III. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO
duire les marchandises ; dans les exemples qu'il prend, il s'agit bien de la quantité ordinaire de travail qu'exige un produit déterminé. Dans une lettre à Malthus, il dit : <( Dans l'Inde, une marchandise peut être produite en 20 jours de travail et peut commander 30 jours de travail : en Angleterre, elle peut être produite en 23 jours de travail et en commander 29. D'après vous, la marchandise est plus chère dans l'Inde; d'après moi, elle est plus chère en Angleterre (1). »
S'il est persuadé qu'en se basant sur la quantité de travail réalisée dans les marchandises comme expression de la règle que gouverne leur valeur relative, il est dans la ligne droite, comme il l'écrit à Mac Culloch ; ce qui le fait hésiter, c'est le choix d'une unité, d'un étalon de valeur absolue : « Dois-je choisir Tannée, le mois, la semaine, la journée de travail? Je suis indéterminé, ditil (2). ))
Si tous les travaux peuvent être ramenés à une unité, on peut concevoir aussi qu'une marchandise devienne l'unité objective de la valeur relative, pourvu qu'elle soit, d'une manière constante, le produit d'une quantité invariable de travail. Ricardo admet par hypothèse qu'une telle marchandise puisse exister, ce sera la monnaie, et pour avoir l'intelligence de ses raisonnements et de ses calculs, il ne faut jamais perdre de vue qu'il admet, par hypothèse, que l'unité monétaire exprime toujours une quantité identique de travail, et c'est pourquoi Ricardo, dans tout le cours de son livre, exprime toujours les rapports de valeur en rapports de prix, c'est-à-dire en termes d'une unité invariable par supposition. Si, à un
(1) Lettre à Malthus du 15 août 1823, éd. IIoll., p. 169.
(2) Lettre à Mac Culloch, 21 janvier 1841, éd. Holl., p. 93.
moment donné, un daim vaut 100 sh. et un saumon 10, c'est que l'acquisition du daim coûte 100 unités de travail et celle du saumon 40 ; si, à une autre époque, le daim vaut 210 sh., le saumon 8, c'est qu'il faut plus de travail pour obtenir le daim et moins pour le saumon. Ricardo avertit le lecteur que c'est là une hypothèse don l'objet est de faciliter les recherches (1). Il y revient en core dans une note précieuse du chapitre sur les Pro' fits (2) : toute variation de prix exprimera donc toujours à ses yeux, dans ses démonstrations, un changement dans la valeur des marchandises seulement. Mais, dans le fait, il nie qu'une marchandise quelconque puisse être une unité invariable de valeur, parce que, comme toute marchandise, la monnaie métallique exige, pour être produite, des quantités variables de travail. Sa pensée, développée dans la section 4 du chapitre i®"^ de la troisième édition. Test plus largement encore dans sa correspondance avec Mac Culloch (3).
Cela étant posé, c'est sous l'empire d'une condition générale, inhérente à la société capitaliste, que la valeur relative des marchandises trouvera son expression eflective dans les quantités relatives de travail qui leur sont incorporées. Cette condition générale, c'est la concurrence illimitée. Ricardo distingue très nettement, comme on l'a vu, les causes perturbatrices des causes générales, le chapitre iv des Pi'incipes le montre à l'évidence ; c'est à l'opération de la cause générale que correspond le prix naturel des marchandises, c'est à celle des causes perturbatrices, variables et temporaires, que correspond le
(1) Œuvres, édit. Guillaumin, p. 33.
(3) Voir la lettre du 2 mai 1820 »à Mac Gulloch, p. 63, et la lettre du 21 août 1823, p. 174.
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prix au marché ; pour que la cause générale tende d'une manière constante à régler les échanges d'après les quantités comparatives de travail ou le prix naturel, il faut donc, avant tout, que l'équilibre entre l'abondance des produits et les besoins des hommes, entre l'offre et la demande, soit considéré comme soustrait aux variations soudaines qui l'affectent dans le cours ordinaire des choses ; mais, pour que la concurrence tende sans cesse à travers ces variations de l'offre et de la demande, à ramener au prix naturel des marchandises, il faut une seconde hypothèse, c'est que le travail direct et le travail indirect, (le capital), soient considérés comme doués d'une mobilité absolue, qu'ils puissent être transférés sans obstacle d'un emploi moins profitable {less profitable) à un emploi plus avantageux.
