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III. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO

de Ricardo marquera en traits de plus en plus durs (et auxquels jamais Malthus ne souscrivit) l'opposition des intérêts, l'insolidarité grandissante des classes ; elle creusera, si j'ose dire, de plus en plus profondément, l'abîme de l'inégalité et aboutira, dans ses conclusions logiques ultérieures, à un déchirement, à un contraste absolu, où la classe des propriétaires, dont la rente aura atteint la limite extrême en résorbant tout le produit net, se trouvera en présence de celle des travailleurs, dont le salaire sera désormais enchaîné à un minimum inflexible.

Dans un passage de son remarquable livre sur les Ltilitaires anglais ^ English Utilitarians) Leslie Stephen compare Ricardo à un théologien célèbre, l'évèque Butler, dont l'argumentation avait eu sur beaucoup de ses lecteurs le résultat de leur faire abandonner sa propre doctrine. « Ricardo, dit-il, économiste orthodoxe, met en lumière des passages dont s'emparent les socialistes pour renverser ses propres thèses. Le Dieu tel que vous l'adorez, disaient les adversaires de l'évèque Butler, est un être injuste, et, dès lors, pire que l'absence de Dieu. Le système que vous décrivez, disaient les adversaires de Ricardo, n'est qu'un tissu d'injustices, et, dès lors, il faut le détruire radicalement (i). »

Avec la résistance grandissante de la nature à l'action productrice de l'homme et les eflets qu'elle entraîne dans les rapports sociaux, Ricardo atteignait mortellement les conceptions providentielles et optimistes des physiocrates et d'Adam Smith. Et, en elîet, s'il a séparé la science des richesses de la sociologie, il lui a enlevé aussi tout caractère théologique.

Les lois naturelles des phénomènes cessent d'êlre pour

(i) Leslie Stephkn, English Utilitarians.

lui les éléments d'un plan providentiel, elles n'ont plus le caractère de prescriptions divines, elles n'expriment plus que les tendances permanentes des lorces économiques, et les relations constantes des phénomènes qu'elles font naître. En cela, IJicardo a servi les progrès de l'esprit positif. Mais, sans lien avec les aspects supérieurs de la sociologie, dépourvue môme de toute théorie de la consommation, la science des richesses, ainsi constituée, n'est que l'exposé s)^stématique du conflit de pures forces dans l'ordre économique ; «ne se proposant, comme l'a dit Scheel {H aiiclbiich der 'poliiischen Oekonomie), aucun idéal du développement de l'homme à poursuivre, elle laisse, abandonnées à elles-mêmes, les énergies individuelles dans la lutte pour la vie, dans les conditions d'inégalité où les placent les institutions modernes » et, dans ce conflit, les lois des phénomènes physico-chimiques, le facteur le plus simple des phénomènes économiques, devaient finalement imposer des barrières au développement des phénomènes sociaux les plus élevés, car les phénomènes de répartition des richesses tiennent en leur dépendance directe la consommation, et indirecte, tout le développement physique, intellectuel et moral de l'homme social : c'est ce lien de subordination qui fait de la richesse le moyen pour l'homme d'atteindre les fins supérieures qu'il se propose, le plus haut degré de culture et de civilisation. De telle sorte que la dynamique économique de Uicardo renfermait, pour le plus grand nombre des lecteurs, la condanmalion finale, sans retour, des espérances éclatantes que Godwin etCondorcet avaient puisées dans la philosophie de l'histoire, et que Godwin résumait dans le mot de Franklin : « L'esprit doit gouverner la terre ». C'est parce que l'œuvre dynamique de Ricardo appa-

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raît à ses conleinporains et à ses successeurs en ces traits d'une logique déductive implacable, qu'on peut se représenter la réaction dont elle fut Tobjet. Pour refouler ce pessimisme, à la fois géome'trique et glacial, les économistes de la tin de la première moitié du siècle qui voudront, par delà Malthus et Ricardo, ressaisir l'optimisme d'Adam Smith avec sa rassurante sérénité, devront, comme Frédéric Bastiat et surtout Carey (de Philadelphie), avec plus de savoir et de génie, arriver, avec une vaillance vraiment héroïque chez Carey, non seulement à nier la rente foncière, mais à rayer la loi même du rendement décroissant du sol, la théorie de l'occupation des terres, tout ce qui peut donner un fondement au redoutable édifice de Kicardo.

