IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO
C'est du taux des «alaires que dépend uniquement le taux des profits : « le laux des profits, dit Ricardo, dépend du rapport proportionnel du produit avec les consommations nécessaires à la formation de ce produit » (1). Et plus clairement encore : « les profits sont déterminés par la proportion du produit qui va au Ira vail » (2).
La nature et l'élendue de l'action des causes qui agissent sur cette proportion, telle est le vrai problème pour Ricardo. Ce sont les causes générales et permanentes qui le préoccupent par-dessus tout, et il tend à les ramener au plus petit nombre possible. Plus grande sera la portion du produit du travail donnée à l'ouvrier, plus faible sera le taux du profit, et vice versa^ et cette portion, dépend essentiellement du degré de facilité de produire les choses nécessaires au travailleur (3). C'est pourquoi, si le commerce extérieur et le progrès des machines fournissent, au plus bas prix, au travailleur la nourriture et les autres objets de première nécessité, les profits peuvent être relativement hauts par l'abaissement des salaires (4).
Ricardo entend parler du salaire naturel ; la proportion du salaire, dans le produit et la valeur du produit, dépendra de la quantité de travail que représente le prix naturel du travail, c'est-à-dire les subsistances et les objets que consomme le travailleur, c'est le standard of /î/equecesconsommationsexpriment. Ricardo l'apro-
(1) Principes, éd. Guillaunin, p. 271.
(2) Lelters of Ricardo ta Malihiis, p. 34.
(3) Lellers of Ricardo (o Mac Culloch, p. 72, ta Malthus, ibid. Principes, éd. Guillaumin, p. 271 et 385, mêmes expressions.
(i) Letters of Ricardo to Mac Culloch, p. 100. Principes, édit. Gui!., p. 103.
clamé lui-même, le standard of life est mobile et progressif sur la ligne du temps, le salaire naturel peut dès lors, à des moments différents, représenter des proportions différentes du produit. Cependant, il semble raisonner, en général, comme si \q standard of life était fixe, et voisin du nécessaire physique, et c'est alors que le principe de la population agit avec toute sa rigueur (1). La hausse des salaires, excepté pendant wi temps limité^ est due à une seule cause générale, c'est la difficulté croissante de se procurer la nourriture et les objets de première nécessité ; cette difficulté nait à son tour du nombre chaque jour croissant des ouvriers (2) ; c'est grâce à Tuttrait de la vie de famille, que l'accroissement de la population suit l'amélioration du sort de l'ouvrier, et détermine une plus forte demande de subsistances (3). Telle est la chaîne des causes générales, dont le dernier anneau est la loi de productivité décroissante du sol. Il est aisé de comprendre, que si la même quantité de travail ne produit que des quantités décroissantes de blé, le salaire en blé du travailleur ne pourrait suivre proportionnellement la décroissance du produit sans aboutir à l'inanition du travailleur; il faut que le salaire en blé prenne une proportion croissante du produit.
C'est là que reparait l'opposition de Ricardo et de AJalthus, de la causalité simple et de la causalité complexe. Malthus lui-même a consacré aux principes qui divisaient l'Ecole un essai très imporlant (4). Aux 5^eux de Ricardo, l'accumulation du capital n'a d'action gêné-
(1) Principes, édi. GuDlaumin, p. 379. Voir Leslie Stepheu.
(2) Principes, éd. (juiliaumin, p, 274.
(3) l/nd., p. 379.
{i:)Political Economy, dans Quartcrly Review, january 1824, surtout p. 320-334.