Toute inégalité de rémunération, sous l'empire de la concurrence, détermine le déplacement ou l'application du travail et du capital, jusqu'à ce que l'équilibre se réalise entre leurs différents emplois.
C'est ainsi qu'obéissant au génie de l'abstraction, Ricardo passera, sans même s'y arrêter un moment, audessus de toutes les circonstances complexes analysées par la science moderne qui affectent, dans sa mobilité, le savoir, le vouloir et le pouvoir du travail ; à l'égard du capital, c'est la fonction régulatrice des banquiers disposant toujours d'un large fonds disponible, qui le transporte sans cesse en proportions variables dans les différents emplois d'un pays. Dans l'exposé de la loi qui régit cet équilibre mobile, Ricardo résume sa pensée en disant: nous devons reconnaître que le principe qui proportionne, dans chaque industrie, le montant du capital à ce qu'elle réclame, est plus actif que ce qui est généralement supposé. Cette conception d'une mobilité
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sans limites, à laquelle Cairnes apportera déjà de si profondes modifications, ne s'applique, dans la pensée de Ricardo, qu'à l'intérieur d'un pays déterminé, the différent trades of a coimtry. C'est pourquoi la théorie de la valeur entre nations présentera une différence profonde à l'égard de la théorie de la valeur intérieure.
C'est à l'égard de la constitution de la valeur d'échange que l'interprétation de la pensée de Ricardo a été complètement renouvelée : « Le fondement de la théorie de la valeur, dit M. Gonner, doit être cherché dans les pages d'Adam Smith et d'écrivains antérieurs, mais il y est si fortement mêlé d'erreur qu'il demeura stérile jusqu'à ce que Ricardo vînt le dégager de son malheureux entourage. Sans doute, il est souvent porté à parler du travail comme fondement de la valeur d'échange, c'est là un vague d'expression extrêmement critiquable, mais une étude nouvelle de ses travaux me convainc que ce n'était pas là le sens qu'il attachait aux termes dans sa propre pensée. Tout ce qu'il avait besoin d'établir, c'est l'existence d'une relation constante entre la somme d'efforts consacrés à la production des marchandises et leur valeur échangeable, en d'autres termes, que leurs variations sont corrélatives^ cela suffit pour atteindre le but de sa recherche (1). »
Sans doute on peut concevoir ce rapport de coexistence à la place d'un rapport de causalité. Mais à quel prix? Il faut pour cela, non seulement rompre le lien qui rattache Ricardo à Rodbertus, Thompson, Proudhon, Marx, mais encore à James Mill et à Mac Culloch, les disciples de la première heure. « Le principe fondamental soutenu par M. Ricardo, dit Mac CuUoch, est que la
(1) Gonner, Introduclory Essay, p. 12.
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valeur échangeable des marchandises de'pend exclusivement (exclusively) des quantités de travail nécessairement exigées pour les produire (1). » Ces mots du discours de Mac Culloch sur les progrès de l'économie politique sont la véritable trame de sa correspondance avec Ricardo. Et James Mill : « La valeur échangeable de toutes les marchandises est déterminée par la quantité de travail. » Il faut aussi rompre le lien qui unit Ricardo à Adam Smith et oublier que l'idée directrice de Ricardo est de vérifier si ce qui est affirmé par Smith, des temps primitifs, subsiste à l'âge capitaliste. Cette unité de pensée n'éclate-t-elle pas dans les termes mêmes de Ricardo, quand il dit de la quantité de travail nécessaire à la production des marchandises, qu'elle constitue leur prix primitif et naticrel {their primary and natural price)'? On peut sans doute considérer comme prix )iaturel celui qui est déterminé dans des conditions de concurrence illimitée et sans obstacles, mais comment parler de prix primitif sans évoquer un passé lointain, où les rapports d'échange sont conçus indépendamment de la concurrence (2) et basés sur un élément commun : la même somme de travail.