Les penseurs contemporains, en qui le tableau des antagonismes sociaux aura éteint l'optimisme, donneront à leur attaque et à leurs elfoits constructifs, d'autres caractères. Pour Sismondi, dont la conception s'opposera immédiatement, dans cette histoire des systèmes, à celle de Ricardo, les causes physiques et biologiques qui exercent chez Ricardo cette influence prépondérante, sont subordonnées elles-mêmes, dans leurs opérations, aux conditions sociales et aux institutions historiques, et dès lors, indéfiniment modifiables, dans lesquelles elles opèrent. Sismondi reste sans doute, à l'égard des conditions psychologiques et juridiques des phénomènes économiques, placé au point de vue individualiste du maître, Adam Smith, mais dépouillé de l'optimisme du maître, il subordonne l'évolution des institutions juridiques correspondantes aux piincipes d'une morale sociale ayant l'Etat pour organe, la discipline de l'individualisme pour moyen, la solidarité pour but, et qui l'éloigné de plus en plus de Ricardo : c'est pourquoi

sa dynamique qui consacre la prédominance finale des causes historiques sera sociale-éthique, alors que celle de Ricardo était surtout physico-biologique.

Le développement logique de la pensée dégagera ensuite les doctrines socialistes qui, dès la première moitié du XIX® siècle, formeront l'opposition la plus directe à la dytiamique de Ricardo. Non seulement les conditions physico-biologiques seront refoulées derrière les conditions historiques et modifiables des phénomènes économiques, mais une psychologie sociale altruiste se dégagera à son tour et un droit correspondant tentera de se constituer et de se substituera la psychologie et au droit individualistes. Ce sera la révolution complète dans la conception de la dynamique économique, avec le caractère psycho-juridique préparé parSismondi.

En second lieu, l'action prépondérante, dans cette théorie de l'évolution économique, de la loi de productivité décroissante du sol, permet aussi de dégager nettement les divergences, et l'opposition même de Ricardo et de Malthus, dans leur rôle historique, et l'influence qu'ils ont directement exercée sur les événements de leur temps. Il n'est pas possible (comme Ta justement fait remarquer M. Cannan), de concevoir un argument plus efficace contre le protectionnisme agraire et les lois céréales [Corn laws), plus spécialement, que la théorie de la répartition des richesses de Ricardo. Rien ne pouvait mieux marquer l'antagonisme d'intérêts entre les propriétaires et la classe manufacturière et commerciale. C'est qu'en effet, tout droit protecteur sur les céréales étrangères déterminait nécessairement l'extension de la culture à des terres moins fertiles, à des applications de capitaux moins avantageuses à la terre, et, parla même, la baisse des profits avec l'élévation de la rente, et le

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détournement des capitaux qui auraient été, sous un régime de liberté, appliqués à des industries dont les produits eussent acheté les denrées agricoles étrangères. Non seulement Ricardo avait dirigé son écrit sur l'intluence des bas prix du grain en ISlo çojitre les tentatives faites pour aggraver les mesures restrictives dans le commerce des grains, mais encore au cours d'une crise agricole, qu'il explique lui-même par la dépression des prix, on le voit, dans toute sa correspondance, et surtout dans ses lettres à Mac Culloch, rester fidèle à une politique libérale. Mallhus, détenseur de la liberté des échanges, mais aussi défenseur de la grande propriété, avait cédé au système protecteur à l'égard des céréales. De même qu'il rattachait la rente foncière à une pluralité de causes, alors que Ricardo la ramenait à une cause unique, il assignait aux améliorations agricoles une influence que Ricardo n'admettait pas. Ainsi, ces deux penseurs ramenaient chacun à une unité remarquable les caractères par lesquels ils différaient : méthode, degré de complexité, degré de modiflcabilité assignés aux phénomènes, ces caractères différentiels étaient en connexion avec leur rôle politique et social autant qu'avec leur philosophie de l'histoire. L'un était surtout l'organe des intérêts de la propriété foncière, l'autre celui de l'industrie capitaliste, en opposition d'intérêts avec elle, et qui, par l'abolition des lois céréales, devait assurer sa prépondérance. Tous deux donnaient à leur conception économique le même fondement individualiste. C'est ce qui nous amène à considérer le caractère sociologique et éthique de la dynamique de Ricardo en rapport avec les fonctions de l'Etat.

