IV. — LA STATTQDE ÉCONOMIQUE DE RICARDO
effet nécessaire un accroissement de population : ici des passages oubliés de Ricardo marquent sa position vis-àvis de la loi dite d'airain du salaire : « Le sort de l'ouvrier, dit-il, amélioré par Texcédent de valeurs qu'il reçoit en paiement de son travail, ne lui impose pas l'obligation de se marier et de se charger du soin d'une famille : il peut échanger son salaire augmenté contre des objets qui puissent contribuer à augmenter ses jouissances... » Ainsi il peut élever son « standard oflife ». Le fait est-il général ? « Quoique telle put être la suite de l'augmentation de salaire, cependant il y a tant de douceur dans la famille qu'on voit constamment dans le fait, l'accroissement de population suivre l'amélioration du sort de l'ouvrier, et c'est uniquement parce qu'il en est ainsi qu'il survient une nouvelle et plus forte demande de subsistances » (1). Mais cette demande de blé signiûe \ implacable nécessité de recourir à des terres moins riches, ce qui ramène l'explication de la rente à la cause unique de Ricardo, le rendement décroissant. C'est à tort aussi que Malthus explique la hausse de la rente par les améliorations agricoles : c'est le contraire qui est vrai, si avec moins de bras et moins de terres on peut obtenir la même quantité de produit. Elles peuvent être de deux ordres, consister dans l'accroissement du produit ou dans l'épargne du travail appliqué à la terre. La cause générale qui détermine les variations de la rente domine encore toute cette classe de phénomères, et c'est là que se révèle surtout l'unité de la pensée de Ricardo. Dans les deux cas, la rente baissera si l'inégalité entre les produits obtenus diminue, qu'on abandonne les terres les moins fertiles, ou la dernière et la moins prodcutive application
(1) liiCARf o, Principes, éd. (juill., p. 370.
de capital ; elle restera stalionnaire avec les inégalités, et ne haussera que si elles augmentent. Sans doute les améliorations pourront comme effet dérivé amener la hausse de la rente, mais à la condition encore de mettre en opération la loi du rendement décroissant, en stimulant la population (1). Rien ne peut élever la rente que le changement dans la fertilité relative, naturelle ou acquise des terres. C'est ce qui explique encore le déplacement des avantages des améliorations.
L'accroissement de produit dû aux améliorations profite d'abord au fermier, il n'accroît la rtnte que lorsqu'une partie des profits du capital a été appliquée à mettre en culture des terres moins fertiles (2).
Si la rente n'augmente qu'avec les difficultés pour la société de se procurer la nourriture, comment l'intérêt delà propriété ne serait-il pas en antagonisme avec l'intérêt social? (3) MaisRicardo ne déduit de ces rapports et de ces tendances aucun droit économique nouveau : son pessimisme n'ébranle pas plus la propriété que l'optimisme de Malthus. La rente reste pour lui le prix lé-
(1) Principes, ch. ii, éd. Guill., p. 54 suiv. et p. 384 et note. V. Cannais', Théories of production and distribution, p. 331, et la note qu'il cite. — Cf. Nazzani, Saf/c/i di Economia politica : sulla rendita fondiaria, t881. Milan.
(2) Letters of Ricardo ta Malthus, p. 155 et p. 59. — Letters of Rîcardo ta Mac Cidtoch, p. G7.
(3) V. Principes ch. xxiv, p. 307 et 308 de l'édit. (iuillaumin. Voyez surtout sa correspondance avecTrower ; le 21 juillet 1820,
p. 113 après la publication du livre de Malthus, il se défend d'être hostile aux propriétaires : « J'ai dit que la communauté ne bénéficierait pas de l'abandon de leur rente par les propriétaires, ce sacrifice n'abaisserait pas le prix du grain, les fermiers seuls en profiteraient. Les propriétaires sont en possession de machines de puissances productives inégales, et leur intérêt est que les machines les moins productives soient mises en œuvre. Letters. of Ricardo ta Trouer (édit. Bonar et llollander, p. 114).