Les influences modificatrices. — Ricardo consacre la plus grande partie du chapitre i^'" et du chapitre ii des Principes, à la recherche des influences modificatrices que subit son principe fondamental. Le chapitre i^"" est consacré à l'accumulation des capitaux, le chapitre ii à la rente, dans leurs rapports avec les variations de la valeur. Pour dégager nettement la pensée de rauteur,
(1) Mac Cl'lloch, Diticoun introductif. V. Les principes, trad. fr., I, 364. V. Ash\ey , liehabititalion of Ricardo [Economie Journal, 1891, I, 478).
(2) Principes, ch. iv, au début.
il faut intervertir Tordre des matières et se débarrasser d'abord de la rente. Ce chapitre est d'ailleurs resté sans modifications depuis la première édition.
C'est là que passe l'éclair de génie qui dissipe les obscurités de la théorie d'Adam Smith. Le rapport de valeur donné par les quantités relatives de travail est-il modifié par la rente que les producteurs seront tenus de paver ? Non, répond Ricardo, et c'est le résultat même de l'opération de la cause générale qui domine toute l'évolution économique. C'est qu'en effet « la valeuréchangoable d'une denrée quelconque... n'est pas réglée par la plus petite somme de travail nécessaire pour sa production dans des circonstances extrêmement favorables et qui constituent une sorte de privilège ; cette valeur dépend au contraire de la plus grande quantité de travail que sont forcés d'employer ceux qui n'ont point de telles facilités... »
Revenons à des données numériques pour rendre sensible le rapport de la valeur et de la rente. Si, par l'extension de la culture, les produits de cinq classes de terres de productivité inégale sont portés aux marchés de telle sorte qu'avec 100 de travail, on obtienne :
l" terre • terre 3= terre 4* terre 5" terre
Unit.ës de pi-oduit. 100 90 80 70 60
la quantité de travail incorporée à chacune des unités de produit est :
Toutes ces unités d'un même produit, identiques en quantité et en qualité, sont échangeables les unes avec les autres ou avec les produits renfermant l'équivalent de travail ; leur commune valeur échangeable sera ré-
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siée par la plus grande quantité de travail nécessaire pour les obtenir, c'est-à-dire par la quantité de travail appliquée à la cinquième terre.
La rente des autres terres, par unité de produit, sera donnée par la différence des quantités de travail effectives.
Renie de la 1" terre -2' terre 3* terre 4' terre 5* terre 0,66 0,55 0,41 0,23 0
La rente des terres les plus favorisées est d'autant plus élevée que l'excédent de travail appliqué aux terres les moins favorisées est plus considérable.
L'accroissement de la rente est donc donné par les circonstances qui réduisent la productivité du travail, elle obéit aux causes générales en vertu desquelles des quantités additionnelles de travail deviennent successivement nécessaires pour obtenir des unités nouvelles de produit. A chacune des phases de la culture, on la voit obéir à cette inflexible loi.
Si, après la mise en culture de la première terre, on passe à la seconde, la valeur de l'unité de produit s'élève, avec la quantité de travail qui y est incorporée, sur la terre la moins favorisée, et la rente apparaît pour la première terre et ainsi de suite :
Rente par unité Valeur de l'unité de produit
i"" phase.
C'est toujours la plus grande quantité de travail nécessaire à la production de la dernière unité qui règle la
valeur échangeable sur le marché ; la rente est donc V effet de l'accroissement de la valeur d'échange, elle n'en est pas la cause, elle est sans influence sur elle : en dernière analyse, l'accroissement de la rente dérive de la même cause générale, en vertu de laquelle, des quantités additionnelles de travail deviennent successivement nécessaires pour obtenir la même unité de produit.
Ainsi apparaît encore ici l'unité de la pensée de Ricardo. L'évolution de la valeur d'échange, et l'évolution subordonnée de la rente sont le rayonnement de la loi suivant laquelle la productivité du travail appliqué au sol tend à décroître, la loi du rendement décroissant, qui domine toute l'œuvre de Ricardo.