Là encore, 1 individualisme, chez Ricardo, se traduit, au point de vue des fonctions de l'Etat, par un laisser Denis II. 10

faire plus radical que celui de Malthus. Il reproche à Maltlius une tendance pratique excessive : practical bias, Malthus s'enterre, he buries himself, dans des causes et des etîets temporaires, au lieu de considérer les causes permanentes : c'est ce qui porte Malthus à certains modes spéciaux d'intervention de l'Etat.

Ricardo, interprète systématique des causes générales et permanentes, en déduira lui-même la plus rigide expression de la non-intervention de l'Etat. C'est ainsi qu'il ira jusqu'à refuser de légiférer sur le truck System, bien que la loi ne fasse qu'assurer l'exécution des contrats. On a rappelé la tolérance de Ricardo. qui se prononça en faveur de la constitution d'un comité destiné à étudier le système proposé par Owen, pour améliorer le sort des classes pauvres ; mais sa correspondance avec Mac CuUoch nous révèle qu'adversaire du système d'Owen, qu'il condamnait comme contraire aux principes de l'économie politique, il attendait de la constitution d'un comité le moyen le plus favorable de dissiper des préjugés. Ricardo verra dans Sismondi un homme très agréable, a very agréable man, mais Sismondi restera pour lui, dans sa correspondance avec Mac Culloch, un génie aussi aventureux et chimérique que Gray, qui symbolisait pour lui, dans ses théories sociales et moné- ■taires, la plus haute expression de l'erreur et de la fantaisie. C'est qu'il y avait en effet toute une révolution de la pensée humaine entre la conception éthique, historique, sociologique de Sismondi, et celle que Sismondi a condamnée lui-même sous ce nom significatif et terrible de Chrématistique, doctrine que n'animait aucun idéal humain à poursuivre, qui laissait abandonnées à ellesmêmes les énergies individuelles dans la lutte pour la vie, même au milieu des conditions d'inégalité, et avec

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le déchaînement d'insolidarité qui caractérisait la société moderne.

§ b. Conception dynamique de la valeur d'échange. — Le problème de la valeur d'échange est, pourRicardo, un problème de dynamique économique. Le passage de la première édition des Principes cxiQ plus haut le révèle, la conclusion trace la mission de l'économiste : « Il est donc important de déterminer jusquà quel point les effets incontestables que la quantité comparative de travail employée à la production de choses utiles exerce sur leur valeur échang^eable, sont modifiés par l'accumulation des capitaux et le paiement des rentes. »

C'est là que la pensée d'Adam Smith, si claire quand il s'agit des temps primitifs, s'est obscurcie. Tantôt il dit que la valeur représente la quantité de travail fixée dans le produit, tantôt c'est la quiintité de travail qu'une marchandise peut commander ; ici, l'expression de la valeur, comme quantité de travail, est objective ; là^ elle est subjective. Il s'agit donc, pour Ricardo, non d'une conception abstraite et absolue de la valeur d'échange, mais d'une conception relative à une phase déterminée du développement historique des sociétés : la phase propriétaire et capitaliste ; il s'agit de rechercher l'influence que le profit et la rente peuvent exercer sur la valeur d'échange des marchandises, c'est-à-dire sur la valeu relative des marchandises livrées à l'échange.

La plus grande partie du chapitre i^'" est consacrée à l'influence modificatrice de l'accumulation des capitaux et du prulit ; le chapitre ii, à celle de lu rente, dans la phase capitaliste et propriétaire de l'évolution économique.

Dès le début, il distingue deux classes de marchandises ; celles dont la quantité ne peui être au"-mentée par l'homme, ne l'arrêteront qu'un moment.

