DEUXIÈME CAS
C'est par la hausse du prix du blé que tous les profils sont réglés d'après les profits agricoles. « Si le prix du blé demeurait bas, les salaires en argent ne s'élèveraient pas et les profits généraux ne s'abaisseraient pas (1) ».
« Je vous accorde, écrit-il encore à Malthus (2), que lorsque le capital est rare comparativement aux moyens de l'employer, de quelque cause que cela vienne, les profits seront élevés ; mais que cela se présente d'une manière temporaire ou permanente, cela dépendra du caractère temporaire ou permanent des causes qui opèrent. Il est très important d'établir quelles sont les causes qui rendent le capital nwe relativement aux moyens de l'employer, et cela établi, comment elles peuvent être considérées comme temporaires ou permanentes.
« C'est dans cette recherche que je suis conduit à penser que l'état de la culture du sol est 'presque la seule grande cause permanente. Il y a d'autres circonstances qui s'accompagnent d'effets temporaires de plus ou
(1) Letters of Ricardo to Malthus, 17 mars 1815, éd. Bonar, p. 69.
(2) Lellers of Ricardo to Malthus, 16 sept. 1814, éd. Bonar, p. 43.
m. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO 193
moins de durée et qui fréquemment opèrent partiellement sur des industries particulières. L'état de production du sol comparé avec les moyens nécessaires pour le faire produire, opère sur toutes les industries et il est seul permanent dans ses elîets. »
Il faut rapprocher de cette remarquable lettre celle du 28 décembre 1814, qui la complète : « Je me suis efforcé de vous amener à admettre que les profits du capital employé dans les manufactures et le commerce sont rarement abaissés ou élevés d'une manière permanente pour aucune autre cause que le bon marché ou la cherté des denrées nécessaires, ou de toutes les marchandises dans lesquelles les salaires du travail sont dépensés. L'accumulation du capital tend à abaisser les profits. Pourquoi? Parce que toute accumulation s'accompagne dune difficulté plus grande d'obtenir la nourriture, à moins qu'elle ne s'accompagne d'améliorations agricoles, auquel cas il n'y a pas tendance à la baisse des prolits. S'il n'y avait pas de difficulté croissante, les profits ne tomberaient jamais, parce qu'il n'y a pas d'autres limites à une production profitable des manufactures que la hausse des salaires. Si, avec toute accumulation du capital, nous pouvions rattacher une pièce de terre fertile à notre ile, les profits ne s'abaisseraient jamais. J'admets en même temps que le commerce ou les machines peuvent produire l'abondance et le bon marché des marchandises, et s'ils affectent le prix de ces marchandises que consomme le travailleur, ils élèveront dans cette mesure les profits ; mais alors il sera vrai de dire que moins de capital sera appliqué au sol, car les salaires de travail forment une partie de ce capital {!). »
(1) Ed. Bonar, p. 51.
La théorie fondcinienlale se résume tout entière dans ce passage d'une lettre postérieure de deux ans : « Tout ce que je veux soutenir, c'est que les prolits dépendent des salaires, les salaires, dans les circonstances ordinaires, du prix de la nourriluie et des denrées nécessaires {n('cessaries),Q{ le prix de la nourriture et des denrées nécessaires, de la fertilité de la dernière terre mise en culture (l). »
« Deux causes opposées, écrit- il encore à Malthus, influencent le prix du travail, l'une c'est l'élévation du prix de quelques-unes des choses contre lesquelles s'échange le salaire, l'autre c'est la diminution des jouissances que le travailleur a le pouvoir de commander. Vous pensez que ces deux causes peuvent se balancer, ou plutôt que la seconde prévaut. Je pense au contraire que la première est la plus puissante dans ses ell'ets. 11 me faudrait écrire un livre pour vous convaincre (2). »
C'est ainsi que reparaît sans cesse celte loi du rendement décroissant de la terre qui donne à l'évolution de la répartition le caractère d'un antagonisme croissant entre les intérêts, et qui, par la réduction graduelle du taux des profits, soulève aussi dans les sociétés capitalistes le problème des variations de la valeur relative des marchandises, donnant ainsi une empreinte inelTaçable à l'histoire tout entière ; c'est ainsi que les énergies morales, dans la société actuelle, même dans la société future que fait entrevoir le pessimisme deRicardo, ne parviennent pas à contenir l'action de la cause physicochimique en abandonnant la population à sa marche
(1) Letters of Ricardo to Mallftus, Il octobre 1816, p. 122.
(2) Letters of Ricardo to Malthus, 10 janvier 1816, éd. Bonar, p.