Il est certain que la pensée de Ricardo Hotte autour de la théorie qui assigne le travail comme base unique à la valeur, dans les âges primitifs des sociétés. Un simple changement au texte primitif révèle l'élaboration qui s'est accomplie de la première édition (1817) à la troisième (1821) : « En parlant, dit-il, du travail comme étant le fondement de toute valeur et la quantité relative de travail comme déterminant la valeur relative des marchandises... », il ajoute, dans la troisième édition; à peu près exclusivement {almost exclusively). A quel point la théorie primitive est-elle altérée? C'est ce que la correspondance et la comparaison des textes font voir de près. On jugera que c'est dans d'étroites limites. Il écrit, le 18 décembre 1819, à Mac GuUoch : « Je suis plus cofivaincu que jamais que le grand régulateur de la valeur est la quantité de travail nécessaire pour produire la marchandise évaluée. 11 y a beaucoup de modifications qui doivent être admises dans cette doctrine, à raison de la circonstance que les marchandises récla-
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ment des temps inégaux avant d'être portées au marché, mais cela ne doit pas invalider la doctrine elle-même. Je ne suis pas satisfait de l'exposition que j'ai donnée des principes qui règlent la valeur. Je voudrais qu'une plume plus expérimentée l'entreprit. La faute n'est pas dans l'inaptitude de la doctrine à rendre compte de toutes les difticultés, mais dans l'inaptitude de celui qui a tenté de les résoudre (1). »
Il y revient avec la même sollicitude dans d'autres lettres à Mac Culloch : du 2 mai 1820 (2) et surtout du 13 juin 1820: « 11 faut confesser que ce sujet de la valeur est hérissé de difficultés. Je serais très heureux si vous réussissiez à les dissiper et à établir pour nous une mesure de la valeur qui échappe aux objections qui ont été dirigées contre toutes celles proposées jusqu'ici. Je pense parfois que si j'avais à réécrire la chapitre de la valeur dans un livre, je reconnaîtrais que la valeur relative des marchandises est réglée par deux causes au lieu de l'être par une seule, à savoir : par la quantité relative de travail nécessaire pour produire les marchandises en question, et par létaux des profits pour le temps pendant lequel le capital reste dormant, et jusqu'à ce que les marchandises soient conduites au marché (3). »
Au moment où il va se décider à publier la troisième édition qui paraîtra en mars 1821, il écrit à Mallhus, le 4 septembre 1820 (4) : « La doctrine est moins exposée aux objections quand elle est employée non à mesurer
(1) Edit. Holl., p. 48.
(2) Edit. Holl., p. 65.
(.'{) Edit. Holl., p. 71.
(4) Leltcrs of D. liicanlo to T. R. Malthu^, LXXHI, p. 176, édit. Bonar.
Denis II. H
la valeur absolue des marchandises comparées, mais les variations qui prennent place de temps en temps dans la valeur relative. A quelles causes, j'entends à quelles causes perrïianentes ^ ces variations peuvent-elles être attribuées? A deux et à deux seulement, l'une insignifiante dans ses effets, la hausse ou la baisse des salaires, ou, ce que je considère comme la même chose, la hausse ou la baisse des profits ; — l'autre, d'une importance immense, la plus ou moins grande quantité de travail qui peut être nécessaire pour produire les marchandises. De la première cause, il ne peut résulter de grands effets parce que les profits eux-mêmes ne constituent qu'une petite portion du prix, et aucune grande addition ou déduction ne peut être faite à leur égard ; à l'autre cause, aucune limite vraiment définie ne peut être assignée, car la quantité de travail nécessaire pour produire les marchandises peut varier du simple au double ou au triple, j)
H est impossible de mieux rendre la pensée de Ricardo qu'en traduisant l'une de ses lettres à Mac Culloch (13 juin 1820).