Elles forment la plus petite partie, et leur valeur est déterminée parleur rareté. Ricardo, prolongeant l'œuvre d'Adam Smith, ne veut porter ses recherches que sur l'énorme masse des marchandises susceptibles d'être multipliées par l'industrie humaine.

Tlièse fondamentale — Ici, la thèse fondamentale de Ricardo, telle qu'elle dérive du texte môme, c'est que le travail, c'est-à-dire la quantité d'énergie physique et mentale appliquée à la production d'une richesse, est le fondement [foundation] de sa valeur. Tout le problème consistera à fixer le sens précis et la portée de l'intitulé de la section 4 du chapitre i*^'" des Principes : le principe que la quantité de travail appliquée à la production des marchandises règle leur valeur relative^ est considérablement modifié [considerably modified) par l'emploi des machines, et d'autres capitaux fixes et durables [fixed and durable capital).

Cet élément dillérentiel introduit par Ricardo dans sa thèse fondamentale sert de point d'appui aux savants qui, sous le nom de réhabilitation de l'auteur des Principes, ont entrepris de rompre tout lien de filiation et toute solidarité entre lui et les écoles socialistes. « William Thompson, Karl Marx, Rodbertus, dit M. A. Marshall, et d'autres, ont soutenu que la valeur d'une chose consiste exclusivement dans le travail qui a été dépensé pour la produire, et que dès lors le paiement de l'intérêt est une spoliation du travail. Pour leurs prémisses, ils se réclament de l'autorité de Ricardo, bien que ce soit aussi opposé au caractère général de sa théorie de la valeur que c'est contraire au sens commun (1). »

(1) A. Marshall, Principles of Economies, \, p. 619.

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M. jMarshall développe plus largement cette pensée dans une note sur la théorie Ricardienne du coût de production (1). « On soutient, dit à son tour dans sa savante étude M. Gonner, que ses déductions, basées sur des données imparfaites, ont conduit à des conclusions imprévues et désastreuses. Les écoles socialistes modernes se basent sur Ricardo. Cela est très vrai. Elles le font et des écrivains qui devraient mieux le connaître le font avec elles. En fait, leur prétention est fondée sur une série de malentendus. Quand Ricardo parle du travail comme réglant la valeur à la longue par le moyen de la concurrence, ils l'interprètent comme s'il attribuait au travail le pouvoir de créer la valeur (2). »

On a reproché à Ricardo, M. Sidgwick par exemple, d'avoir confondu la cause et \di mesure de la valeur; M. Gonner lui reproche d'avoir au moins, par le vague du langage, favorisé la confusion. Telle n'est point notre pensée. D'une manière générale, Ricardo admet une pluralité de causes de la valeur : rutililè et la rareté sont les causes de la valeur d'une classe de marchandises ; Vutilitè et le travail sont les causes de la valeur d'une autre classe de marchandises, et, pour celle-ci, la mesure de la valeur ce sera aussi le travail incorporé aux marchandises. Ricardo associe très nettement les deux termes : le travail est le fondement de la valeur, et les quantités comparatives de travail sont la règle qui détermine les quantités relatives des marchandises qui s'échangent l'une contre l'autre (3). Ricardo parle ailleurs des variations des quantités de travail à la fois

(1) A. Marshall, Principles of Economies, p. r)29 et s.

(2) (jonnku, Introdiictory Essay, p. 58.

(3) Ch. IV, § 33.

comme cause et mesure des variations de la valeur, comme s'il parlait des variations de la pression atmosphérique, comme cause et comme mesure des variations de hauteur de la colonne de mercure.

Ricardo admet, exactement comme Thompson et Marx, que toutes les formes de travail appliquées à la production des marchandises sont susceptibles d'être ramenées à une unité.

