I. — LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDORCET
reurs de jugement ; ils ne sont donc pas invincibles : la vérité prévaudra peu à peu sur l'erreur ; toute vérité qui pourra être communiquée portera la conviction dans l'esprit, et produira des elïets infaillibles sur la conduite humaine.
Qu'on n'invoque pas les dillerences de nature entre les hommes, ils ditTèrent beaucoup plus par les circonstances que par leur nature. Ici Godwin s'inspire visiblement du livre d'Helvétius sur l'homme et son éducation, qui exercera une intluence aussi profonde sur la pensée de Robert Owen (1 ).
Les institutions politiques et sociales historiques sont les principales circonstances de milieu qui ont exercé Tintluence la plus désastreuse sur le caractère de l'homme. On en jugera tout à l'heure par les considérations de Godwin sur la propriété.
Si l'influence du milieu est prépondérante sur la formation du caractère humain, il ne sera donc pas impossible de le modifier en agissant sur les circonstances dans lesquelles il se développe. « Nous avons été ignorants, emportés, pervers, dit-il, écartons les causes de notre ignorance et de nos faux calculs, et les effets cesseront. »
Aussi, comme M. Bonar l'a dit, Godwin, s'élevant bien au delà des espérances de Platon, rêve l'avènement d'un peuple de philosophes. Sans doute, a-t-on ajouté, l'idée est plus grande que celle de Platon, mais elle est d'autant plus impraticable qu'elle est plus grande, car si c'est une erreur de supposer l'homme gouverné par une passion exclusive, c'est une erreur égale de le supposer
exclusivement soumis à la raison sans aucune passion du tout (1).
A la vérité, il ne s'agit pas dans la pensée de Godvvin d'une transformation radicale delà nature liumaine,d'en faire disparaître des attributs et d'y introduire des éléments absolument nouveaux. Pour apprécier son œuvre, il faut songer qu'il considère l'homme comme animé de sentiments égoïstes et altruistes, et que le rêve qu'il poursuit est non d'en anéantir aucun, mais d'en réaliser léquilibre permanent à force d'éclairer la conduite de l'homme.
ii 4. Conceptions morales et économiques de la propriété au XVIir" siècle. — Deux conceptions principales de la propriété se déroulent simultanément au xviii^ siècle, et s'opposent l'une à l'autre, et cette opposition rayonnera sous des formes plus complexes dans toute l'histoire des idées au xix'^ siècle.
Le père de la Physiocratie, l'illustre Quesnay, après avoir mis en lumière, avec une pénétration de génie, le mouvement social de la richesse, a cherché la justification de la propriété individuelle dans son utilité sociale ou, Lien mieux, dans la fonction économique qu'elle accomplit; il a assigné un caractère organique à l'institution, dépassant par là de beaucoup toutes les antiques théories classiques de la propriété. En éveillant les énergies productrices au plus haut degré, la propriété concourait directement à la conservation et au développement de la vie collective, et assurait le plus grand produit net possible à une population toujours croissante : ce produit net s'ofîrait à l'échange contre les travaux et les services des non-propriétaires et entretenait ainsi indéfiniment la cir-
(1) BONAR, p. 203.