I. — LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDORCET
mais pour adapter méthodiquement aux progrès de l'esprit humain, à ce qu'il appelle les lumières de Ventende' ment public, les institutions destinées à rapprocher toujours davantage de l'égalité, c'est cet efiorl qui le rattache étroitement à Condorcet.
Godwin, assaut résolument placé l'idéal social devant nous, se préoccupera de le faire atteindre par tous. C'est en agissant sur la raison individuelle, c'est par une œuvre d'éducation qu'il résoudra le problème.
Une profond critiqu a dit que sa théorie est l'apothéose de l'individualisme, et qu'un individualisme purifié et éclairé est pour lui non le commencement, mais la fin de tout progrès humain (1).
Cela est vrai dans ce sens que Godwin poursuit l'autonomie morale et intellectuelle de l'individu, et que cette autonomie individuelle suffit, à ses yeux, à la réalisation d'un ordre social durable ; mais il n'est aucunement individualiste dans ce sens qu'il proposerait à l'individu son intérêt personnel comme fin morale à atteindre ; c'est là que le droit individuel trouve sa limite dans la sphère de la moralité, dans l'obligation de contribuer le plus possible au bien-être et au bonheur de toute créature sensible i2).
La théorie morale de Godwin prépare V immanence de la justice de Proudhon, et sa conception absolue de l'anarchie. Les deux éléments de solution qui s'offrent à lui sont la toute-puissance de la vérité, et la perfectibilité indéfinie de l'esprit humain.
Si j'ose dire, la partie psychologique de l'œuvre de Godwin n'est point la partie vraiment organique,
fl)BoNAR, Philosopfnj and Political Economy. (2) I, p. 160.
Denis H. 2
celle dans laquelle il s'applique systématiquement à préparer la modification méthodique du caractère humain, qui tendra à le rapprocher de l'idéal. 11 est puissamment servi par les travaux psychologiques de son temps, et le chapitre iv du livre I, limitant l'influence du milieu sur le caractère, les chapitres vni et v du livre ] V, sur la culture de la vérité, sur la théorie du libre arbitre et le mécanisme de l'espiMt humain, méritent encore d'être lus et médités. Ils portent la forte empreinte des travaux de Hume, Hartley, llelvétius et même d'Holbach. L'évolution de notre moralité est à ses yeux directement subordonnée à l'évolution de notre intelligence. Godwin s'oppose résolument à tous ceux qui croient l'homme soumis par sa nature aux passions et incapable d'être gouverné par la raison (1).
Les vertus élevées impliquent une large compréhension, elles ne sont pas compatibles avec ia stupidiié oa l'ignorance ; la justice, elle surtout, réclame de chacun qu'il puisse se mettre à la place d'un spectateur impartial.
La direction de nos actes volontaires dépend de nos jugements sur les conséquences qu'ils devront produire. Tout se ramène ainsi à étendre et à fortifier notre prévision, à éclairer notre entendement. L'idéal du caractère humain, pour Godwin, toujours entraîné à des généralisations absolues, ce serait d'élever le plus grand nombre possible de nos actes involontaires à la dignité morale d'actes volontaires, éclairés par la prévision la plus large possible (2).
Le vice et la faiblesse morale sont basés sur des er-
(IH, p. 307.
(2) I, p. 86, et suiv.