Dans un remarquable passage du chapitre xx, il donne son approbation complète à Destutt de Tracy quand il dit : « mesurer une chose, c'est la comparer avec une quantité donnée de cette autre chose qui nous sert de terme de comparaison, d'étalon, d'unité. Mesurer, déterminer une longueur, une valeur, un poids, c'est donc rechercher combien ils contiennent de mètres, de francs,, de grammes, en un mot d'unités d'une même nature ». Et Ricardo ajoute : « Le franc n'est une mesure de valeur que pour une certaine quantité du métal dont sont faits les francs, à moins que le franc et la chose qu'on doit mesurer ne puissent pas être rapportés à quelque autre mesure commune aux deux. Or, je crois qu'on peut effectivement trouver le terme de comparaison, car les francs et la marchandise déterminée étant le résultat de la mnne somme de travail, le travail peut être considéré comme une mesure commune servant à déterminer leur valeur réelle et relative. »

Les travaux présentent des différenciations qualitatives profondes selon la nature de leur objet, les conditions de leur exercice, le degré d'habileté, la part relative de l'effort musculaire et de l'effort mental qu'ils comportent. Pour Ricardo, ces différences qualitatives sont toutes empiriquement résolubles en différences quantitatives. 11 peut y avoir, dit-il, plus de travail dans une

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heure d'une occupation difficile que dans deux heures d'un emploi facile, ou dans une heure d'application à une industrie qui a coûté dix ans d'apprentissage, que dans un emploi ordinaire. Sans doute Ricardo ne détermine pas et ne cherche pas à déterminer leur commun dénominateur, mais cette imilé abstraite existe au fond de sa pensée. Plus tard, Cairnes analysera les phénomènes plus profondément que son maitre, et rapprochera les différences qualitatives de leur expression quantitative ; il suffit à Ricardo de reconnaître que, dans le cours des choses, il s'établit empiriquement une relation définie entre les différents travaux.

Ce qui est vrai dans la comparaison des différents travaux directement et immédiatement appliqués à la production, est vrai aussi dans la comparaison du travail passé et du travail présent, du travail appliqué directement et du travail indirectement appliqué à une production actuelle. Dans d'admirables pages, il s'applique à analyser cette effrayante complexité des travaux consacrés à la production des moyens de production et de transport^ à tous les éléments du capital qui ont concouru indirectement à la production actuelle, et à ramener, pour ainsi dire, dans le passé et le présent, la coopération lointaine et l'effort actuel, à cette unité abstraite de travail qui sera l'unité de valeur des marchandises.

Cette unité de mesure de la valeur est si bien l'idée directrice de Ricardo, qu'après avoir exposé les restrictions au principe (sect. 4 du ch. i), il y revient cependant d'une manière aussi absolue, en apparence, dans les plus importants passages de la théorie de la rente et des profits : « La valeur échangeable d'une denrée quelconque, dit-il, qu'elle soit le produit d'une manufacture, d'une usine ou de la terre, n'est jamais réglée par la plus

petite somme de travail nécessaire pour sa production dans des circonstances extrêmement favorables, et. qui constituent une sorte de privilège ; cette valeur dépend, au contraire, de la plus grande quantité de travail que sont forcés d'emploj^er ceux qui n'ont pas de pareilles facilités, etc. (1). »

Et dans cet autre passage justement cité par Ashley et qui figure en tête du chapitre sur les profits : « Nous avons yyx que le prix du blé se règle par la quantité de travail nécessaire pour le produire, au moyen de cette portion de capital qui ne paie pas de rente. Nous avons vu aussi que tous les articles manufacturés haussent et baissent de prix à mesure qu'il faut pour les produire plus ou moins de travail (2). »

Il est donc vrai de dire avec Malthus qu'après avoir formulé les exceptions à son principe, il procède le plus souvent, dans le cours de son livre, comme s'il n'existait aucune exception à sa règle (3). C'est là le propre du génie de Ricardo toujours dominé, quoi qu'il fasse, par les causes générales.

S'agit-il^ dans cette mesure de la valeur, du travail effectivement appliqué à la production, ou Ricardo se rapproclie-t-il du travail ordinaire ou moyen de Thompson, socialement nécessaire de Marx? M. Petit, dans sa savante étude, sq prononce pour la première solution ; j'incline vers la seconde, plus conforme à la méthode de Ricardo. 11 emploie toujours l'expression : the relative quantiiy of labour necessary to produce Ihe comrnodities, la quantité relative de travail nécessaire pour pro-

(1) Ricardo, Principes, trad., édit. Guillaumin, p. 44.

(2) Ib., p. 84.

(3) Malthus, Définitions, ch. v, édit. Guillaumin, p. 424.

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