 sur 229 · III. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO · texte numérisé non relu

III. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO

Une grande cause de ces divergences d'opinions, écrit-il ailleurs, c'est que vous avez toujours dans l'esprit les effets immédiats et temporaires des changements particuliers, tandis que j'écarte ces effets immédiats et temporaires, et que je fixe toute mon attention sur l'état permanent des choses qui résultent de ces principes. Peut-être estimez-vous ces effets temporaires trop haut, tandis que je suis, moi, trop disposé à les apprécier trop bas (1). Malthus, de son côté, parle de ces systèmes qui, après avoir entraîné un grand nombre d'esprits éclairés, ne pourraient supporter eux-mêmes le témoignage des faits et le poids de ces théories qui, bien que moins simples et moins captivantes, sont plus justes, parce qu'elles embrassent un plus grand nombre des causes qui sont actuellement en opération dans les résultats économiques (2).

Ce n'est pas que Ricardo méconnaisse la complexité des phénomènes et la pluralité des causes. H suffit, pour s'en convaincre, de lire le ch. iv sur le prix naturel et le prix du marché, et le ch. xiii, relatif à l'impôt sur l'or, de l'édition définitive des Principes ; il propose lui-même, dans sa correspondance, la justification de sa méthode. Il y a, dit-il encore ailleurs, tant de combinaisons, et tant de causes en opération en économie politique, qu'il y a grand danger à faire appel à l'expérience en faveur d'une doctrine particulière, à moins qu'on ne soit sûr que toutes les causes de variation sont connues et que leurs effets sont dûment appréciés (3).

Ricardo, comme l'a ditjustement Ingram, était appelé

l'I) Letters of Ricardo, p. 127.

(2) Correspondance de Macvey Napier, p. 31-32, et Letters of D. Ricardo to John Ramsay Mac Culloch, édit. Hollander, p. 148.

(3) Letters to Malthus, édit. Bonar, p. 96.

à réussir dans des sujets tels que l'étude de la monnaie où n'entre aucun élément moral, et où les données sont relativement simples ; mais, dans les pliénomènes sociaux plus complexes, l'audace de ses déductions entraînait les plus graves dangers.

Le professeur Dunbar, dans sa remarquable étude sur l'usage des faits chez Ricardo, a distingué en lui deux hommes : « Quand il parlait devant une assemblée, ditil, Ricardo puisait largement dans sa vaste et profonde connaissance des faits de la vie, les utilisant pour illustrer, confirmer son argumentation ; mais dans ses Principes de r économie politique, les mêmes questions sont traitées avec une singulière exclusion de tout rapport avec le monde actuel qui l'enveloppe » [Harvard Qiiarterly Journal of Economies).

C'est pour cela que Ricardo théoricien employait, à l'imitation de Bentham, son maître, des exemples hypothétiques pour appuyer son raisonnement. « Mon objet, dit Ricardo lui-même, fut d'élucider des principes, et, pour le faire, j'ai imaginé des cas rigoureux tels que je pusse marquer l'opération de ces principes. »

C'est là aussi qu'est le secret de la concision extrême et de la sécheresse d'un style dont il a parlé lui-même sans aucune indulgence et sans aucune illusion : « J'ai trop d'aptitude, dit-il, à comprimer {to croivd) une grande masse de matière difficile, dans un espace si resserré, que je la rends incompréhensible pour la généralité des lecteurs. » M. Alfred Marshall attribue à cette habitude d'exprimer de grandes doctrines économiques en de courtes sentences, l'obscurité qui règne encore dans certaines thèses de Ricardo, telles, par exemple, que celle de la valeur (1).

(i) Alfred Marshall, Principles of Economies, I, p. 532.

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