III. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO
naturelle ; elle donne, par là même, à l'œuvre tout entière, son unité imposante et redoutable.
Elle est le fondement réel de la dynamique économique de la phase capitaliste aux yeux de Ricardo.
§ 8. David Ricardo et ses contemporains socialistes. — Ricardo se rapproche des socialistes par la théorie de la valeur, malgré les amendements qu'il y apporte, il s'en sépare absolument par la théorie de la rémunération du travail, dans laquelle il n'établit aucun rapport direct, juridique ni économique entre le salaire elle produit du travailleur.
La théorie du fonds des salaires assimile le travail à une marchandise et fait dépendre la demande de travail d'un fonds prédéterminé destiné à la rémunération des travailleurs. On peut dire qu'elle s'est développée et consolidée sous l'influence des conditions économiques de la période capitaliste. « A la fin du dernier siècle et au commencement du nôtre, écrit un savant historien des théories du salaire, M. Mac Donnei (l), l'état de l'industrie en Europe et la méthode employée dans les recherches économiques furent particulièrement favorables au progrès d'une doctrine qui considère le taux des salaires comme dépendant du rapport entre un prétendu fonds des salaires et le nombre des membres de la classe ouvrière. W existait, en eifet, un capital considérable aux mains des chefs d'industrie, la population croissant rapidement, les travailleurs étaient trop pauvres pour se soutenir eux-mêmes jusqu'à l'achèvement et la vente des produits, et les industries nationales étaient particulièrement d'une telle nature qu'elles réclamaient un intervalle considérable entre l'exécution du
(1; Mac Don.nel, History ofthc various Théories of Wa(/es,Tp. 2 et s.
travail et le moment où la valeur du produit pouvait être réalisée. Les classes ouvrières étaient, en fait, exclues de la propriété et de l'occupation du sol ; la loi de productivité décroissante du sol manifesta son empire, et toute addition à la population s'accompagna d'une diminution de puissance du travail, et d'une baisse complète de salaire. Sous un tel régime, il est évident que les salaires étaient, en général, avancés sur le capital, et que le capitaliste se remboursait sur la vente du produit, juste comme le porteur d'un effet se rembourse à l'échéance. Les conditions de l'Ancien Monde différaient profondément, comme Walker l'a montré, linaneièrement et industriellement, des conditions du Nouveau Monde, où le capital était rare, le travail intelligent et habile, les agents naturels en abondance et très fertiles.
« L'économie politique était surtout étudiée au point de vue capitaliste et il était naturel qu'un chef d'industrie qui avançait les salaires à ses ouvriers, qui recueillait le prix entier du produit, acceptât comme universellement vraie une doctrine qui supposait non seulement que le salaire est avancé par le capital, mais qu'il est payé par le capital et mesuré par le capital, et que Teflicacité du travail, la productivité des agents naturels n'affectent le salaire qu'en tant qu'elles permettent une accumulation plus grande de capitaux. »
Si les économistes de la première moitié du xix' siècle ont tous contribué en quelque mesure à donner un caractère précis à la théorie du fonds des salaires, ils ont avant tout transporté dans la science les conceptions empiriques de l'industrialisme moderne.
La doctrine de la population de Malthus lui a fourni des éléments importants, comme M. Bonar le montr^