‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 73 sur 229 · III. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO · texte numérisé non relu

III. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO

justemenl (1)^ mais cet écrivain exagère la participation de Malthus ; il nous semble que Ricardo a concouru davantage à donner à la théorie la rigidité que Mac CuUoch n'a fait qu'accroître encore. Ricardo semble même avoir combattu chez Malthus la tendance à adopter la the'orie des salaires basée sur la productivité du travail.

Au mois d'octobre 1815, Ricardo écrit à Malthus cette lettre importante : « Les salaires ne dépendent pas de la quantité de marchandises que le travail d'un jour produit, et je ne puis m'empècher de penser que vous êtes tout à fait incorrect quand vous dites que la conséquence naturelle de la faculté de production à ce point accrue que le travail d'un jour produise quatre mesures de blé, de drap ou de coton au lieu de deux mesures, sera que quatre mesures de blé, de drap et de coton vaudront seulement le prix d'une journée de travail au lieu de deux. Il rn'apparait à moi que, si au lieu de quatre mesures, dix mesures pouvaient être produites par le travail d'un jour, aucune élévation de salaire ne pourrait avoir lieu^ aucune portion supérieure de blé, de drap et de coton ne serait donnée au travailleur, à moins qu'une portion de l'accroissement de produit ne fût employée comme capital, et alors la hausse du salaire serait en proportion de la nouvelle demande de travail, et nullement en proportion de l'accroissement de la quantité des marchandises produites. C'est le propriétaire du capital qui jouirait exclusivement de cet accroissement, et s'il concentrait dans sa famille tout l'accroissement de production sans augmenter son capital, les salaires resteraient stationnaires et ne seraient

(1) J. RoNAR, Malthux and fds work, 1885, p. 272.

d'aucune façon affectés par Taccroissement de faeililé de la production (1). «

Le travail marchandise est ainsi considéré à part du produit du travail, comme objet d'un contrat distinct : louage d'ouvrage ou vente de la force de travail; un droit réel privatif, la propriété, met le produit à la disposition absolue du capitaliste. L'évolution du droit accompagne celle des conceptions du travail et du salaire : la théorie du salaire basée sur la productivité du travail, et pour laquelle le vrai fonds des salaires est le produit lui-même, dégagera peu à peu sa forme juridique : le contrat de société entre le travailleur et le capitaliste proposant cet objet au partage, et remplaçant le louage d'ouvrage ou la vente de la force de travail. Nous ébauchons à peine cette forme juridique supérieure dans nos conseils de conciliation, nos contrats collectifs, nos échelles mobiles, notre participation aux bénéfices. La distinction immuable des classes est à la base de toute la conception rigide de Ricardo ; la fusion des classes est dans la tendance inflexible de l'avenir.

Le fonds qui alimente le salaire {loages fund) est pour Ricardo prédéterminé ; il l'est indépendamment du résultat effectif de la production ; il Test sous l'empire de l'intérêt de la classe qui accumule les capitaux et recueille le profit. On vient de le voir conditionné par la consommation personnelle du capitaliste; ne sera-t-il pas encore, suivant l'intérêt de la classe capitaliste, limité par le développement du capital fixe, des machines? C'est sous l'empire de l'intérêt de la classe qui accumule les capitaux et recueille les profils que toute révolution s'accomplit.

(1) Lcttcrs of Ricardo io Malthiis, édit. Honar, p. 97-98.

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