IV. — LA STATIQDE ÉCONOMIQUE DE RICARDO
gilinie de l'usage des faculte's primitives du sol, et quand il montre combien il est avantageux de la frapper d'impôt, c'est au seul point de vue de l'utilité, jamais au point de vue du droit social qu'il se place (1). C'est le socialisme qui saltachera à déduire les principes d'un droit économique nouveau de la théorie de la rente. Aussi le premier mémoire de Proudhon sur la propriété marque un moment important dans l'histoire des idées. Dans la réaction optimiste qui suivra et qui sera dirigée autant contre Ricardo que contre le socialisme, la négation des fondements historiques de la rente sera chez Carey, Bastiat, Fontenay, inséparable de la préoccupation de défendre le droit économique existant et la propriété individuelle ; des disciples de Ricardo comme Mill uniront à la pensée du maître la conception d'un droit économique nouveau, en consacrant la légiliniilé de l'impôt sur la rente, ou du prélèvement de ses accroissements [unearned incrément).
% 2. Lois régissant les rapports entre le profit et le salaire. — La rente foncière dégagée, apparaît le problème du partage entre le capital et le travail. La question se pose simplement entre ces deux facteurs, quand on considère les terres qui ont reçu les dernières applitions de capital, et l'ensemble des produits de l'industrie (2). Pour comprendre Ricardo, il faut se rappeler la direction maîtresse de ses recherches sur la répartition qui s'opère entre les classes concourant à former le
(1) Principes, ch. x.
(2) Letters of I). Picardo to .Vac Cullocli, p. 72. La valeur totale de la production annuelle d'un pays correspond à la somme du travail direct et indirect (capital), considérée comme appliquée uniformément dans les conditions de productivité les moins favorables ; c'est celle valeur qui, la rente déduite, se divise en profits et salaires. V. (Donner, Introductory Essay.
produit : « aucune loi n« peut être exprimée qu.ant à la quantité^ mais une loi d'une correction tolérable peut ^t^e exprimée quant aux proportions » (1). (( Les grands problèmes de la rente, des salaires et des profits doivent être expliqués par les proportions suivant lesquelles le produit total est diA^isé... (2) »
La célèbre formule de partage exprime les variati<)ns corrélatives des parts dans le produit et la valeur produite : « Dans tout le cours de cet ouvrage, j'ai cherché à prouver que le taux des proiits ne peut jamais hausser qu'en raison d'une baisse des salaires. » (3)
Confondre les deux ordres d'idées, des quantités absolues et des proportions, c'est dénaturer la pensée de Ricardo. Aux mêmes proportions peuvent correspondre des quantités de richesses (subsistances, commodités, objets de luxe) bien différentes : une proportion des deux tiers, pour le salaire, correspond à 6 mesures de blé ou à leur valeur, si le produit à partager est U; elle correspond à 12 mesures s'il est 18 ; la proportion réduite à la moitié correspondrait encore à la quantité de 9. Le salaire et le profit peuvent augmenter ensemble en quaniitès de richesses, bien que leurs parts proportionnelles restent constantes : le salaire absolu en quantité pourrait croître, bien qu'il diminuât relativement; l'antagonisme n'apparaît, avec sa nécessité et sa rigueur, que dans les proportions du partage, il n'est ni nécessaire ni constant à l'égard des quantités à partager. La gravité de l'antagonisme est dans les lois qui peuvent, sans accroître les quantités, modifier les rapports.
(i) Letten of Ricarclu to Malthi(s,p. 175. (2) Lelters of Ricardo to Mac Culloch, ibid.
{3} Principes, trad. fr., édil. Guillaumin, p. 103. Cf. Lelters of D. Ricardo to Mac Culloch, p. 72.