« Toutes les marchandises qui ont une valeur sont produites par le travail. Le travail consacré à fabriquer une machine à vapeur peut être le même en quantité et exercice pendant un temps aussi long que le travail consacré à faire une pièce d'ameublement : conséquemment, la machine à vapeur et le meuble devraient avoir la même valeur. Le tapissier vend son meuble à la fin de l'année pour 1000 liv. La machine à vapeur vaut, elle aussi, 1000 livres, mais elle n'est pas vendue, elle est employée l'année suivante comme capital. Si les profits sont de 10 0/0, indépendamment de la quantité de travail et de capital circulant que le propriétaire de la ma-
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chine doit employer, et dans laquelle il est de pair avec le tapissier, il doit aussi avoir replacé sa machine à vapeur à la fin de l'année dans les mêmes conditions d'efficacité primitive, et grever ses produits de 100 liv. pour le profit des 1000 liv. de capital employées comme capilal fixe. S'il faut deux ans avant qu'il puisse recevoir la contre-partie du travail accompli par la machine à vapeur, il faut qu'il recueille 100 liv. pour le profit de la première année, et 110 liv. pour la seconde, et cela est totalement indépendant de la quantité de travail actuellement accumulée dans la marchandise conduite au marché. El maintenant, si j'emploie des machines dont je n'aurai aucun rapport avant deux ans, à la fin de la deuxième année, ma machine et mes produits réunis doivent avoir une valeur égale à celle de tout le travail employé à les produire, outre le profit accumulé du capital qui a été sans rapport pour moi dans l'intervalle. Mais le même résultat se fût produit si j'avais employé du capital circulant uniquement, et que je n'eusse pas porté mes marchandises au marché avant deux ans. A la fin de la deuxième année, la marchandise n'eût pas seuleynent valu tout le travail appliqué à la produire, mais aussi les profits accumulés pour le temps pendant lequel un capital aurait été ainsi employé. Strictement parlant, les quantités relatives de travail appliquées aux marchandises règlent leur valeur relative, quand rien que du travail ne leur est appliqué et cela pendant des temps égaux. Quand les temps sont inégaux, les quantités relatives de travail qui leur sont appliquées sont toujours Vêlement essentiel qui règle leur valeur relative : mais ce n'est pas Vêlement unique, car, outre leur compensation pour le travail, le prix de la marchandise doit aussi compenser la longueur du temps écoulé avant
qu'elle puisse être portée au marché. Toutes les exceptions à la règle générale se reportent sur cette exception de temps et, comme il y a une variété de cas dans lesquels le temps d'achever un produit peut différer, il est diflîcile de fixer une marchandise quelconque qui puisse, à proprement parler, être choisie comme une mesure générale de la valeur, même si nous pouvons surmonter les difficultés d'en rencontrer une qui réclame toujours la même quantité de travail pour être produite. Les deux extrêmes nous apparaissent toujours ceux-ci : fun, c'est le cas où la marchandise est produite sans délai, par le travail seulement, sans V intervention du. capital ; l'autre, c'est le cas où elle résulte d'une grande quantité de capital fixe, contient très peu de travail et ne peut être produite sans un délai considérable. La moyenne entre ces deux extrêmes est peut-être le cas le mieux adapté à la masse générale des marchandises. Les marchandises qui sont d'un côté de cette moyenne s'élèveraient relativement à elle en valeur, avec une élévation, du prix du travail et une baisse du taux des profits, et celles qui seraient de l'autre coté de la mo3^enne diminueraient de valeur sous l'empire des mêmes causes. M. Malthus a tiré avantage de ce défaut dans ma mesure de la valeur, mais sa mesure à lui n'en est pas indemne, et n'a pas manqué, ce qui devait être justement, de le porter même au plus haut degré. En fait, M. Malthus n'a pas de mesure de la valeur. Tantôt il parle de la hausse ou de la baisse des marchandises et il veut dire la baisse ou la hausse de leur prix en argent ; tantôt il estime leur baisse et leur hausse par leur pouvoir de commander le travail et parfois même par leur valeur échangeable en blé. La mesure réelle de la valeur est elle-même variable, et dans un dei^ré non inférieur à la variabilité de la plupart